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Introduction

Mots clés : Culte - Dessin - Manifestations culturelles - Technique de construction

C’est à Londres, sous le règne des Beatles, que les fils et les filles de l’upper middle class prennent possession des basements flats, ces logements exigus et sombres, mais encore bon marché, au demi-sous-sol des demeures cossues du centre de la capitale britanique. Depuis les quelques marches qui mènent à ces cours anglaises est né l’un des plus foisonnants mouvements culturels de la fin du XXe siècle. Dans les années soixante, de cet espace en marge, presque souterrain, décalé de quelques marches du niveau de l’Establishment, toute une génération d’étudiants, bientôt cinéastes, photographes, musiciens rock, écrivains ou designers, ont fait surgir une autre façon de penser le monde, de le vivre. Cet univers en sous-sol témoigne des mutations sociologiques d’une société de consommation qui ne dit pas encore son nom et c’est la jeunesse bourgeoise qui prend la place des domestiques, d’une population ouvrière chassée vers la banlieue.

Car cette occupation des sous-sols de la ville n’est pas nouvelle : elle est née avec l’ère industrielle. A la fin du XVIIIe siècle, dans une ville qui se densifie à l’extrême, la quête de surface habitable atteint les sous-sols que les réglementations hygiénistes et la mise en service de formidables réseaux d’assainissement ont permis d’extirper au cloaque dépeint dans les romans de Dickens. Dans une ville que menacent les marées de la Tamise, l’occupation des caves et des sous-sols est d’abord une conquête technique et industrielle. Si les moyens sont modernes, le phénomène n’est pas nouveau, la ville refuge a toujours été à l’étroit dans ses murs. Elle souffre de densifications excessives qui poussent la population à occuper le moindre m² vivable. Déjà à Rome, avec les catacombes, une seconde ville est en sous-sol, et dans les villes médiévales, dans la ville marchande qui fait face à la cité épiscopale, les habitants viennent s’entasser derrière les portes d’une enceinte protectrice. La prospérité économique et les libertés acquises par les bourgeois attirent tous ceux qui fuient l’insécurité des campagnes, la famine et la guerre. Alors que les rez-de-chaussée sont réservés aux commerces ou aux usuriers, que le Piano nobile est destiné à l’hôtellerie ou au maître de maison et que les étages supérieurs sont des greniers, les niveaux en sous-sol, quand la géologie le permet, sont dévolus à l’hébergement. Ainsi au XVe siècle, dans la ville d’Arras, on compte autour des places et des voies principales trois niveaux de sous-sols occupés : deux niveaux de caves voûtées superposées à un ou deux niveaux de galeries creusées dans la craie. Si le premier niveau est souvent occupé par une taverne ou une table de change, sous des nefs couvertes de voûtes d’arêtes en pierre de taille, les niveaux inférieurs, qu’ils se situent sous l’habitation ou sous la place même, sont réservés à l’hôtellerie et au logement ; plus bas sont les boves où le vin est entreposé. Ces caves possèdent leurs propres systèmes de chauffage et de ventilation, d’adduction et d’évacuation des eaux. Le recensement de 1823...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 176 du 01/02/2008
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