Enjeux

Le BTP français veut rafler la mise au CES

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Entreprise du BTP - Lieux de travail

De nombreuses start-up et industriels du logement connecté désirent briller au salon de l’électronique grand public de Las Vegas.

Vinci débarque en force à Las Vegas. Leonard, sa structure dédiée à l’innovation, invite pour la première fois une douzaine de cadres à participer à un voyage d’immersion au cœur du Consumer Electronics Show (CES), le plus grand salon mondial dédié à l’électronique grand public qui se déroule du 9 au 12 janvier dans le Nevada. Sur les trois sites d’exposition qui totalisent 240 000 m2, les dirigeants du géant français testeront en avant-première nombre d’innovations dans le domaine de la smart home, la robotique, l’intelligence artificielle ou la réalité augmentée.

270 start-up tricolores. Le CES 2018 devrait attirer près de 170 000 visiteurs et 4 000 exposants venus de 58 pays. Et cette année encore, les start-up tricolores forment l’une des plus grandes délégations avec 270 exposants, derrière les Etats-Unis (290) mais loin devant les Pays-Bas (60) et la Chine (55). Parmi les jeunes pousses hexagonales présentes à cette 52e édition, 74 évoluent dans le logement connecté, ce qui en fait le secteur le mieux représenté, suivi de la santé connectée (49) et des services aux entreprises (35). Preuve supplémentaire de l’éclatante vitalité de la smart home française : le radiateur électrique intelligent avec batterie intégrée, conçu par la jeune société iséroise Lancey Energy Storage, a remporté le prestigieux Best of Innovation Award dans la catégorie appareils domestiques décerné lors du CES Unveiled de Paris en octobre dernier.

« Alors que, l’an dernier, tous les fabricants n’avaient que les assistants vocaux à la bouche, 2018 marque sans doute l’avènement des systèmes parfaitement autonomes, apprenants, capables de se passer de la voix pour le pilotage de sa maison connectée », prévient le blogueur Olivier Ezratty, auteur de rapports annuels post-CES. Sur ce créneau, plusieurs start-up françaises font valoir de solides arguments (lire encadrés) . Ween (p. 9) , primée l’an passé pour son thermostat intelligent, a désormais pour ambition d’ouvrir sa technologie de localisation en temps réel à tous les fabricants d’objets connectés. Concierge (p. 10) a mis au point un interrupteur connecté, qui, d’une simple pression, gère le pilotage de sa maison et la consommation d’énergie.

Pour séduire, le dispositif de communication des entreprises françaises du BTP présentes à Las Vegas a été renforcé. Deux ans après le lancement d’Eliot, un programme de développement d’objets connectés, Legrand met les bouchées doubles. L’industriel, accompagné d’une vingtaine de partenaires, occupe un espace deux fois plus grand qu’en 2017. L’entreprise, basée à Limoges, embarque une trentaine de collaborateurs français et étrangers. Non loin de là, Netatmo prévoit un show « à l’américaine ». Détecteur de présence, simulation de chatbot (agent conversationnel), cabine Google Home… Sur son stand de 108 m2 , la jeune société va dévoiler un nouvel équipement de la maison, codéveloppé avec un grand fabricant français de chauffage. De son côté, Engie invite sur son espace 15 jeunes entreprises, avec lesquelles l’énergéticien collabore régulièrement.

Supermarché. Pour les constructeurs, le CES s’apparente à un grand supermarché. Ils envoient régulièrement leurs têtes chercheuses dénicher les pépites du chantier 2.0. C’est le cas de Bouygues qui missionne à Las Vegas une délégation de 15 personnes issues de ses principales filiales. « Nous suivons de très près les progrès des assistants vocaux car nos compagnons sont plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit », confie Christophe Lienard, directeur de l’innovation du groupe Bouygues SA.

Las Vegas constitue un excellent tremplin pour conquérir le pays de l’Oncle Sam. Depuis un an, Hydrao, la start-up grenobloise qui a inventé un pommeau de douche connecté, enchaîne les voyages à Boston, via le réseau d’innovation Newin, puis au sein du programme d’accélération Impact USA, porté par BPIfrance et Business France. Le fabricant s’est aussi rapproché de chaînes hôtelières afin de développer son offre de compteur d’eau intelligent. The show(er) must go on !

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Levels3D génère une maquette en temps réel

La start-up spécialisée dans la numérisation d’espaces en temps réel présente au CES une nouvelle version de son application MyCaptR, qui permet de modéliser l’intérieur d’une pièce. Les architectes et professionnels de l’aménagement intérieur peuvent désormais établir un diagnostic détaillé des lieux et prendre des notes directement dans le modèle 3D. En plus de cette nouvelle version, en ligne depuis le 19 décembre, la start-up présentera en avant-première une fonction inédite : Automodel 3D. « Avec cet outil, la maquette 3D se générera automatiquement en même temps que l’on scannera les lieux », assure Yannick Folliard, P-DG de Levels3D.

Une nouveauté qui sera commercialisée au second semestre 2018.

