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Installer des éoliennes en mer : de nouveaux matériels en chantier

Pour répondre aux appels d’offres, les entreprises vont devoir mobiliser des matériels particuliers.

C’est un projet gigantesque : l’Europe a décidé que l’éolien offshore devait, à terme, représenter 10 % de sa consommation d’électricité. Un échéancier prévoit de passer de 2 900 MW actuellement installés dans 39 sites à 40 GW en 2020, ce qui représente un investissement de 140 milliards d’euros. La France n’est pas en reste. Elle a lancé un appel d’offres de 10 milliards d’euros pour l’installation de cinq champs en mer. En route, donc ! Mais comment ? L’EWEA (European wind energy association) le reconnaît elle-même : « La filière doit se développer pour éviter les goulots d’étranglement comme, par exemple, le manque de bateaux installateurs. » Car ces chantiers marins réclament des matériels particuliers, très peu nombreux, qui sont la clef de la faisabilité technique, du respect du calendrier, voire de la rentabilité financière.

Quatre locomotives sur un mât

Les éoliennes maritimes seront plus puissantes que les éoliennes terrestres. Actuellement ce sont des turbines de 5 MW (Alstom développe une 6 MW) d’un diamètre de 80 m montées sur un mât de 120 m de haut. Les fondations sont constituées de tripodes en acier remplis de béton que l’on immerge. La nacelle pèse à elle seule 400 t : le poids de quatre locomotives ! Pour manipuler une telle charge il faut une grue puissante, comme la MTC 78000 (1 500 t de capacité maximale) que Liebherr a déjà installée sur le navire OSA Sampson, mis en eau en 2009, et qu’elle va aussi monter sur le navire que l’allemand Hochtief se fait actuellement construire en Pologne. Dans les deux cas la grue est fixée à demeure sur une couronne de rotation de 9 m de diamètre qui constitue le point le plus sensible, comme le confirme Liebherr. « La fabrication d’une pièce mécanique aussi large se fait à travers un processus complexe car les machines capables de tailler les couronnes ne dépassent pas 5 m de diamètre. »

Coût : 3,5 millions d’euros jusqu’à 50 m de profondeur

Sur l’OSA Sampson comme sur le futur bateau d’Hochtief, la grue est installée sur une structure équipée de quatre pieds qui plongent pour s’ancrer au fond de l’eau. « Ces pontons sont à privilégier car ils sont stables, ce qui est indispensable pour des opérations de levage aussi précises que l’installation d’une éolienne haute de 100 m », pense Andreas Schwer, vice-président de Manitowoc, constructeur de grues. Problème : ces pieds, au nombre de quatre ou six, ne dépassent jamais 50 m de long et conviennent aux champs en eau peu profonde, comme tous ceux actuellement installés. « Au-delà de cette profondeur il faut utiliser des bateaux qui possèdent un système de contrepoids très perfectionné avec des ballasts capables de se remplir ou de se vider en fonction des mouvements de la grue. Ce sont des dizaines de mètres cubes d’eau qui se déplacent à la seconde ! Aucune impossibilité technique, mais une réalité financière : de tels bateaux coûtent très cher, entre 200 et 250 millions d’euros », explique Wolfgang Pfister, directeur marketing de Liebherr Nenzing. Une solution actuellement à l’étude consiste à installer les éoliennes sur des plateformes flottantes, mais cela sera également coûteux. On peut approximativement chiffrer le coût d’1 MW éolien à 1 million d’euros sur terre, 3,5 millions d’euros jusqu’à 50 m de profondeur et entre 5 et 6 millions d’euros en offshore profond. Voilà un bel argument pour respecter le seuil des 50 m !

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Andreas Schwer, vice-président de Manitowoc - « La complexité n’est pas du côté de la réalisation »

« Si tous les projets évoqués arrivent à leur terme à la date prévue alors, en théorie, les matériels nécessaires ne sont pas disponibles. Mais ce ne seront pas nous, fabricants de grues, ni les constructeurs de navires qui ralentiront la marche mais les changements d’orientations politiques et les variations macro-économiques. Trop d’incertitudes entourent ces projets et la complexité n’est pas du côté de la réalisation. Nous observons, bien sûr, le potentiel que l’éolien offshore représente pour notre industrie mais nous ne le planifions pas dans nos plans de charge car cela reste encore trop hypothétique. »

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