Architecture Exposition

La préfabrication à quatre mains

Mots clés : Architecture - Manifestations culturelles - Musées - galerie - Technique de construction

L’architecture pionnière de Beaudouin et Lods est à redécouvrir au musée d’Histoire urbaine et sociale de Suresnes.

« Nous avons voulu montrer le côté expérimental du travail des architectes Eugène Beaudouin (1898-1983) et Marcel Lods (1891-1978) », explique Pieter Uyttenhove, conseiller scientifique de l’exposition (1) du musée d’Histoire urbaine et sociale (MUS) de Suresnes (Hauts-de-Seine). Les deux associés ont en effet été parmi les premiers à utiliser la préfabrication, pour l’édification des cités du Champ-des-Oiseaux à Bagneux puis de la Muette à Drancy. « A cette époque, ils sont les seuls architectes en France à travailler à cette échelle dans le logement social, avec des procédés de construction et des matériaux novateurs comme le béton vibré, l’acier, le verre ou l’aluminium. » Dans l’exposition, le film de Jean Benoît-Lévy, « Construire », témoigne en détail du chantier de Drancy. L’organisation s’inspirait du taylorisme : standardisation, rationalisation, montage de l’ossature métallique des tours de 15 étages et des barres, préfabrication industrielle des panneaux de béton dans des ateliers installés sur place.

A travers les images des intérieurs, le film montre aussi « comment habiter d’une façon moderne au début des années 1930, la notion d’existence minimum, la réduction du parcours des mères dans l’appartement », raconte l’historien. Premier grand ensemble de France, la cité de la Muette a été en partie démolie en 1976. Les immeubles en U de la grande cour ont été conservés en raison de leur importance historique : ils avaient servi de camp de transit pour la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. « Depuis Drancy, il existe une association entre architecture moderne, grands ensembles, béton et camp de concentration, à laquelle il ne faut cesser de réfléchir », estime Pieter Uyttenhove.

Un nouveau rôle pour l’architecte. A la tête de l’une des trois plus grandes agences françaises des années 1930, Eugène Beaudouin et Marcel Lods construisent beaucoup en seulement dix-sept ans. « A sa séparation en 1940, le duo avait posé les jalons de tout ce qui allait se passer dans l’après-guerre. Lods était entièrement du côté de l’innovation et de l’expérimentation, tandis que Beaudouin avait davantage un esprit Beaux-Arts dans la composition des plans. » Ils collaborent aussi avec de brillants ingénieurs : Eugène Freyssinet, Eugène Mopin, Vladimir Bodiansky, Jean Prouvé… « Grâce à Beaudouin et Lods, le rôle de l’architecte a changé : il est devenu le coordinateur d’une équipe technique. » Ils jouent l’avant-garde jusque dans la programmation : équipements sportifs, aéroclubs (aviateur passionné, Marcel Lods adopte ce nouveau point de vue pour étudier leurs chantiers), et surtout les deux chefs-d’œuvre de beauté et d’ingéniosité que sont la Maison du peuple de Clichy et l’Ecole de plein air de Suresnes.

Le duo a travaillé avec de brillants ingénieurs comme Prouvé ou Freyssinet.

La première articule un marché couvert, une salle polyvalente (réunions, spectacles, cinéma) et des bureaux grâce à un aménagement flexible et à la dissociation entre la structure porteuse et le premier mur-rideau conçu par Jean Prouvé. Dans la seconde, les classes prennent la forme de pavillons dont les parois vitrées repliables en accordéon, également signées par Jean Prouvé, permettent d’ouvrir les salles sur trois côtés, de plain-pied avec le jardin. Son imposant globe terrestre, construit à l’initiative des architectes à l’entrée de l’établissement, est actuellement en cours de restauration, et la Ville a déposé un dossier de demande de financement pour la rénovation des bâtiments. Ces réalisations sont évoquées à travers des documents graphiques et photographiques, mais aussi dans des entretiens vidéo avec le fils de Lods, Bernard. Les drôles d’anecdotes qu’il livre sur son père contribuent à donner à cette exposition une dimension très humaine.

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(1) Jusqu’au 24 juin 2018 au MUS, place de la gare de Suresnes-Longchamp, à Suresnes (Hauts-de-Seine).
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