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Jean-Louis Dalbera Sauver les collectivités de la crise

Mots clés : Collectivités locales

La crise du crédit, partie des Etats-Unis depuis plusieurs mois, contamine tous les secteurs économiques et tous les acteurs. Tous n’en meurent pas, tous ne sont pas pareillement atteints, mais tous sont concernés ou touchés à différents degrés. Les taux d’intérêts sont à la hausse, du fait de cette crise de confiance inimaginable il y a encore peu de temps. Celle-ci est la conséquence de trois éléments :

– la trop grande distribution de crédits à de trop nombreux emprunteurs (américains principalement) insolvables ;

– le compactage de ces crédits dans des véhicules ad hoc censés transformer des produits risqués en produits sains ;

– les contraintes prudentielles (ratios de Bale 2) et comptables internationales (normes IFRS) qui ont accentué la descente aux enfers (dépréciation due à concurrence dans les bilans des banques des titres malsains détenus).

L’origine de la crise réside surtout dans le raisonnement suivant : les actifs immobiliers vaudront toujours plus chers. Et même ce qui est acheté très (trop) cher aujourd’hui vaudra encore plus cher demain. On avait oublié qu’il y avait une limite à tout. Les arbres plantés dans les propriétés ne montent pas eux non plus jusqu’au ciel…

Finalement, la morale est – de ce point de vue – sauve. On peut même penser qu’il aurait mieux valu que la crise arrive plus tôt ; des excès et des dégâts auraient ainsi pu être évités…

Crise de confiance dans le système

A cause de cette spéculation effrénée, de cette course aux profits à court terme (combien d’acheteurs de biens immobiliers n’avaient d’autre objectif que de revendre rapidement en faisant la plus-value la plus importante possible, et le tout sans aucune taxation la plupart du temps, étant donné la fiscalité immobilière française en matière de vente de résidences principales) et de la volonté des actionnaires d’avoir une rentabilité toujours plus élevée (les 20 % étant devenus la norme), il en est résulté cette crise bancaire, financière sans précédent qui aura encore des conséquences redoutables sur l’économie réelle.

Cette crise est une crise de confiance dans le système. Au-delà de l’apparence des bilans, les valeurs annoncées sont-elles bien réelles ? La réalité est-elle conforme aux chiffres ? Dans cette crise de confiance et de liquidités qui sont intimement liées, beaucoup d’emprunteurs rencontrent des difficultés importantes pour se faire financer. Les prêteurs ne peuvent (veulent) plus intervenir auprès de tous les acteurs, car les ressources sont rares et sont onéreuses.

Or, les collectivités ont bénéficié depuis de nombreuses années de très faibles marges, parfois proches de zéro.

On en revient donc à une certaine vérité des prix et à la réalité économique, comme pour les actifs immobiliers.

Il ne faut donc pas s’étonner que certaines collectivités ne reçoivent pas de propositions suite à leurs demandes de financements ou que celles-ci sont satisfaites à des niveaux de marges parfois multipliées par 4 ou 5 sans commune mesure avec la situation antérieure. La situation financière des collectivités locales françaises n’a pas changé pendant et du fait de la crise. Elle est globalement bonne et on ne constate pas de retards de règlement. Ce n’est donc pas le risque qui est facturé ; la pénurie de liquidités explique la surfacturation.

Que peuvent donc faire les collectivités pour ne pas payer trop cher les emprunts dans un contexte qui leur est maintenant moins favorable (baisse des dotations de l’Etat, progression de certaines dépenses obligatoires…) ?

Des notions de bon sens

Déjà, fuir comme la peste les produits structurés qui sont des miroirs aux alouettes et qui se paieront (se payent) un jour. Certaines collectivités qui avaient pris de l’avance sur le plan de la prise de risques ont déjà commencé à régler la note (et doivent faire des recours devant les tribunaux dans le cas où l’établissement de crédit est sourd à la négociation). Ensuite, revenir à des notions de bon sens : un bon taux fixe même un peu cher dans l’absolu vaut mieux que de valider des scénarios quelque peu optimistes, le choix du révisable peut être fait car on peut espérer une baisse des taux courts dans les mois à venir et, par ailleurs, on peut acheter une protection à la hausse (un CAP). Il faut accepter que l’on ne puisse pas toujours gagner dans toutes les hypothèses et que les garanties qui se payent sont autant d’assurances tous risques pour l’avenir. Les financiers locaux n’ont pas le droit de faire des paris sur l’avenir, s’agissant d’argent public et de financements de projets à long terme.

Enfin, il faudra bien ouvrir le débat sur la question de la création d’une agence publique locale (agence finances locales) qui permettrait aux collectivités d’avoir accès aux marchés dans de meilleures conditions de prix (effet volume et qualité de la signature) et de sécurité (flux réguliers d’emprunts et absence de produits « exotiques »). Durant ce laps de temps, il faut laisser passer l’orage et ne pas hésiter à repenser les organisations et les méthodes afin de faire des économies qui peuvent être très importantes.

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