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Habitat participatif

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Développement durable - Droit de l'urbanisme - Rénovation urbaine

En France, l’habitat collectif de type alternatif, où vie privée et vie collective cohabitent, renaît aujourd’hui sous le nom d’habitat participatif après trente ans d’oubli. L’essor de l’habitat groupé autogéré des années 1970-80 s’était en effet essoufflé en raison de l’absence de structures juridiques et financières, qui rendait ces projets longs à réaliser et incertains quant à leur aboutissement. Avec la crise du logement et le défi du développement durable, cet habitat de troisième type rencontre à nouveau un public. Cependant, il doit encore trouver ses marques. Le militantisme issu de Mai-68 en avait défini les caractéristiques principales de façon presque naturelle : espaces collectifs en prolongement direct des espaces privés et forte implication dans l’espace public grâce à une large ouverture sur l’extérieur. La loi Alur, votée par le Parlement l’année dernière, lui redonne une légitimité en définissant un cadre juridique qui a pour but de faciliter son développement. Les temps ont changé, le contexte social et économique n’est plus le même qu’à l’époque des Trente Glorieuses : les attentes que fait naître l’habitat participatif sont d’autant plus grandes.

Le renouveau d’une voie alternative de production de logements

En juin 2014, la Ville de Paris lançait un appel à projet, d’un nouveau type pour la réalisation de trois immeubles en habitat participatif. Objectif : promouvoir une « troisième voie pour le logement », selon l’expression consacrée par l’ancienne ministre Cécile Duflot : ni maison individuelle, ni immeuble collectif prêt à l’emploi, mais un assemblage d’appartements sur mesure assorti d’espaces partagés, conçus en participation avec un groupe d’habitants. Pas moins de 450 candidats se sont mis dans les starting-blocks. Après trois phases de sélection, incluant des ateliers d’initiation à la maîtrise d’ouvrage animés par la Ville de Paris et la constitution de dossiers menant à un avant-projet sommaire, ils ne seront plus qu’une trentaine, en janvier 2016, à pouvoir concrétiser leur projet sur les trois parcelles qui leur ont été réservées. Une sorte d’« Habitat participatif Academy » qui, six mois après la clôture des inscriptions, a déjà vu disparaître 200 participants « noyés dans les informations et le jargon de l’immobilier », comme en témoigne une candidate.

L’exemple allemand

La priorité donnée à l’accession à la propriété individuelle et, de manière plus lointaine, sa sacralisation depuis 1789 (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) expliquent en partie la faible audience que connaît l’habitat participatif en France par rapport aux pays du Nord où le système coopératif est bien ancré : l’habitant y est locataire de son appartement, détient une part de l’immeuble en propriété collective et participe à sa conception et sa gestion. En Suisse, où le nombre de propriétaires est le plus faible d’Europe, il représente 8 % du parc immobilier, atteignant jusqu’à 20 % dans les grandes villes, telle Zurich. Le chiffre monte à 15 % en Norvège (40 % à Oslo) et 18 % en Suède (27 % à Stockholm). En Allemagne, il se développe à l’échelle urbaine, constituant des pans entiers de ville, à l’instar de Fribourg -en-Brisgau, où l’écoquartier Vauban, ancienne friche militaire de 38 ha réaménagée, accueille aujourd’hui 5 000 habitants constitués en « Baugruppen », traduction germanique des habitats groupés. Ou encore, à Tübingen où, sur une soixantaine d’hectares, il est devenu un véritable outil de développement de la ville grâce à des règlements d’urbanisme (plan-masse, gabarits, etc.) adaptés à la réalisation de ce type d’opération.

Pourtant, en France, la reconstruction de l’après-guerre avait donné un nouvel élan aux coopératives qui proposaient un statut dit de « location-coopérative » permettant d’accéder collectivement à la propriété de l’immeuble sous forme d’achat de parts sociales, les habitants restant locataires de leur propre appartement. Jusqu’à sa suppression par la loi Chalandon en 1971, près de 37 000 logements de ce type ont pu être réalisés, dont ceux de la Maison radieuse de Le Corbusier à Rezé-les-Nantes, financés conjointement par des prêts HLM et par l’apport de chaque occupant à hauteur de 15 %. Plus de trente ans plus tard, Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle de 2007, promet « à chaque ménage d’être propriétaire, parce que la propriété est le rêve de chacun d’entre nous ». Mais, malgré les crédits d’impôts et les prêts à taux zéro, la crise est là, qui remet actuellement sur le devant de...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 239 du 11/02/2015
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