Architecture Charpente

L’art de dresser les poutres sans obstacle

Mots clés : Charpente - Établissements sportifs couverts

Le centre équestre de Lamotte-Beuvron détient le plus grand carrousel français. La portée de sa charpente est colossale.

C ‘est à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), à quelques kilomètres d’Orléans, que finit de se monter l’une des plus grandes halles de centres équestres de France. Un édifice qui se distingue par la portée exceptionnelle de sa charpente. CMBP, basé au Mesnil-Simon (Eure-et-Loir), s’est chargé de cette réalisation remportée par appel d’offres. Cette entreprise spécialiste des structures lamellées est intervenue sur l’ensemble de la charpente bois, de l’étude au levage, en passant par la fabrication en atelier. « La phase la plus importante pour ce bâtiment de 93,6 m sur 133,6 m a été la modélisation de la structure. Tout a été calculé et anticipé, y compris le levage ! », souligne Eric Verrière, P-DG de l’entreprise. Un gros travail de bureau d’études : près de 480 heures de calculs et dessins.

« La halle de Lamotte-Beuvron est une structure pyramidale rectangulaire, qui porte dans deux directions : principalement transversalement (80 m de portée), mais également longitudinalement (120 m de portée), rappelle Jean-Michel Guellier, responsable des études du groupe. Pour cette raison, nous avons dû mettre en œuvre deux sapines de montage au droit des arcs supports des croupes, jusqu’au terme du levage de l’ensemble des arcs, pour être certain que l’ensemble se mettrait uniformément en charge entre structure transversale et structure longitudinale. » Un autre choix important de structure a porté sur les arcs transversaux à deux articulations en pieds, avec traverses supérieures (formant entrait bas de l’édicule) encastrées par des couronnes de boulons sur les extrémités des crosses. « Ce choix est venu assez naturellement pour nous permettre de diminuer les longueurs de transport, offrir une plus grande rigidité et donner une assise cohérente et esthétique à l’édicule. Nous avons profité de ces pièces pour créer dans leur plan un contreventement rigide, qui fait que l’édicule n’est plus qu’un ouvrage rapporté de 5,13 m de hauteur culminant à 25 m du sol », poursuit-il.

Fabriquées, assemblées, montées. Les éléments droits de cette charpente ont été fabriqués dans l’usine de Mesnil-sur-Simon. Les arcs cintrés ont quant à eux été usinés à Sérent (Morbihan) dans les établissements Gauthier Lamellé Collé, filiale du groupe. « Trois moules différents de 45 m ont été spécifiquement créés pour le cintrage des pièces en lamellé-collé épicéa de 210 mm d’épaisseur : un pour les arcs principaux, un pour les arêtiers et un pour les empannons d’arêtiers », précise Raphaël Verrière, responsable commercial de CMBP. Les pièces ont ensuite été prémontées en atelier, puis séparées en trois parties afin d’être transportées jusqu’au chantier, où elles ont été assemblées puis montées. L’acheminement des arcs de la charpente a contraint le groupe à une organisation millimétrée : la taille des poutres (35 m) a nécessité un transport par convois exceptionnels (six poutres de 5 m de large par convoi), l’aménagement de ronds-points et le démontage de panneaux autour du site.

Le levage de ces poutres, dont sept attei gnent 80 m de portée, fut l’une des grosses difficultés techniques de ce chantier. Le bureau d’études a dû calculer et indi quer toutes les étapes et les points de levage. L’assemblage des porti ques et de la tour d’étaiement a ainsi été effectué au sol. Des plots en béton ont été posés pour l’accroche des tire-forts et deux tours d’étaiement sur longrines ont permis le levage des premiers portiques et des arcs. L’ossature a alors été montée progressivement. Et les tours d’étaiement retirées. Les chapeaux, assemblés sur place, ont eux aussi été levés directement. « La moindre petite faille peut être fatale et créer des torsions dans le bois », explique Jean-Noël Morinière, chef d’équipe chargé du montage pour CMBP.

Au galop. Deux grues ont été déployées sur le chantier pour lever les poutres, les placer et les assembler avec des boulons. Tous les arcs principaux sont debout depuis la fin mai. Au total : 40 arcs, 14 moises d’entraits, 68 arbalétriers, 556 pannes et 124 poteaux. Deux mois et demi auront été nécessaires à cinq personnes pour mettre sur pied ce projet. Un rythme au galop à raison de deux à trois fermes par jour. Après la charpente, les travaux de couverture, aussi confiés à CMBP, devraient se terminer au mois d’août. Des bacs translucides et sandwichs isolants de 60 mm sont prévus ainsi qu’un bardage en pin autoclavé. Un beau travail d’équipe élaboré avec soin en amont.

Maîtrise d’ouvrage : Fédération française d’équitation.

Maîtrise d’œuvre : Philippe Guibout Architecte. Dimensions : 80 x 120 m à l’intérieur et 94 x 135 m à l’extérieur ; 25 m au faîtage, 18,6 m sous entraits. Nombre de ferrures : 2 169 ferrures mécanosoudées (total de 22,6 t) ; 990 ferrures commerce (1,9 t).

Durée des travaux : avril à juillet 2017. Montant du chantier : 2,5 millions d’euros TTC pour la charpente et la couverture.

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