Edito

La rue est à tous

Une fois n’est pas coutume, c’est sur un trottoir que le carambolage a eu lieu. En pleine trêve des confiseurs, une polémique est née à propos de barrières anti-SDF à Paris. Qu’importe qu’elles aient été installées depuis des lustres pour protéger l’accès au réseau de chaleur, l’esprit de Noël s’accommode mal de ces dispositifs. Au même moment était publié un décret permettant d’expérimenter la publicité éphémère, toujours sur les trottoirs. D’un côté, on interdit le macadam aux plus démunis, de l’autre on autorise son utilisation à des fins mercantiles. Une collision dans les esprits, deux fausses routes sur le bitume.

Imaginer transformer les espaces publics en club sélect ou en galerie marchande, c’est méconnaître leur statut particulier dans nos villes. Les trottoirs, chaussée et autres places demeurent les derniers lieux accessibles sans restriction. Les bancs publics sont faits pour les impotents, les ventripotents et les indigents. Partout ailleurs, sur une propriété privée, dans un immeuble ou même dans un bâtiment public, tout n’est que murs, serrures et vigiles.

Trottoirs, chaussée et places demeurent les derniers lieux accessibles sans restriction.

Les urbanistes, paysagistes et entreprises de TP le savent, eux qui font tout leur possible pour mixer les populations, les âges et les genres. Les élus, eux, résistent aux doléances des riverains et aux appétits des commerçants. Pour preuve, la mairie de Paris a immédiatement retiré les barrières incriminées. Celles de Bordeaux, Nantes et Villeurbanne, choisies on ne sait comment pour expérimenter les pubs au sol, ont d’emblée refusé cette « pollution visuelle ».

Pourtant, pour renflouer leurs caisses bien vides, les collectivités pourraient être tentées de concéder quelques mètres carrés de bitume aux annonceurs, voire de capitaliser sur un environnement sans misère. Pour quelques euros de plus, la ville perdrait alors ces parcelles de liberté préservée sur lesquelles les habitants se croisent, discutent, jouent, manifestent. Et, parfois, dorment.

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