Technique et Construction durable Logistique

L’impeccable ballet de haute altitude

Construire ou rénover un refuge en haute montagne demande des capacités physiques et organisationnelles qui ne s’improvisent pas. Basée à Sallanches (Haute-Savoie), dans le Pays du Mont-Blanc, la société Altitude Construction recrute presque exclusivement d’anciens professionnels de la montagne, habitués à affronter les vents, le froid et la neige.

« Jusqu’à 3 000 m d’altitude, aucune aptitude particulière n’est requise, explique le cogérant d’Altitude Construction Jérémie Leyva. Mais sur un chantier à 4 000 m, tout change : on respire mal, la récupération est difficile et on perd jusqu’à 25 % de facultés mentales ! » Tous les salariés passent une visite médicale incluant un test d’effort, mais aussi le diplôme de cordiste pour pouvoir mener tous les travaux d’accès difficile.

Outre l’endurance physique des compagnons, la question logistique est centrale en haute montagne : si certains chantiers peuvent être alimentés par 4 x 4 durant la belle saison, l’hélicoptère reste la solution la plus courante. « Les matériaux doivent être préparés dans des colis de 800 kg au maximum pour un refuge à 2 500 m. A de plus hautes altitudes, on limitera le chargement à 500 kg, car les vents sont plus instables », détaille Jean-Pascal Yribarren, cogérant du constructeur bois isérois B3D, qui mène depuis l’an dernier une série de rénovations dans le parc de la Vanoise.

Si l’hélicoptère est un allié précieux, la compétence de ses pilotes l’est également. « Ils nous assistent aussi pour le levage des éléments de charpente les plus lourds », souligne Jean-Pascal Yribarren. Le ballet aérien et leurs cargaisons doivent être programmés avec la plus grande minutie : à 250 euros la mise en place puis 27 euros la minute, pour des rotations moyennes de cinq à six minutes, pas question de refaire un trajet pour un sac de ciment ou un marteau oubliés…

Le respect des délais, un impératif. Les départs d’hélicoptère se font le lundi matin : les compagnons montent en même temps que le matériel. S’il est possible de dormir dans le refuge, ils ne redescendront que le vendredi, à pied. Pas besoin, alors, d’installer de base vie : une petite communauté se crée pour quelques jours, les gardiens du lieu assurant l’intendance. L’autre qualité de ces entreprises réside en leur capacité à réagir aux imprévus en proposant des solutions techniques, afin d’optimiser leur temps sur place.

Plus que sur les chantiers de plaine, le respect des délais est impératif en haute montagne. Impossible de travailler sur site en hiver et au début du printemps. Les entreprises en profitent pour préfabriquer en atelier les éléments (charpente, ossature, façades, planchers…) qui seront assemblés sur le chantier durant l’été. Le travail se concentre de la mi-mai à la mi-juillet, puis de la fin août à octobre. « Pour s’adapter à la météo, on découpe souvent les chantiers en phases très courtes, souvent à la journée : si vous avez réalisé le coffrage et le ferraillage, mais que la neige tombe avant le coulage du béton, vous pouvez tout recommencer… », relate Jérémie Leyva.

Menés dans des sites d’exception, généralement gérés par des parcs nationaux, ces chantiers sont aussi exemplaires sur le plan écologique. La Fédération française des clubs alpins et de montagne a défini des « chartes chantier vert » engageant les entreprises sur la collecte des déchets, les nuisances acoustiques ou encore les substances polluantes. « Cela nous apprend à être plus rigoureux tout au long des travaux. Pas question de laisser traîner un plastique en zone protégée », résume Jean-Pascal Yribarren. Les emballages sont limités et les chutes très rares du fait d’un calepinage très précis. Une optimisation environnementale dont pourraient s’inspirer les chantiers de plaine.

1 & 3 -Situé 1 000 m sous le sommet du mont Blanc, le refuge du Goûter a représenté un défi technique. Sa construction, achevée en 2012, s’est échelonnée sur trois saisons printemps-été, cinq mois par an. 2 – La cabane de Tracuit, à 3 256 m sur le Weisshorn (Suisse), a été livrée en 2013 après six ans d’études et une année de construction. Les éléments ont été acheminés préfabriqués pour répondre aux contraintes du chantier.

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