Architecture Exposition

La Défense a plus d’une tour dans son sac

Mots clés : Bibliothèques, centres de documentation et de consultation d'archives - Dessin - Établissements industriels, agricoles, ICPE - Urbanisme - aménagement urbain

Aux Archives des Hautsde-Seine, maquettes, dessins et photos retracent l’histoire du quartier d’affaires.

Deux inaugurations encadrent l’exposition « Tours et détours : histoire de La Défense » aux Archives des Hauts-de-Seine : celle de la statue qui donnera son nom au quartier, en 1883, et celle de la Grande Arche de la fraternité, en 1989. En fait, dès 1770, l’axe historique de Paris qui relie les Tuileries, les Champs-Elysées et Neuilly est prolongé, avec la construction d’un pont, jusqu’à la butte de Chantecoq, aux confins des villages de Courbevoie et de Puteaux. Après diverses propositions au début du XXe siècle, dont un majestueux alignement de maisons-tours d’Auguste Perret, l’année 1956 marque le lancement officiel du projet de quartier d’affaires, sous la houlette des architectes et urbanistes Jean de Mailly, Bernard Zerhfuss et Robert Camelot.

Maquettes, dessins et photographies présentent les projets phares. Le Centre national des industries et techniques (Cnit), premier bâtiment construit entre 1956 et 1958, reste encore et incontestablement la star de La Défense. C’est le Syndicat des constructeurs français de machines-outils qui engage le trio d’architectes responsables de l’aménagement du secteur pour réaliser ce palais des expositions. Grâce à l’ingénieur Nicolas Esquillan, l’élan de sa voûte mince autoportante en appui sur trois points constitue – et demeure – une véritable prouesse technique. La dalle, étendue plus tard, créera un socle qui l’écrase un peu visuellement.

Le plan-masse de 1964 prévoyait 21 tours de bureaux de taille identique et modérée : une base de 42 m sur 24 m pour une hauteur de 100 m. L’élégante tour Nobel de Jean de Mailly et Jacques Depussé, avec ses façades aux angles adoucis exécutées par Jean Prouvé, est la première à être érigée en 1965. Après cinq immeubles respectant ces dimensions, des compagnies demandent à s’affranchir du gabarit. L’Etablissement public pour l’aménagement de la région de La Défense (Epad) adopte donc un nouveau plan-masse en 1972, donnant naissance aux tours de deuxième génération, plus imposantes, qui seront accusées de défigurer la perspective historique.

Un temps d’avance. Certains projets, particulièrement audacieux, font aujourd’hui regretter leur abandon. En 1960, Bernard Zerhfuss imagine un gratte-ciel composé de quatre tours de hauteurs différentes reliées par des plates-formes, dont la silhouette semble bien en avance sur son temps. En 1962, avec leur tour-relais Tourisme-TV de 725 m de haut dotée d’un restaurant panoramique, André et Jean Polak ambitionnent de concurrencer la tour Eiffel. Entre 1964 et 1968, l’artiste Nicolas Schöffer élabore une tour Lumière Cybernétique, œuvre magique composée de milliers de projecteurs, de flashs et de miroirs tournants transcrivant via la couleur, le mouvement et la lumière des informations reçues sur des ordinateurs.

Peu de lieux en France entretiennent un lien aussi fort avec le politique. Les rebondissements autour du bâtiment pensé comme la « tête » du quartier en sont la meilleure preuve. Après le Diapason de Ieoh Ming Pei (1971), les Miroirs concaves d’Emile Aillaud (1973) envisagés par Georges Pompidou, les immeubles Cristal de Jean Willerval (1980) soutenus par Valéry Giscard d’Estaing, c’est finalement la Grande Arche de Johan Otto von Spreckelsen, ponctuant la perspective – tout en la laissant ouverte -, qui sera choisie par François Mitterrand. Une maquette en coupe de l’arche présentée dans l’exposition révèle l’immense fresque de Jean Dewasne qui se déploie sur 34 étages. C’est l’une des 70 œuvres d’art monumentales qui ponctuent La Défense, et qui en font davantage qu’un simple quartier d’affaires.

Exposition jusqu’au 30 juin, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h, aux Archives des Hauts-de-Seine, 137, avenue Joliot-Curie à Nanterre. http://archives. hauts-de-seine.fr. A venir en septembre, une autre exposition sur la « zone B » (Nanterre).

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