Edito

La pierre et les loups

Mots clés : Produits et matériaux

Bel exploit, si l’on peut dire. En décrétant la baisse générale – et injuste -de cinq euros des APL, le gouvernement a réussi à coaguler, au-delà de la colère légitime des acteurs sociaux, toute l’énergie des oppositions et des démagogues de tous poils, prompts à déplacer le débat sur le terrain des inégalités. La mèche est un peu grosse mais elle flambe. Logique, tant les sujets qui touchent à la pierre sont hautement inflammables. Le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, est désormais contraint d’intégrer cette donnée dans la loi « Habitat, mobilité, logement », prévue pour octobre. Ce texte, dont les premiers contours se dessineront à la rentrée, sera donc escorté par la polémique. Le terrain est d’autant plus miné qu’il est vaste. Les aides à la personne, dont les APL, totalisent 18 milliards d’euros. D’autres loups, réels ou pas, peuvent surgir de la réforme.

La réforme du logement mériterait un débat serein. Une perspective illusoire.

De leur côté, les actuels et futurs propriétaires de logements, tout comme les professionnels et investisseurs, guettent toujours un signal positif sur la pérennisation des aides à la construction et à l’accession à la propriété. Bercy sonde les gisements potentiels d’économies, dans un budget global d’une vingtaine de milliards. Le reformatage envisagé du PTZ inquiète, tandis que Jacques Mézard semble écarter un arrêt brutal du Pinel, qui arrive à son terme à la fin de l’année. Mais aucune prorogation au-delà de 2017 n’est formellement annoncée. Ces deux dispositifs, aussi coûteux soient-ils – même s’ils produisent des recettes pour l’Etat -, ont l’immense vertu d’avoir contribué à relancer la production du neuf, dans un contexte, certes favorable, de taux au plancher.

En déclenchant une polémique sur les aides au logement, en ne garantissant pas la pérennité de mécanismes moteurs pour le neuf, le gouvernement se prive de forces pour expliquer la philosophie du « choc de l’offre », salutaire, qu’il veut créer dans les zones carencées en habitat. Le sujet mériterait un débat serein, mais cette perspective semble désormais illusoire. D’autant que l’une des pistes de la réforme consisterait à confier, dans les territoires tendus, la délivrance des permis de construire au préfet ou à l’intercommunalité… Les maires n’ont pas encore crié au loup.

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