Actualité Ingénierie

« Le Bepos va accélérer l’obsolescence des bâtiments »

Mots clés : Démarche environnementale

Gérant et fondateur du bureau d’ingénierie environnementale AI Environnement, Paul-Etienne Davier regrette le récent recul sur la réglementation thermique dans l’existant. Il détaille, ici, les principales conséquences de cette décision sur la qualité des bâtiments et leur coût d’exploitation.

Quel constat dressez-vous sur la réglementation thermique ?

Nous constatons aujourd’hui deux mouvements contradictoires. D’une part, sous l’égide de la directive européenne 2010/31/UE et du Plan bâtiment durable, on assiste à la mise en place d’un nouveau paradigme de conception à l’horizon 2020. Il nous fait passer de l’approche énergétique à une approche élargie qui prend en compte la qualité de l’air, le bilan carbone, l’ingénierie de projet, etc. Selon la directive, en 2020, tous les bâtiments neufs seront à consommation énergétique quasi nulle. Mais un autre mouvement de fond remet en question la généralisation des bâtiments basse consommation. La récente prolongation de la dérogation RT 2012 pour les logements collectifs de 57,5 kWh/m².an jusqu’au 1er janvier 2018, au lieu de 50 kWh/m².an au 1er janvier 2015 en est la plus récente illustration.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Concrètement, cela signifie qu’un bâtiment tout juste RT 2012 conçu en 2018 et livré en 2020 sera 25 % moins performant qu’un BBC 2005 livré en 2010, si on prend en compte la modification de la Shon RT et des zones climatiques. Comment imaginer que ce bâtiment, conçu en 2018, ne soit pas déjà désuet par rapport à ses contemporains 2020 qui devront être à énergie positive, si on en croit la réglementation ? Au lieu d’introduire dès maintenant, et à coût maîtrisé, les méthodes constructives 2020, nous continuons à jongler avec des modes constructifs en partie dépassés techniquement, et ce, jusqu’au dernier moment. Est-ce sain pour les acteurs économiques de la transition énergétique ?

Quelles solutions préconisez-vous ?

Les études en coût global montrent que les marges de manœuvre de la construction se situent davantage dans le nombre de parkings en infrastructure et sur le prix du foncier. Arrêtons de transiger avec la performance réelle d’exploitation et le confort d’usage des occupants. En 2020, le bâtiment à énergie positive (Bepos) va doper le phénomène d’obsolescence d’origine réglementaire, mais également architecturale, technique, économique et sociologique. Pour ma part, j’estime avoir un devoir de conseil et d’information auprès de mes clients, afin de les sensibiliser et de ne réaliser que des projets allant au-delà des exigences réglementaires actuelles.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X