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Le Cher retrouve sa rivière

Mots clés : Eau - Tourisme - Transport fluvial - Travail

– Le Cher canalisé et le canal du Berry sont aujourd’hui ouverts à la navigation entre Tours et Selles-sur-Cher. -A court terme, on prévoit de relier Vierzon en attendant d’aller plus loin : un projet d’envergure qui mobilise de nombreux partenaires.

Pendant longtemps, la vallée de la Loire avec ses châteaux royaux a « vampirisé » le tourisme historique et culturel de la région. Et pourtant, entre Tours et Vierzon, la vallée du Cher est un trésor touristique souvent méconnu, avec des villes comme Saint-Aignan, Montrichard, des châteaux comme Villandry et surtout Chenonceau qui frôle les 900 000 visiteurs annuels.

Ce château – le seul en France à enjamber totalement une rivière – reçoit désormais de nouveaux visiteurs fluviaux, quelques bateaux-promenades ou plus souvent des « coches d’eau » loués pour découvrir, à la journée ou à la semaine, cette région encore trop discrète.

La navigation sur le Cher est le premier signe tangible du réveil de la vallée en Indre-et-Loire, en Loir-et-Cher et dans le Cher. Aujourd’hui, tous les projets se cristallisent sur la navigation fluviale : en ouvrant le Cher et une portion du canal de Berry sur près de 60 km, on plonge dans l’histoire, quand, au XIXe siècle, la rivière Cher était synonyme de développement économique pour les forges de Vierzon, les céramiques de Selles ou pour Montluçon, avec un débouché direct sur la Loire.

Tout cela est aujourd’hui bien terminé, mais le tourisme fluvial peut désormais être le vecteur du renouveau – avec à la clé de lourds investissements d’infrastructures : au moins 120 millions d’ici à 2002 – pour conforter la navigation entre Tours et Vierzon (soit 120 km et neuf jours de navigation), mais aussi pour donner au Cher une eau de qualité.

Moderniser les écluses

Les liaisons économiques d’hier, de Montluçon à Tours, empruntaient le canal de Berry, doublant le Cher sauvage jusqu’à Noyers-sur-Cher dans le Loir-et-Cher. En amont de Noyers et jusqu’aux portes de Tours, le Cher a été canalisé. Déclassés dans les années 50, canal de Berry et Cher canalisé sont tombés jusqu’à la fin des années 80 dans l’oubli, voire dans l’abandon en ce qui concerne le canal.

« En 1988, rappelle Yves Piau, conseiller général de Saint-Aignan et président du Syndicat du Cher canalisé de Loir-et-Cher, chargé de gérer l’aménagement de la rivière, un rapport a montré que le tourisme fluvial pouvait être porteur. Nous avons décidé de nous lancer. »

Depuis, le conseil général de Loir-et-Cher a investi massivement pour rénover et moderniser les écluses : huit ont été rénovées sur le Cher canalisé et six sur le canal entre Selles et Noyers-sur-Cher. De son côté, Vierzon réhabilite deux écluses, ce qui permettra de naviguer entre Vierzon et Vierzon-Forges. « Hier, on était pris pour des utopistes, ironise Claude Chanal, maire de La Chapelle-Montmartin et président de Val de Cher Expansion, un syndicat qui rassemble une cinquantaine de communes sur trois départements (Cher, Indre-et-Loire et Loir-et-Cher). Aujourd’hui, plus personne ne doute de nos projets. Et l’on parle même d’aller plus loin. »

Mécaniser tous les barrages

Si les écluses sont aujourd’hui rénovées et automatisées en Loir-et-Cher (et prochainement en Indre-et-Loire), il reste à régler le problème des barrages. Le Cher canalisé en compte quinze entre Noyers et Tours, barrages qui sont avant tout de véritables témoins du savoir-faire du XIXe siècle. Chaque barrage à « aiguilles » est en effet un assemblage de six cents planchettes en bois de 2,45 m de hauteur qu’il est difficile de manoeuvrer ou d’entretenir, et qui peut même être dangereux.

Il faut donc, au grand dam de certains, les supprimer pour les remplacer par des barrages automatiques à clapets. Toutefois, un barrage à aiguilles sera conservé au titre de l’histoire, sur un bras mort du Cher. « On va mécaniser tous les barrages, poursuit Yves Piau, mais il faut un an d’étude pour respecter la loi sur l’eau et dégager 60 millions de francs de crédits, soit 4 millions par barrage. »

Certains estiment pourtant que les priorités auraient dû être inversées. Ainsi, Guy Besné, secrétaire général de l’Association pour le développement touristique de la vallée du Cher qui réunit 144 membres (communes, CCI, offices de tourisme, etc.) : « Pour que le tourisme décolle réellement, il aurait fallu que les barrages soient modernisés avant d’acheter des bateaux. Avec les barrages actuels, on ne peut pas maintenir un niveau d’étiage suffisant, ce qui rend la période de navigation trop courte. On a mis la charrue avant les boeufs. »

