Actu

L’Ordre des architectes : pour un corporatisme de l’universel ?

Mots clés : Architecte - Architecture - Collectivités locales - Contrat de partenariat - Démarche environnementale - Développement durable - Logement social - Maison individuelle - Politique du logement

L’architecte Lionel Dunet a été élu Président du CNOA en novembre dernier pour une durée de trois ans. Il avait auparavant fondé le réseau des maisons de l’architecture dont il assurait la présidence depuis 2004. 55 ans, diplômé de l’Ecole spéciale en 1977 et en Urbanisme à Paris XII l’année suivante, il a collaboré pendant vingt ans avec François Debulois et Jean Guervilly avant de créer son agence en 2000 à Saint-Brieuc, et à Rennes en 2007. Il construit actuellement un immeuble de 63 logements sociaux sur l’île de Nantes pour Aiguillon Construction et Nantes Habitat. Avec l’équipe arrivée avec lui à la tête du CNOA, il tente aujourd’hui de redéfinir la place et la fonction d’un « ordre » des architectes dans notre monde contemporain.

Christine Albanel, ministre de la Culture, a souligné sa volonté de supprimer le fameux seuil des 170 m2. Où en est-on aujourd’hui ?

Le ministère de la Culture vient de proposer 45 mesures pour l’architecture, et 18 ont été retenues au cours de discussions interministérielles, notamment avec le MEDAD (Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables). L’abaissement du seuil – peut-être pas sa suppression – fait partie de ces 18 mesures retenues à l’agenda de ces discussions. Les négociations pour fixer ce seuil tournent aujourd’hui plutôt entre 0, encore une fois peu probable, et 50 m2, ce qui permettrait de réaliser quelques extensions modestes sans architecte. Le MEDAD était favorable à cette solution tandis que la Culture resterait plutôt sur l’idée du 0 à 20 m2.

Comment l’architecte va-t-il s’insérer dans ce nouveau mode de production ?

Il faut réfléchir à de nouvelles formes de partenariat avec les entreprises et considérer que le processus esquisse-avant-projet-projet-appel d’offres-chantier est désormais dépassé ou tout du moins plus vraiment tenable sur une production de masse du logement individuel. Une évolution du seuil engage donc une évolution de la place et du rôle de l’architecte désormais invité à se rapprocher des attentes et des besoins d’un public élargi. Je force le trait, mais pensons qu’un jour peut-être on choisira et achètera sa maison un peu comme on choisit et achète aujourd’hui sa voiture, dans un savant mélange de compétence et d’ignorance, et en attente d’une expertise informée et compréhensible. Nous pourrions en cela nous inspirer d’exemples désormais bien connus qui vont du travail des Architectes Constructeurs du groupe Architecteurs à la collaboration de Jacques Ferrier avec Maison Phénix en passant par les expériences pilotes qui ont été conduites ces dernières années par le PUCA (Plan Urbanisme Construction et Architecture) dans la région bordelaise. Mais il est évident qu’il nous faudra abandonner le mode de production qui reste encore aujourd’hui celui d’une forte majorité d’architectes. Même si certains d’entre eux sont très performants et savent d’un chantier à l’autre réutiliser certaines techniques ou procédés. Le point crucial à mon sens reste le chiffrage, dès l’amont du projet. Il faut que l’architecte soit directement en prise avec les milieux économiques s’il veut rester performant dans ce domaine, notamment au regard du système bancaire. Mais pourquoi ne pas imaginer des groupements d’artisans locaux qui travailleraient en collaboration avec un architecte au cochiffrage des projets ?

Dans quelle mesure le public n’est-il pas aujourd’hui mieux préparé à s’emparer d’une loi votée il y a 30 ans, la « loi sur l’architecture » ?

Nous avons déjà tous pu mesurer au bout de trente années les dégâts causés par l’exclusion de l’architecte de près de 95 % du processus de fabrication de la maison individuelle. Le mal est fait. Chacun peut s’en rendre compte, et je pense que les pouvoirs publics viennent d’en prendre vraiment conscience. Et puis rappelons qu’en abolissant ce seuil, qui était à l’origine une simple dérogation à la loi de 77, nous ne faisons que revenir à l’esprit initial de cette loi sur l’architecture. Le seuil avait vidé cette loi de sa substance, il s’agit de lui redonner son contenu originel. Autre élément de cette prise de conscience : le développement durable dont on constate un peu partout qu’il ne...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 179 du 01/05/2008
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X