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Guy Geoffroy Président de l’association Les Eco Maires, député-Maire de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) « Faire un bâtiment à énergie positive, c’est raisonner au-delà d’un mandat électoral »

Mots clés : Aménagement paysager - Association et mouvement associatif - Collectivités locales - Démarche environnementale - Développement durable - Efficacité énergétique - Marché de lénergie

Alors que la première loi issue du Grenelle de l’environnement est en cours de discussion au Parlement, l’aménagement et la gestion de quartiers durables deviennent une préoccupation croissante chez les élus locaux.

Selon vous, qu’est-ce qu’un écoquartier ou quartier durable ?

Une définition stricte risque toujours d’enfermer le débat. Mais penser un territoire dans une forme durable, c’est changer de regard, avoir un retournement d’analyse mais aussi créer du sens, des valeurs et du lien social. Le quartier durable doit être un territoire qui, pour sa création ou sa réhabilitation, intègre dans une démarche volontaire, une conception et une gestion comportant les critères environnementaux, un développement social urbain équilibré favorisant la valorisation des habitants, la mixité sociale et des lieux de vie collective, des objectifs de développement économique, de création d’activités et d’emplois locaux. Réaliser un éco-quartier c’est aussi faire exister au quotidien les principes de la gouvernance que sont la transparence, la solidarité, la participation et le partenariat. Nous avons, au sein de l’association, adopté il y a quatre ans une charte « pour un développement durable à l’échelle du quartier » et créé une méthodologie permettant à ceux qui le souhaitent d’avoir des indicateurs et des outils pour accompagner leurs nouveaux projets.

Qui sont Les Eco Maires, quels sont les buts de l’association ?

Depuis près de 20 ans, l’association Les Eco Maires fédère et agit pour et avec des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) adhérents et des collectivités partenaires, représentant la diversité politique et territoriale de la France. L’association forme aujourd’hui le premier réseau national d’élus et de collectivités locales mobilisés sur les problématiques environnementales et de développement durable.

Précurseur en termes politique et méthodologique, il est devenu un réel outil pour les acteurs du territoire qui veulent relever le double défi du « penser global et agir local ». L’association travaille, en lien avec des institutions, des partenaires publics et privés, à une mise en cohérence et en relation des territoires. Elle accompagne et expérimente des politiques innovantes en matière de développement durable et joue un rôle de porte-parole des maires pour accompagner les changements juridiques nombreux et les responsabilités de plus en importantes qui sont les leurs.

Proposez-vous une démarche spécifique pour réaliser un écoquartier ?

Il est nécessaire avant tout de renoncer à considérer le sol comme un acquis à valoriser à très court terme. Il faut au contraire penser que l’on gère un espace dont on assure l’économie, la cohérence et le devenir. Il faut engager un projet d’aménagement ou de réhabilitation en respectant des critères que l’on pourrait définir sous quatre approches :

• L’urbanisme et l’aménagement, en assurant l’intégration et la cohérence du quartier avec le tissu urbain et les autres échelles du territoire.

• La qualité environnementale du tissu urbain, en incitant les constructeurs à garantir la qualité environnementale pour l’ensemble des bâtiments.

• Le développement social et écono­mique, en repérant et en appuyant les ressources dynamiques et les initia­tives locales.

• La gouvernance et le pilotage, en se dotant d’une ambition commune et partagée pour les habitants et les usagers.

Mais rien ne sera possible sans une volonté partagée entre les élus, leurs services et les habitants, un travail commun et permanent de tous les acteurs.

En matière d’aménagement et d’urbanisme, les villes et la maîtrise d’ouvrage doivent-elles mobiliser des compétences ou se doter d’outils spécifiques pour la réalisation d’un écoquartier ?

L’urbanisme est une entrée majeure pour agir localement. L’ensemble des documents de planification et d’orientation communaux et supracommunaux aide à la mise en œuvre d’une politique cohérente en faveur du développement durable à l’échelle du territoire. De plus, ces outils sont nécessaires pour permettre une cohérence entre les différents niveaux de décisions. A ce titre, le PLU, outil réglementant le développement de la commune est un outil déterminant. Le PADD outil non opposable mais socle du PLU, constitue un véritable projet de territoire. Des outils volonta­ristes incitatifs peuvent aussi contribuer à la déclinaison des objectifs pour la réalisation d’un écoquartier : les plans climats territoriaux, les chartes d’envi­ronnement, les agendas 21, les plans environnement collectivités, etc.

Celle-ci entraîne-t-elle néces­sairement un surcoût ? Si oui, comment surmonter ce frein ?

Il n’existe un surcoût que si le projet est envisagé dans le cadre d’une rentabilité à court terme : on sait qu’un bâtiment coûte deux fois plus à entretenir qu’à construire. Il faut donc aujourd’hui penser les équipements et les aménagements dans la durée. Par exemple, construire un bâtiment à énergie positive, choisir de fonctionner avec les énergies renou­velables, faire décroître la pollution, c’est avoir une vision globale et durable et ne plus raisonner à l’échelle d’un mandat. Aménager un écoquartier présente un surcoût les premières années mais la tendance s’inverse nécessairement à l’usage, et l’économie en matière de santé et de maîtrise de l’environnement est rapide et réelle.

La France est-elle en retard sur d’autres pays européens ? Pourquoi ?

Les pays du Nord de l’Europe sont très en avance et ont des exemples réussis. Mais chaque territoire a sa particularité, son histoire et ses contraintes institutionnelles. Le Grenelle de l’environnement a défini des priorités, dont l’aménagement d’au moins un écoquartier avant 2012 « dans toutes les communes qui ont des programmes de développement de l’habitat significatif ». Saisissons cette opportunité, mobilisons les moyens publics et privés pour faire en sorte qu’une nouvelle grille de lecture « verte » soit mise en place en amont des aménagements. C’est aujourd’hui une nécessité face à l’urgence de la crise écologique et une responsabilité des décideurs locaux.

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Son parcours

Guy Geoffroy est président des Eco Maires depuis mars 2008, une association qui réunit près de 700 maires de toutes tendances, et dont il était le vice-président depuis 2003.

Maire de Combs-la-Ville (77), il a fortement engagé sa commune en matière d’environnement : zone d’activité HQE, quartier durable, concertation avec les habitants…

A l’Assemblée nationale, il est vice-président de la commission des lois. Il est engagé notamment au sein du groupe de travail sur les biocarburants.

Il est cosignataire de nombreuses propositions de lois dont celle visant à réglementer les systèmes de climatisation pour réduire les risques sanitaires, et celle relative à la réglementation des antennes-relais.

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