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Le paysage désirable d’une métropole mondiale

Sur les starting-blocks pour contribuer à la construction du Grand Paris, les acteurs du paysage se heurtent aux inerties institutionnelles. Leur meilleur atout réside dans les progrès d’une prise de conscience publique des enjeux.

Provocateur, Roland Castro ? Sans doute. Mais avec le buzz créé fin 2014 par son idée de « Central Park » du Grand Paris, l’architecte post-soixante-huitard a réussi ce dont les paysagistes rêvent : placer la nature en ville au centre du débat public métropolitain. Pendant que l’État et les élus franciliens s’épuisent sur les questions de périmètre et de pouvoir, l’icône architecturale des années Mitterrand décroche la une du Journal du dimanche avec sa vision métamorphosée des 417 ha du parc départemental Georges-Valbon de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) : 24 000 équivalents logements entoureraient le site et susciteraient un bilan prévisionnel de 5 milliards d’euros. Habitué au dialogue avec les grands de ce monde, Roland Castro ne s’interdit aucune comparaison : Louis XIV a réussi « à créer un ouest qui marche et une bipolarité entre Paris et Versailles » ; trois siècles plus tard, le Grand Paris peut relever le même défi vers l’est. Un enjeu trop important pour les seuls paysagistes ? « Il serait naïf d’imaginer des solutions uniquement paysagères », répond l’architecte urbaniste, dans le fil d’une pensée qui, depuis bientôt un demi-siècle, s’affranchit du zoning et place les grands ensembles d’hier au centre des métropoles de demain. Dans la mare du paysage, de l’écologie et des élus locaux, le pavé de Castro éclabousse tout le monde : « Réduire les arbres à la valorisation d’un horizon de tours ! Le rôle du paysage n’est pas reconnu », s’étrangle Michel Audouy, secrétaire général de la Fédération française du paysage et président de la commission des métiers du paysage à l’association interprofessionnelle Val’hor. « C’est une escroquerie : le parc Georges-Valbon existe déjà, et son urbanisation compromettrait le classement en zone Natura 2000, obtenu après des dizaines d’années de travail », enrage Francis Redon, président d’Environnement 93. « Ce site mérite mieux qu’une opération de com. Castro aurait pu choisir d’en parler d’abord au département et aux habitants », s’indigne Josiane Bernard, vice-présidente du conseil général de Seine-Saint-Denis, chargée de l’écologie urbaine.

De club public…

Pourtant, rien n’interdit d’imaginer une sortie par le haut : « Comment la ville peut-elle respecter le lieu ? Le dialogue ne fait que commencer autour d’un enjeu formidable », plaide Alain Amédro, vice-président en charge de l’aménagement à la région Île-de-France. Le buzz de La Courneuve révèle un désir contrarié : « Les consultations de 2008 sur le Grand Paris avaient suscité un extraordinaire foisonnement d’idées ; l’infrastructure souterraine du Grand Paris Express les a...

Vous lisez un article de la revue Paysage n° 376 du 12/02/2015
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