Assainissement et qualité des eaux

En permettant le stockage de 10 millions de mètres cubes d’eau, le Cher canalisé est un atout économique incontestable pour une zone de 40 000 habitants : la rivière maintient les nappes phréatiques et favorise l’irrigation de 25 000 ha de céréales et 20 000 ha de terres maraîchères. Mais le véritable atout est aujourd’hui touristique. Les barrages, grâce à de longs biefs de 3 km, permettent d’aménager des aires de loisirs ou de tourisme comme à Saint-Aignan. C’est aussi pour cette raison que le Syndicat du Cher canalisé a acheté six bateaux pour naviguer entre Selles et Tours : deux de transport et quatre de location. Cette année, une compagnie touristique anglaise, « Waterways », s’est installée en proposant des séjours-promenades haut de gamme, avec des réservations jusqu’en octobre, ce qui prouve, selon Guy Besné, qu’il y a « une demande forte, y compris pour du tourisme de luxe ».

Mais, aujourd’hui, le Cher affiche une mauvaise qualité de ses eaux et des débits insuffisants. L’automatisation des barrages et la construction en amont du barrage de Chambonchard avec une retenue de 80 millions de mètres cubes d’eau permettront de mieux réguler le débit et d’étaler les périodes de navigation. Les débits plus importants favoriseront également l’évacuation des pollutions.

L’agence de l’eau Loire-Bretagne a fixé des objectifs de débit (au minimum 8 m3/s) et de qualité à Montluçon, Vierzon et Selles-sur-Cher. De gros programmes d’assainissement vont être lancés en aval, tandis que des travaux de nettoyage des berges et du lit sont engagés. Le canal du Berry entre Noyers et Selles va d’ailleurs être vidangé et curé à l’automne avec une grosse machine utilisée à Venise.

Un ascenseur à bateaux?

Mais le développement du tourisme fluvial suppose d’aller plus loin que les 60 km navigables actuels. En aval, il sera impossible de rejoindre la Loire et même de traverser Tours, sauf au prix de très lourds investissements. En revanche, tous les espoirs sont permis en amont avec le canal de Berry.

L’objectif à court terme est d’ouvrir la section entre Selles et Vierzon, soit 44 km. Mais le canal a été en partie bouché pour laisser passer la RN76 et l’autoroute A20 : il faudra donc creuser, dériver, peut-être construire un ascenseur à bateaux.

A l’origine, on parlait de 200 millions de francs de travaux, enveloppe aujourd’hui revue à la baisse selon Claude Chanal, de Val de Cher Expansion : « Les études ont été affinées ; les travaux devraient coûter entre 120 et 150 millions, qu’on doit pouvoir engager d’ici à 2002. »

A moyen et long terme, deux autres tronçons du canal pourraient être rouverts : Marseille-lès-Aubigny – Fontblisse – Montluçon (117 km), puis Fontblisse-Vierzon (87 km).

Pour l’aménagement prioritaire entre Selles et Vierzon, les premiers crédits pourraient être débloqués rapidement par l’Etat, la charte du Grand Bassin parisien (qui a prévu 15 millions de francs), la région ou encore l’Europe. « On a bon espoir d’obtenir les crédits nécessaires », se félicite par avance Claude Chanal. Mais il faut, d’ici là, créer un instrument unique, interdépartemental, fédérateur des différentes initiatives.

Avec retard, ce syndicat devrait être créé par arrêté préfectoral à l’automne prochain, et pourrait être présidé par Claude Chanal. Il permettrait d’accélérer les programmes et de coordonner les investissements aujourd’hui largement supportés par le conseil général de Loir-et-Cher, alors que l’Indre-et-Loire a pris quelque retard.

Envisager une liaison avec tout le système fluvial français

Un très récent rapport du cabinet d’étude Cépage affirme d’ailleurs que le conseil général d’Indre-et-Loire « tarde à croire au projet et donc à apporter un réel soutien financier. Il paralyse le mouvement. Pendant plusieurs années, les investissements ont stagné. De 1988 à 1997, ils ne représentent que 20 % de la somme dépensée par le Loir-et-Cher ».

Il s’agit donc désormais de passer à la vitesse supérieure pour envisager à moyen terme une liaison avec tout le système fluvial français : le Cher serait alors véritablement au centre de la France.

Deux voies déclassées

Long de 350 km, le Cher prend sa source dans la Creuse et se jette en Loire, non loin de Tours : le canal a été confié à des syndicats de communes, et le Cher canalisé aux départements d’Indre-et-Loire et de Loir-et-Cher qui l’ont concédé en 1956 à deux syndicats intercommunaux.

PHOTOS : Un trésor touristique : le château de Chenonceau enjambe le Cher et reçoit des visiteurs fluviaux par bateaux-promenades. Les écluses sont rénovées et automatisées en Loir-et-Cher. Toutefois un seul barrage à aiguilles sera conservé pour l’histoire.

Guy Besné, secrétaire général de l’Association pour le développement touristique de la vallée du Cher : « Pour que le tourisme décolle réellement, il aurait fallu que les barrages soient modernisés avant d’acheter des bateaux. »

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