Régions

L’artisanat s’ouvre aux marchés eurorégionaux

Mots clés : Artisanat

L’onde de choc luxembourgeoise se ressent jusqu’en Alsace : depuis la fi n 2007, un prestataire de services européen peut intervenir au Luxembourg après des démarches simplifiées. Pour répondre à la demande exprimée par ses ressortissants à la suite de cette mesure, la chambre de métiers d’Alsace a enrichi cette année d’un volume luxembourgeois sa collection de guides pratiques destinés aux entreprises souhaitant intervenir dans un pays étranger.

Appétence luxembourgeoise

« Il y a énormément de choses à faire au Luxembourg qui, jusqu’ici, se comportait comme la Suisse, avec des agents toujours prêts à nous tomber dessus pour chercher les failles dans nos déclarations », témoigne François Kihm, gérant de la SARL éponyme spécialisée dans le montage de cloisons à Keskastel (Bas-Rhin). Certes, l’ouverture des frontières luxembourgeoises souffre de restrictions pour les entreprises du bâtiment, dont l’autorisation d’exercer reste soumise à la détention d’un brevet de maîtrise. « Mais les artisans qui passent l’obstacle trouvent au Luxembourg un marché potentiel appréciable », souligne Franck Philippi, conseiller économique en charge des affaires européennes à la chambre des métiers de la Moselle.

L’appétence exportatrice de François Kihm ne constitue pas une exception : sur ses 24 000 ressortissants, la chambre de métiers d’Alsace évalue à plus de 1 500 le nombre d’entreprises artisanales qui exportent. L’Allemagne et la Suisse constituent leur cible principale. « En pleine croissance, cette proportion concerne surtout les entreprises de service, et en premier lieu celles du bâtiment », témoigne Yannick Henry, responsable des questions transfrontalières et européennes à la chambre de métiers d’Alsace.

En Lorraine, le conseil régional accompagne les entreprises à travers le réseau entreprises Europe, créé à l’initiative de la Commission européenne. Ce service diffuse une check-list des démarches à effectuer pour investir les marchés belges, luxembourgeois ou allemands. « Le principal obstacle est l’information. Les entrepreneurs lorrains seront beaucoup plus compétitifs s’ils maîtrisent bien l’environnement fiscal, social et douanier du pays où ils comptent travailler », estime Laure Jouya, responsable de l’antenne Europe au conseil régional de Lorraine.

Tension suisse

Vis-à-vis de l’Allemagne, la conjoncture incite les exportateurs potentiels à la prudence: « Ce pays nous intéresse en raison de la plus grande maturité du marché par rapport aux notions de coût global, mais il faudrait des bases plus solides pour y aller », explique Carine Macchi, responsable marketing de Macchi Constructions, spécialiste de la maison à basse consommation basé à Staffelfelden (Haut-Rhin).

Sur la frontière franco-suisse, l’ambiance économique transfrontalière paraît encore plus problématique : «Sans un architecte ou une entreprise suisse, en sous-traitance de capacité ou de savoir-faire, l’accès au marché est difficile», témoigne Jean-Claude Reichard, secrétaire général de la fédération du BTP du Doubs. La fuite des ouvriers comtois, particulièrement sensible dans les régions de Pontarlier et de Morteau, suscite des tensions. « On assiste toutefois à des retours, car les conditions de travail suisse ne sont pas aussi avantageuses qu’elles ne paraissent », note le secrétaire général.

Ardent défenseur de la coopération de l’artisanat dans le Rhin supérieur, le président de la chambre de métiers d’Alsace Bernard Stalter reconnaît les difficultés avec le partenaire suisse : l’établissement consulaire enregistre de nombreux appels d’artisans surpris par des contrôles de plus en plus musclés, depuis l’entrée en vigueur des accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, en juin 2004. Mais le président ne se décourage pas : «La question transfrontalière est restée au cœur des plans d’action de la chambre depuis plus de 15 ans. Pour ramener nos partenaires dans le jeu, nous ne baisserons pas les bras et nous jouerons toutes les cartes qui se présenteront. »

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Le club des affaires Sarre-Lorraine plaide pour le bilinguisme

Le club des affaires Sarre-Lorraine tente de remédier au faible engouement des Mosellans pour les quelque 300 millions d’euros engagés dans de grands projets d’aménagement à Sarrebruck. « C’est d’autant plus regrettable que les artisans français font de l’excellent travail et présentent une capacité d’adaptation qui pourrait faire la différence », souligne son président Jacques Renard. Le club a invité en février dernier Rudolf Weyand, responsable des appels d’offres auprès du ministère des Finances de la Sarre, à animer au World Trade Center de Metz une conférence sur le thème : « les marchés publics sarrois : une chance pour les entreprises françaises ». Pour saisir cette main tendue, l’entreprise mosellane devra compter au moins un collaborateur bilingue – une perle rare, surtout parmi les apprentis. Une alliance avec un confrère sarrois peut également porter ses fruits. Une nouvelle donne facilite les échanges : certaines entreprises sarroises n’hésitent pas à se positionner sur le marché lorrain.

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