Architecture et urbanisme

Le Havre Un jardin sur les quais

Mots clés : Aménagement paysager - Espace vert - Technique de construction

Aménagé sur les quais d’un des bassins portuaires historiques, le jardin fluvial, nouveau parc urbain du Havre, a pour cadre singulier le paysage spectaculaire de l’activité industrielle maritime proche, avec ses grues, ses entrepôts, ses cheminées et ses murs de conteneurs. Il constitue l’un des espaces publics qui accompagnent la restructuration en cours des docks et des quartiers de l’Eure et Saint-Nicolas, dont le plan d’ensemble a été confié à l’architecte urbaniste Bruno Fortier. Le projet d’espaces publics, attribué à l’agence Obras à la suite d’un marché de définition, portait sur la rénovation des quais, la réorganisation des voies et du stationnement ainsi que la création de places.

Un projet de sol commun, visant à tisser des liens entre les quartiers d’habitat rénovés ou neufs (500 logements sur la friche Caillard) et les formes de radoub, entre les nouveaux équipements (les bains des docks construits par Jean Nouvel) et les docks reconvertis (le centre commercial construit par Reichen et Robert) et, au-delà, entre le centre-ville et le port contemporain plus au sud.

Fonte, béton et autres matériaux évoquant l’activité portuaire

Principal enjeu : éviter de banaliser ce territoire portuaire avec des aménagements qui auraient effacé le caractère des lieux, les traces de l’activité passée (rails.) et l’aspect brut des matériaux (béton, pavés, fonte.), en les remplaçant par un vocabulaire de voirie et un mobilier urbain plus standards. Les principes retenus par l’agence Obras visent au contraire à révéler la force poétique de ce paysage portuaire par un travail sur les échelles, les limites, les textures et les matériaux.
L’horizontalité du quai, son échelle et son unité sont mises en valeur par un nivellement rigoureux du sol, qui tend la promenade sur toute sa longueur (800 m). De fait, le système de récupération des eaux de pluie est spécifique : trottoirs, voie et chemin créés sont inclinés dans le sens transversal, et dans la même direction, de manière à ce que les eaux pluviales s’écoulent soit dans la noue qui longe le jardin, soit dans le bassin lui-même.
Autre principe, celui de ne pas saturer cet espace public par de multiples équipements de loisirs – comme c’est la tendance dans les parcs de nouvelle génération – qui ici auraient perturbé la lecture de ce grand paysage. Les usages spontanés sont privilégiés, le jardin fluvial étant avant tout un lieu de promenade, jalonné ici et là de quelques bancs et tables, et qui pourra être prolongé dans le cadre de la reconquête des berges du canal de Tancarville.
Les sols semblent avoir déjà une histoire. Il fallait, selon les concepteurs, donner de la patine aux matériaux, faire du neuf qui paraisse déjà vieux, et reproduire la rusticité des anciens sols. Des traces de rouille pointent dans le béton de silex lavé. Celui-ci, coulé pour le chemin et le bord à quai, est préfabriqué en blocs de 4 m de longueur par 1,20 m de largeur sur la place Dombasle qui ponctue le jardin. Les longs pavés de grès blond (un mètre dans le sens de la longueur) sont posés comme des parquets, et parsèment la prairie ; évocation des anciens rails, les plats d’acier dessinent une structure en aiguilles encastrée dans le béton et dans la terre.
La filière du site est également exploitée : le bois d’azobé massif, qui sert de cales aux bateaux, est utilisé pour les bancs de la place Dombasle, conçus sur mesure.

Imbrication du minéral et du végétal

Quant aux végétaux, les essences retenues sont celles de la ripisylve proche (frênes, saules, massettes, roseaux, carex, graminées.). Elles se faufilent dans les interstices du sol minéral, générant des microtopographies, à l’instar des mauvaises herbes qui poussent dans les joints creux des pierres. Ces « imperfections calculées » sont de nature aussi à faciliter la gestion et l’entretien du parc : la grande prairie alterne zones fauchées et non fauchées, notamment au contact des pierres et des aiguilles d’acier, qui créent des microreliefs empêchant la tonte à leur contact (le désherbant est également proscrit).
Peu importe, cette imbrication du végétal et du minéral sert aussi à brouiller les limites du jardin, comme les échancrures créées dans le front bâti et aménagées en places, qui ouvrent le quartier d’habitat sur le paysage portuaire.
Au Havre, la ville industrielle a encore droit de cité.

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ENCADRE

Maîtrise d'ouvrage :

– Ville du Havre. –

Maîtrise d’œuvre :

Obras architectes, mandataire ; Nicolas Foltran, chef de projet ; Jérôme Mazas, paysagiste ; Light-Cibles, concepteur lumière ; Beture infrastructure, BET. –

Superficie :

30 ha pour l’ensemble des espaces publics, dont 5 ha pour le jardin fluvial. –

Coût travaux :

23 millions d’euros HT dont 10,5 millions HT pour le jardin.

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