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Infrastructures Route durable : l’heure du passage à l’acte

Mots clés : Démarche environnementale - Développement durable - Entreprise du BTP - Maîtrise d'ouvrage - Marché de lénergie - Réseau routier

Stigmatisée après le Grenelle de l’environnement, la route veut redorer son image. Les entreprises routières s’y emploient sur leurs chantiers : produits et procédés à visée environnementale, recyclage, bilan énergétique… Reste à convaincre les maîtres d’ouvrage.

Le président de l’Usirf (Union des syndicats de l’industrie routière française), Xavier Lepercq, ne s’en cache pas : « il y a quelques semaines, nous réfléchissions à l’opportunité de trouver des synonymes au mot route tant il est connoté négativement ». Des propos qui illustrent bien le malaise des constructeurs routiers depuis qu’un « moratoire sur les projets routiers et autoroutiers » a été évoqué lors du Grenelle de l’environnement. Cet écueil a été évité. Economiquement, il y a fort à parier que les lois Grenelle ne joueront que marginalement sur le chiffre d’affaires de la profession. « Notre activité s’adapte aux usages et n’est que faiblement dépendante des grands projets neufs, constate Xavier Lepercq. Nous réalisons 200 000 chantiers par an. Notamment des infrastructures de transport en commun en site propre (TCSP) ou des projets de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Et il me semble que l’engouement pour les TCSP ne faiblit pas… »

Pour l’heure, la construction routière se porte bien : 2007 a été une année record. Le chiffre d’affaires s’établit à 15,5 milliards d’euros, en hausse de 8,5 %. Corrigé de l’inflation des coûts, cela correspond à une progression d’activité de 4,5 %. L’année 2008 a démarré sur les chapeaux de roues et les carnets de commandes ne désenflent pas. Pour autant, les entreprises enregistrent un ralentissement post-élections municipales et anticipent un second semestre morose. Dans cette conjoncture, la route s’emploie à prouver qu’elle peut être durable. « Les entreprises ont consenti d’importants investissements en recherche et développement », constate Marc Méreau, directeur d’Egis Environnement.

Bénéfices collatéraux

Recyclage de chaussées ou de coproduits industriels, enrobés fabriqués et appliqués à moindre température, additifs et liants végétaux, murs antibruit… Le catalogue des produits environnementaux a épaissi. « Je note un effet boule-de-neige, poursuit-il. En général, un gain environnemental s’accompagne d’un bénéfice énergétique et en terme de santé. » Ces derniers mois, les majors Colas, Eurovia et Eiffage Travaux Publics ont développé des logiciels calculant le bilan énergétique des chantiers pour faire la démonstration des économies rendues possibles par la variante verte. Mais ces outils posent le problème de l’ouverture des appels d’offres à cette variante, « ce à quoi nous encourageons systématiquement nos élus », assure Alain Tastet, président de l’Association des directeurs de services techniques départementaux (ADSTD). Et par ailleurs ils doivent produire des résultats comparables. « La mise au point dans les différentes entreprises de ces logiciels a été une première étape, explique Xavier Lepercq. La deuxième est de développer un outil commun à tous pour que les décideurs puissent choisir en connaissance de cause. » Une bonne initiative pour Marc Méreau car « dans l’élaboration de leurs appels d’offres, les maîtres d’ouvrage veillent à ne pas restreindre l’accès aux PME qui n’ont pas nécessairement la force de frappe des grands groupes ».

Le prix reste le juge de paix

Reste à passer à l’acte. Car en dépit des déclarations d’intention, le prix reste souvent le juge de paix. Alain Tastet a entrepris la pédagogie de la route durable : « penser la route aujourd’hui, c’est raisonner entretien, exploitation, économies de la ressource… Cela ne se fait pas à moindre coût, ni à coûts équivalents. » Pour autant, il prévient, « la conception d’une route ne se résume pas à un bilan carbone du chantier ». La certification HQE à laquelle travaille activement le conseil général du Nord pourrait être une réponse. Séduits, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre la jugent encore trop complexe et plaident pour une version allégée. Du côté des entreprises, l’accueil est plus mitigé. Elles craignent qu’un cadre réglementaire étriqué ne réduise leur champ d’innovations. Pour Marc Méreau, c’est une question de temps et de maturité des intervenants. « Tous n’ont pas les mêmes besoins et ne vont pas à la même vitesse. Une chose est sûre : le développement durable est vecteur d’innovations, ce qui est très positif pour les entreprises et l’ingénierie françaises à l’export. »

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CHIFFRES

2 400 tonnes de Végécol (substitut de bitume à base végétale développé chez Colas) ont été mises en œuvre en 2007 (1 600 en 2006).

108 000 m2 d’enrobés ont été recyclés in situ par l’enrobeuse mobile à froid d’Eiffage Travaux Publics (EMF200) en 2007 (71 800 en 2006).

75 % du budget R & D sont consacrés à l’environnement chez Eurovia.

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Xavier Lepercq, président de l’Usirf (Union des syndicats de l’industrie routière française)

« Le marketing des produits ne doit pas prendre le pas sur leur technicité »

« Le chantier de la route durable n’est pas nouveau pour les acteurs de la construction routière. Pour autant, la stigmatisation dont la route a fait l’objet lors du Grenelle de l’environnement montre que nous ne devons pas relâcher nos efforts. Ces dernières années, les innovations sur les procédés et produits à visée environnementale ont été nombreuses : recyclage in situ, enrobés moins énergivores, substituts à base végétale… Nous avons engagé en 2006 une étude baptisée « Route et mobilité durables » avec le laboratoire régional de l’Ouest parisien et nous travaillons actuellement avec le ministère du Développement durable sur un projet de charte des bonnes pratiques environnementales. Pour l’heure, prenons soin d’une part, de ne pas confondre l’infrastructure et son usage. D’autre part, de conserver une doctrine technique forte et homogène pour que le marketing des produits ne prenne pas le pas sur leur technicité. »

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Alain Tastet, président de l’ADSTD (Association des directeurs de services techniques départementaux)

« Le bilan carbone des chantiers n’est pas notre seule préoccupation »

« Le concept de route durable introduit des dimensions nouvelles dont il faut tenir compte très en amont lors de la conception. Dès le vote d’une opération par l’assemblée départementale, un travail de concertation élargi doit commencer. Force est de constater que cela ne résout pas tous les problèmes mais il devient possible de les anticiper. Idéalement, un cahier des charges tient compte du cycle de vie de l’infrastructure, des conséquences pour l’environnement (traitement des eaux, nuisances sonores), des économies de ressources non renouvelables, des consommations d’énergie, des technologies applicables à l’exploitation… Au final, le chantier est l’accouchement du projet. C’est pourquoi son bilan carbone n’est pas notre seule préoccupation. En terme d’émissions de gaz à effet de serre, le poids de la construction est infiniment moindre que son usage. »

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