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Le boom des ports de croisières

La construction programmée d’une soixantaine de navires annonce le développement des infrastructures portuaires de Méditerranée.

Cent milliards de francs de commandes ! C’est ce que représente la construction programmée au cours des cinq prochaines années, par les compagnies maritimes, d’une soixantaine de navires de croisière (pour près de 100 000 passagers) de toutes tailles et de tous types, dont des géants des mers pouvant accueillir plus de 3 000 personnes…

Après une phase de restructuration et de concentration, ce secteur de l’industrie retrouve un niveau d’investissement extrêmement élevé. Une montée en puissance confirmée récemment à Miami lors du Seatrade, le grand rendez-vous annuel de la profession, qui traduit la croissance à long terme de cette activité touristique prévue par les grands opérateurs internationaux.

Actuellement, la croisière représente 7 millions de passagers dans le monde dont 1 million en Méditerranée, la deuxième destination après les Caraïbes et les Bahamas.

La tendance ces dernières années est une croissance de 6 % en moyenne du nombre de passagers, avec une stagnation sur le marché Amérique du Nord mais une très forte croissance en Europe, près de 18 % en trois ans. Dans les cinq prochaines années, les prévisions font état d’un doublement du marché en Méditerranée, grâce à l’accroissement de l’offre, la baisse des prix, l’arrivée des grands armements américains, etc.

Résultats : les principaux ports bases du bassin méditerranéen (Barcelone, Palma, Gênes et Venise) enregistrent déjà des croissances à deux chiffres (voir tableau). La croissance est identique depuis quelques années pour les ports d’escale traditionnels de la Côte d’Azur (Cannes, Nice-Villefranche et Monaco) et ceux qui se sont plus récemment ouverts à l’activité mais avec des progressions spectaculaires : Marseille et Ajaccio ont triplé leur fréquentation en trois ans . D’où les ambitions qu’affichent nos ports méditerranéens sur le créneau.

Monaco (145 escales en 1998) lance sans tarder un projet de 1,6 milliard de francs pour, entre autres, accueillir des navires de luxe jusqu’à 200 m de long, en innovant avec une digue semi-flottante (voir dans ce même numéro, en pages techniques). « Ces ambitions sont légitimes, explique Jean Paul Pagès, consultant (1), d’autant que les atouts de ces sites sont réels. Mais il y a aussi des handicaps. La fonction tête de ligne de nos ports reste modeste. Et la France est pénalisée par l’absence de grands acteurs sur le marché qui font par exemple la position dominante de Gênes, avec l’armateur Costa. »

Autres difficultés : Nice n’a pas d’infrastructures adaptées pour accueillir à quai des grands paquebots, et prétendre au statut de tête de ligne qui génère le plus de retombées. Marseille, qui a des atouts portuaires, manque encore de connexion aérienne directe avec les Etats-Unis et d’un parc hôtelier important et devra aussi, pour intégrer durablement le trafic croisières, se lancer dans des investissements lourds.

Tout cela dans un contexte où les grands ports bases concurrents n’attendent pas pour « fixer » les compagnies. Barcelone notamment va mettre en service deux nouveaux quais croisières et s’annonce comme un puissant pôle d’attraction en Méditerranée. Autant d’enjeux d’aménagement pour les ports et les villes françaises en Méditerranée qui se préparent à livrer bataille sur un marché fortement prometteur.

(1) Auteur d’une étude « la Croisière dans les ports français, intérêt économique », publiée dans Les Cahiers de l’Afit (Agence française de l’ingénierie touristique).

PHOTOS :

Le port de Monaco, avec 145 escales en 1998, affiche une croissance importante, tout comme les autres ports de la Côte d’Azur. Il se lance dans un projet de digue semi-flottante (coût : 1,6 milliard de francs) qui permettra d’accueillir des navires de luxe jusqu’à 200 m de long.

MAQUETTE :

A Cannes, un programme de développement prévoit l’aménagement de la digue du large pour les petits navires de croisière (32 millions de francs) et un nouveau terminal passagers (38 millions de francs) pour 2001.

TABLEAU : Les principaux trafics passagers du bassin méditerranéen en 1997

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