Enjeux

La construction métallique cherche sa main-d’œuvre

Alors qu’elle est en plein rebond d’activité, la filière peine à recruter. Près de 1 500 postes sont à pourvoir.

« Nous aurions pu réaliser entre 30 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires si nous avions réussi à pourvoir la centaine de postes dont nous avons besoin », confie, désemparé, Roger Briand, directeur général adjoint du groupe Briand, spécialisé dans la construction d’ouvrages métalliques. A l’image de cette entreprise de taille intermédiaire (ETI) vendéenne, l’ensemble de la filière de la construction métallique éprouve les pires difficultés à attirer et recruter de nouveaux candidats. Tous les emplois sont concernés, du dessinateur-calculateur au monteur d’atelier, et les besoins en main-d’œuvre se sont accrus depuis le redémarrage de l’activité (+3 %) en 2017. Selon les estimations de la profession, 1 500 postes ne sont pas pourvus.

Image archaïque. « Notre branche souffre d’une image dégradée et n’attire pas suffisamment les demandeurs d’emplois et les étudiants », diagnostique Roger Briand, qui préside aussi le Syndicat de la construction métallique de France (SCMF). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’effectif global (intérimaires compris) a seulement progressé de 0,4 % sur un an au troisième trimestre 2017. Et le recrutement semble s’essouffler depuis peu (- 0,42 % entre fin juin et fin septembre). Résultat, les entreprises ont largement recours aux intérimaires (+9,72 %) pour compenser cette pénurie de main-d’œuvre. Selon Loïc Da Silva, vice-président de l’association pour la promotion de l’enseignement et de la construction en acier (APK), la profession pâtit avant tout d’une image archaïque, souvent associée à une industrie vieillissante et sinistrée.

Pour attirer de nouveaux candidats et redynamiser le cursus scolaire, la filière a entamé plusieurs chantiers d’envergure. En coopération avec les entreprises et l’Education nationale, l’APK œuvre pour la modernisation du BTS « Constructions métalliques », datant de 1992, avec un programme davantage orienté vers le numérique (BIM), et un nouvel intitulé : « Architectures en métal : conception et réalisation ».

« Serious games » et multimédia seront mobilisés pour séduire les jeunes.

« Il est l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois de la construction métallique et ne correspondait plus du tout aux attentes du marché. Dispensé dans chaque région, il forme environ 300 diplômés par an, dont un tiers d’apprentis », note Loïc Da Silva. L’association se mobilise depuis vingt-cinq ans pour promouvoir la construction métallique, à travers des films et la publication d’ouvrages de formation.

Crise des vocations. Jusqu’à présent, rares étaient les actions menées conjointement par l’association et le SCMF. Mais la crise des vocations a conduit les deux acteurs à travailler main dans la main. Ils réfléchissent ainsi à la conception d’une « plate-forme d’échanges », regroupant des offres d’emplois, de formation en apprentissage et de stages. « Ce site devra faciliter la mise en relation entre les professionnels et les candidats et accélérer le processus de recrutement », précise Jean-Pierre Muzeau, président de l’APK. De son côté, le syndicat propose désormais aux entreprises de déposer leurs offres d’emploi sur son site. Et les initiatives ne devraient pas s’arrêter là. En 2018, la filière tentera de sensibiliser les plus jeunes, du collège aux écoles d’ingénieurs, via le déploiement de « serious games » et autres outils pédagogiques multimédias.

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Des voyants au vert

Le Syndicat de la construction métallique de France (SCMF) anticipe une production de 706 000 tonnes de métal en 2017, soit une hausse d’environ 3 % par rapport à 2016. Le taux des capacités de production de l’industrie (bâtiments industriels, agricoles, commerciaux… ) continue de se maintenir à un haut niveau (80 %). Le signe d’un « redémarrage », selon Roger Briand, le président du SCMF. Et la filière envisage l’avenir avec optimisme puisqu’elle anticipe une croissance de 4 % pour 2018, grâce à « des carnets de commandes qui se remplissent et des demandes de plus en plus nombreuses en études et chiffrages de dossiers ».

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