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Nodon repousse les limites du Bluetooth

Fidèle de la manifestation, Nodon se rendra pour la quatrième année consécutive au CES. Créée en 2013 par la société ID-RF, une filiale du groupe de conception industrielle Altyor, cette marque commercialise des équipements de domotique sans fil : interrupteurs, capteurs et prises. A l’occasion de cette édition, elle exposera une gamme complète de produits qui utilisent le Bluetooth Mesh, une nouvelle version du protocole où les accessoires deviennent des répéteurs : ils captent et diffusent les messages émis par leurs voisins. La transmission d’informations gagne ainsi en portée par rapport aux précédentes moutures du Bluetooth.

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Elmer inaugure la douche du futur

Lancée en 2017, la spin-off du groupe Aqua Plus (distributeur d’équipements sanitaires) a imaginé un mix entre la cabine de douche classique et italienne.

Posée en moins de trois heures, Elmer permet de contrôler, via une application mobile, sa consommation et de programmer à distance le débit et la température de l’eau. Design, la solution se décline en une douzaine de panneaux décoratifs afin de s’harmoniser avec le reste de la salle de bains. Elle intègre également un diffuseur d’huiles essentielles et une enceinte audio.

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Ween lance sa plate-forme IA

Primée au CES 2016 pour son thermostat connecté autonome, la jeune pousse veut désormais diffuser son intelligence artificielle à grande échelle. Sa plate-forme, qui met à jour en temps réel le planning d’occupation d’un lieu en fonction de l’endroit où se trouvent les habitants et du temps qu’ils y passent, est désormais proposée à d’autres start-up et industriels de l’Internet des objets. Pour cela, elle a mis au point un logiciel sous licence baptisé « ween. ai ». La start-up, cofondée par Jean-Laurent Schaub, espère ainsi rendre tous les objets connectés autonomes dans leur fonctionnement.

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Acreos conçoit des chantiers virtuels

Spécialisée dans le développement de simulateurs pédagogiques pour former les salariés du BTP à la conduite d’engins de chantier, la jeune pousse fera partie de la délégation de la région Grand Est qui se rend au CES. « Ce voyage nous permettra de découvrir les nouvelles technologies à intégrer dans nos projets de développement », assure Caroline Gomes, chargée de communication d’Acreos. Et ceux-ci sont nombreux : après avoir imaginé un simulateur immersif doté de 11 écrans, la société planche sur un casque de réalité virtuelle. Et à l’avenir, la logique voudrait que la société intègre la 3D à ses solutions…

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Concierge, l'interrupteur intelligent

Fondée en 2013 par Lionel Debruyne, Concierge ressemble, à première vue, à une sonnette de comptoir d’hôtel. Derrière cet objet vintage se cache en réalité un interrupteur intelligent capable de dialoguer avec les objets connectés de différentes marques (Netatmo, Nest, Philips, Somfy, Myfox… ). Parfaitement autonome, Concierge peut déterminer le moment idéal pour passer l’aspirateur, éteindre les dernières lumières du logement, ajuster la température ou fermer les volets en cas d’orage violent. Un simple jeu de questions/réponses suffit au système pour connaître les habitudes de l’utilisateur et s’y adapter. La solution intéresserait plusieurs promoteurs immobiliers dont les filiales de Vinci et de Bouygues.

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« Le CES concerne de plus en plus le B2B »

Dans quelle configuration le groupe Vinci se rend-il au CES ?

Leonard, la structure transverse de Vinci dédiée à l’innovation et à la prospective, organise pour la première fois une « learning expedition » réunissant toutes les entités de Vinci, soit une douzaine de personnes en tout.

Elle vise à apporter davantage de transversalité : les expertises de chaque division peuvent et doivent nourrir celles des autres.

Nous avons préparé des parcours pour chacun des collaborateurs présents et organiserons des debriefs collectifs quotidiens. Toutes les informations recueillies seront partagées ultérieurement avec les équipes de Vinci.

Le CES est-il devenu un rendez-vous incontournable pour le BTP ?

Il s’agit à l’origine d’un salon très grand public mais les sujets qui y sont traités, comme le big data ou l’intelligence artificielle, concernent de plus en plus un univers B2B. Nous sommes nous-mêmes, dans le B2B, confrontés à des sujets beaucoup plus grand public. Les comportements des usagers de nos infrastructures, par exemple, nous intéressent.

De plus, le BTP intègre progressivement la dimension « intelligence » dans ses propres métiers, comme dans le matériel au sens large : le tunnelier, aujourd’hui, devient un véritable data center. Ces données seront demain omniprésentes. La capacité à les analyser avec intelligence est fondamentale pour l’avenir de nos métiers, à la fois dans une optique d’optimisation mais aussi, par exemple, de prévention.

Quels thèmes vont monter en puissance au CES cette année, selon vous ?

Il y a d’abord, bien sûr, les objets connectés, qui entrent dans une nouvelle séquence, celle de l’industrialisation. Pour un groupe comme Vinci, ils jouent aujourd’hui un rôle fondamental dans la surveillance de nos chantiers, nos infrastructures…

Cette supervision s’appuiera également sur l’intelligence artificielle que je perçois aussi comme un outil de réduction des risques, par exemple pour la maintenance prédictive, l’exploitation intelligente de nos infrastructures, un appui au facility management

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