Autres Urbanisme

La tour Triangle dans un cercle infernal

Mots clés : Entreprise du BTP - Monde du Travail - Urbanisme - aménagement urbain

Rejeté par les élus parisiens, le projet de tour Triangle, à la Porte de Versailles, devait générer 3 000 emplois pour le secteur du BTP. Tandis que le juge administratif a été saisi, Jean-Louis Missika, l’adjoint à l’urbanisme d’Anne Hidalgo, est missionné pour trouver un consensus.

Le projet de tour Triangle, à la Porte de Versailles (XVe arrondissement), est en suspens. Le 17 novembre, les élus parisiens ont repoussé par 83 voix contre 78 une délibération sur le déclassement de l’assiette de cet édifice de verre (180 m de haut) imaginée par les architectes suisses Herzog & de Meuron pour Viparis, filiale à 50/50 d’Unibail-Rodamco et de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

En présentant cette délibération, la maire de la capitale Anne Hidalgo et son adjoint (PS) à l’urbanisme, Jean-Louis Missika, savaient qu’ils ne disposaient pas de la majorité requise. Depuis les élections municipales en mars 2014, l’exécutif ne peut plus faire adopter ses projets sans l’appui de ses alliés écologistes. Or, depuis 2001, les élus EE-LV s’opposent avec constance aux immeubles de grande hauteur (IGH). Bertrand Delanoë en a d’ailleurs fait l’amère expérience pendant son premier mandat. Fallait-il pour cette raison qu’Anne Hidalgo décide de stopper un projet privé de plus de 500 millions d’euros et déjà bien engagé puisque le PLU a été révisé en 2013 pour permettre sa réalisation via un déplafonnement des hauteurs limitées à 37 m dans la capitale ? La maire espérait rallier quelques élus de l’opposition UMP-UDI, plutôt favorables au projet jusqu’en juillet 2013. Là encore, les élections ont modifié la donne. Nathalie Kosciusko-Morizet, présidente du groupe UMP au Conseil de Paris, s’est positionnée pendant la campagne contre le bâtiment pyramidal de Herzog & de Meuron, jugeant notamment qu’une tour en verre ne peut pas être écologique car trop énergivore .

L’enjeu de l’emploi

Les arguments avancés par la FFB Grand Paris et le Medef Ile-de-France n’ont pas suffi à inverser la situation. Avant le débat, la FFB avait alerté sur l’importance du projet pour l’activité – 3 000 emplois créés au profit des artisans et des entreprises du bâtiment -, le développement économique et l’attractivité internationale de la capitale. Elle insistait aussi sur « cette architecture parisienne, admirée dans le monde entier, née au nom du progrès et grâce à l’ingéniosité locale ». Pour Philippe Rifaux, délégué général de la FFB Grand Paris, le rejet de la tour est un « très mauvais signal donné aux investisseurs étrangers » et pose la question, au-delà des calculs politiciens, de la complexité et de la lenteur des procédures. Six ans se sont écoulés depuis la présentation de la maquette par Guillaume Poitrinal, ancien P-DG d’Unibail-Rodamco (1). A la mairie de Paris, on explique que la parcelle, incluse dans le périmètre du Parc des expositions géré par Viparis, ne pouvait pas être déclassée du domaine public tant qu’elle n’avait pas été remise à la Ville. Dès le départ, une date avait été fixée pour cette restitution : octobre 2014, après le salon de l’Automobile.
Le sort de l’IGH n’est pour autant pas définitivement scellé. Estimant que le vote est entaché d’irrégularités, la municipalité a saisi le tribunal administratif ainsi que le préfet pour un contrôle de légalité. Alors que le scrutin était secret, des élus de l’opposition ont en effet ostensiblement brandi leur bulletin avant de le glisser dans l’urne. Trois scénarios sont envisageables : le vote négatif est confirmé ; les 12 bulletins litigieux sont annulés et la délibération, au regard du faible écart de voix est adoptée ; ou il est procédé à un nouveau vote. Sans attendre, Anne Hidalgo a demandé à son adjoint à l’urbanisme d’ouvrir des discussions avec l’opérateur et les quelques élus qui, pendant le débat, ont indiqué qu’ils n’étaient pas opposés à la tour mais en contestaient la programmation. Aujourd’hui, le projet de 92 000 m2 se répartit entre 85 000 m2 de bureaux, des équipements publics, des commerces et un belvédère accessible aux Parisiens.
Si finalement le projet se poursuit, probablement amendé, il restera encore des obstacles à franchir. La révision simplifiée du PLU fait l’objet d’un recours et le permis de construire devrait lui aussi être attaqué. Il risque donc de se passer encore quelques années avant que la tour Triangle ne vienne modifier la skyline parisienne.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ

(1) Auteur d’un essai « Plus vite ! La France malade de son temps », éditions Grasset.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X