Architecture Réhabilitation

Le modernisme modernisé

Mots clés : Bâtiment et santé - ERP sans hébergement - Rénovation d'ouvrage

Débarrassée de son amiante, la faculté de médecine de l’université Paris-Descartes bénéficie d’une remise à niveau.

Tous les Parisiens s’accordent sur ce fait : l’hôpital Necker est grand, très grand. A tel point que seuls les initiés peuvent distinguer chaque construction de cet agglomérat. Le bâtiment de la faculté de médecine de l’université Paris-Descartes, au 156 rue Vaugirard dans le XVe arrondissement de la capitale, constitue néanmoins une exception. Avec ses 27 m de hauteur, sa forme de pavé droit et ses deux façades blanches, l’immeuble détonne dans le quartier. Et, depuis 2014, on le remarque d’autant plus qu’il est en travaux. En effet, cette réalisation de l’architecte André Wogenscky, ouverte en 1969, contenait de l’amiante. Un problème de taille pour les nombreux occupants : le site de 22 000 m2 Shon accueil lait dans une tour en R + 9, répondant aux critères IGH, des laboratoires de recherche ainsi que des locaux d’enseignement et administratifs au sein d’un socle de deux niveaux en sous-sol.

Les pouvoirs publics ont lancé une opération de désamiantage, suivie d’une réhabilitation complète de l’édifice. Le tout sous la conduite de l’Etablissement public d’aménagement universitaire de la région Ile-de-France (Epaurif). « Le premier chantier s’est terminé en 2015, indique Julien Bertron, responsable d’opérations de l’Epaurif. Le second a débuté en avril 2016. Ces travaux consistent à adapter le bâtiment aux normes de sécurité incendie et d’accessibilité. Les installations techniques sont également remises à niveau. » Le budget total du projet s’élève à 69,5 millions d’euros TTC.

Ajustements fonctionnels. Le réaménagement de l’ensemble a été confié à l’agence d’architecture allemande Henn, en groupement avec l’agence française Patriarche. « L’édifice n’est pas classé, précise Julie Parpillon, architecte chez Patriarche. Nous avons toutefois consulté les architectes des bâtiments de France afin de respecter l’œuvre d’André Wogenscky et les sculptures de Marta Pan, qui ornent le site. » Si les différents espaces conservent leurs fonctions premières, (suite de la p. 53) les concepteurs ont imaginé plusieurs ajustements pour rendre les lieux plus agréables. Ainsi, à l’issue du chantier mené par Léon Grosse, au titre d’entreprise générale, l’accès au premier sous-sol, qui accueille quatre amphithéâtres, une bibliothèque et un restaurant universitaire, s’effectuera par un nouveau pavillon installé sur le parvis. Dans l’immeuble, où le gros œuvre est terminé, les cages d’escalier ont été agrandies pour satisfaire la réglementation accessibilité (lire ci-contre). Des salles de réunion et de repos ont été créées près des façades nord et sud. Celles-ci, auparavant aveugles, ont été percées (lire p. 53). En toiture, deux groupes froids ont été posés, chacun d’une puissance de 766 kW. Enfin, le parking du second sous-sol est transformé en animalerie, ce qui a nécessité l’intégration de 16 tonnes de gaines carrées et 318 m linéaires de gaines circulaires destinées à la ventilation.

La conversion du parking en animalerie a nécessité 16 tonnes de gaines carrées.

Par ailleurs, l’installation de nouveaux équipements requérait la création d’un vide sanitaire de 600 m2 dans le second sous-sol afin d’héberger une bâche à eau d’une capacité de 135 m3 pour alimenter les colonnes incendies, des pompes de relevage et des centrales de traitement d’air.

Base renforcée. « Cependant, lors du décaissement, nous avons découvert que le bâtiment était construit sur des carrières. Celles-ci n’avaient pas été repérées durant les précédents sondages, explique Fabien Loiseau, directeur de travaux chez Léon Grosse. Pour mener à bien le projet, elles devaient être comblées. Nous avons donc réalisé 800 forages et injecté dans le sol quelque 5 000 m3 de coulis à base de ciment et de sablon. L’opération a exigé cinq mois. » Les travaux ont maintenant repris. Ils se concluront en milieu d’année prochaine.

Maîtrise d’ouvrage : université Paris-Descartes, Epaurif (mandataire). Maîtrise d’œuvre : agences Henn (mandataire) et Patriarche (architecte). BET : Igrec Ingénierie, Vanguard, Alma Consulting, Visionlab. Entreprise générale : Léon Grosse.

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ENCADRE

Façade - De lumineux percements

Parmi les nouveaux aménagements, le percement des façades nord et sud constitue le changement le plus important apporté à l’esthétique du bâtiment. Avant le chantier, ces parois étaient aveugles. André Wogenscky souhaitait ainsi créer un contraste entre ces deux surfaces recouvertes de plaques de tôles émaillées lisses et blanches et les façades est et ouest sculptées par des brise-soleil gris. « Ces dernières sont très ouvertes, observe Julie Parpillon, architecte de l’agence Patriarche. En revanche, les pignons aveugles étaient peu agréables pour travailler. »

Vitrages sérigraphiés. Au total, 108 réservations ont été réalisées dans les façades pour la mise en place des futurs châssis vitrés. Les plaques de tôles seront remplacées par des cassettes blanches en aluminium. Leur agencement reproduit le calepinage original de l’édifice. Les vitrages seront sérigraphiés de motifs blancs de manière à s’intégrer harmonieusement dans l’ensemble.

Dans le même souci d’authenticité, la maîtrise d’œuvre a reconstitué le nuancier de quatre couleurs (bleu, vert, rouge et jaune) imaginé par André Wogenscky pour habiller l’intérieur du site. Outre les murs, ces teintes décoreront aussi les vitres du restaurant universitaire.

ENCADRE

Gros œuvre - L'envol des escaliers

D’apparences banales, les deux cages d’escalier de la tour constituent pourtant la réalisation la plus spectaculaire du chantier. Les précédentes ne satisfaisaient pas à la réglementation accessibilité. Il a en conséquence fallu les détruire et reconstruire des ouvrages plus larges. Les équipes de Léon Grosse ont démoli 205 m2 de surface de plancher (SP) à chaque étage pour créer de nouvelles trémies.

« Nous avons ensuite descendu par grue des prémurs pour couler les voiles sur place », explique Julien Vercruysse, ingénieur travaux principal de l’entreprise. « Ce procédé augmente la vitesse d’exécution, ajoute Fabien Loiseau, directeur de travaux chez Léon Grosse. Dans la mesure du possible, nous évitons d’utiliser des banches. » Les éléments d’escalier préfabriqués ont emprunté le même chemin. Pour chaque niveau, 140 m2 de prémurs ont été utilisés et 153 m2 SP ont été reconstruits. Les nouvelles trémies occupent 18 m2 SP.

Résister aux réfrigérateurs. Autre intervention, les planchers des niveaux R + 8 et R + 9 ont été renforcés pour supporter des chambres froides. Les poutres en béton ont fait l’objet d’un moi-sage avec des poutrelles métalliques. Tous les plafonds ont aussi été floqués. « Ces aménagements ont cependant peu modifié le plan original », remarque Julie Parpillon, architecte de l’agence Patriarche. Les laboratoires forment des modules de 3,7 x 7,3 m le long des façades est et ouest. Ils sont séparés par des cloisons légères et pourront, si besoin s’en fait sentir, être fusionnés.

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