Enjeux

La couverture-zinguerie perd sa carte jeune

Mots clés : Apprentissage - Hygiène et sécurité du travail - Second oeuvre

Les centres d’apprentissage peinent à recruter.

Une désertion qui n’est pas seulement due à la pénibilité.

Focus sur les Hauts-de-France.

« Qui pour nous remplacer dans dix ans ? » Cette question, Alexandre Lepand l’entend de plus en plus souvent dans la bouche des couvreurs-zingueurs qu’il croise sur les chantiers. Formateur aux Compagnons du devoir à Lille (Nord), le jeune homme s’apprête à initier une douzaine d’apprentis à la rentrée prochaine. Deux fois moins qu’il y a cinq ans ! Constat identique dans les trois centres BTP-CFA de la région Hauts-de-France, qui regroupent 120 apprentis couvreurs. « On pourrait en accueillir trois fois plus », déplore Pascal François, directeur adjoint du CFA de Lille. A ce rythme, il n’y aura bientôt plus assez de professionnels pour couvrir les départs en retraite.

Froid et frustrations. La première raison de ce désamour ? La dureté d’un métier exposé aux quatre vents. « Nous perdons une partie des effectifs en hiver », constate Pascal François, qui révèle que, désormais, la spécialité la plus en vogue auprès de ses élèves est… la plomberie.

Autre motif de découragement : l’ambiance de travail sur le chantier. « Les chefs d’équipe sont de gros bosseurs, très exigeants, un peu bruts de décoffrage, ce qui peut dérouter certains jeunes », juge Alexandre Lepand. D’autant que les tâches dévolues aux apprentis ne sont pas toujours des plus exaltantes. Pour des raisons de sécurité, la législation du travail limite au maximum la présence des moins de 18 ans sur les toits. Frustrant de devoir se contenter de manutention au sol quand on rêve de jouer les funambules.

Immaturité, manque de motivation… Comme dans d’autres filières, les aspirants sont par ailleurs nombreux à abandonner en route. Immaturité, problèmes de comportement, motivation en berne… « J’en ai assez de faire ma bonne action chaque année en acceptant des jeunes qu’on ne réussit pas à garder », lance Valérie Lesaicherre, 37 ans, codirigeante d’une entreprise de 14 salariés à Croix (Nord). A ses côtés, son père, aujourd’hui à la retraite, confirme : « Nous avons le sentiment qu’un grand nombre d’entre eux viennent à ce métier par défaut. » Convaincu des bienfaits de l’alternance, ce couvreur passionné a formé plus de 80 apprentis durant sa carrière. Il estime indispensable de valoriser auprès des collégiens les réalisations d’une profession qui ne se résume pas à poser des tuiles.

« Nous travaillons le zinc, l’ardoise, le bois. Nous faisons du pliage, de la soudure… Il faut mettre en avant les diverses facettes de ce métier méconnu et pourtant très riche », appuie Pascal François, le directeur adjoint du CFA de Lille. Sans quoi, dans dix ans, trouver un artisan pour refaire sa toiture relèvera du casse-tête.

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ENCADRE

Un métier en tension

La France compte actuellement 18 500 entreprises de couverture-zinguerie, soit un millier de moins qu’en 2013.

Les effectifs, eux, sont passés de 49 000 à 44 800 salariés. Une érosion qui ne contribue pas vraiment à l’attrait de la profession auprès des jeunes. Sur 403 000 apprentis, ils sont moins de 5 000 à avoir choisi la couverture. A l’Union nationale couverture-plomberie (UNCP), on reconnaît volontiers que le métier souffre d’un déficit d’image… sans avancer de solutions pour y remédier. « Nous n’y pouvons pas grand-chose », lâche même un responsable du syndicat, renvoyant aux professionnels sur le terrain le soin de trouver de bonnes idées.

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