[TO] Règles techniques

Géothermie Les forages entrent dans l’ère industrielle

Mots clés : Electricité - Energie renouvelable

36 000 chevaux pour forer dans la roche à 5 000 m de profondeur. Des chocs thermiques pour stimuler des fractures naturelles du granite.

Avec 36 000 chevaux, la Massarenti 6000, en place depuis le début février à Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin), déploie une puissance jamais observée dans la moitié nord de la France pour des chantiers de forage. La mise en oeuvre de cette machine, par le distributeur d’électricité italien Enel, correspond à une phase nouvelle du projet géothermique lancé en 1987 au nord de l’Alsace (1) : « Nous quittons la science pour entrer dans l’ère pré-industrielle », résume André Gérard, détaché de Socomine (filiale du BRGM) pour coordonner le projet du groupement européen d’intérêt économique (Geie) « Exploitation minière de la chaleur » (2).

Alors que les Massarenti 3000 utilisées jusqu’ici avaient cherché la chaleur du granite à 3 500 m de profondeur pour en retirer une eau chauffée à 150 °C, la nouvelle campagne en cours vise des profondeurs de 5 000 m pour obtenir une eau à 200 °C.

La dureté de la roche explique également les besoins de forte puissance : la Massarenti 6000 peut descendre des trains de tige d’un poids de 360 tonnes (ce qui correspond à une capacité nominale de 454 tonnes).

Une dizaine d’années d’expériences de forages géothermiques ont conduit Enel à adapter un outil conçu pour l’industrie pétrolière. La principale spécificité réside dans la hauteur du tablier sur lequel s’appuient les tiges de forage, à une dizaine de mètres au-dessus du sol. Cette configuration permet de creuser jusqu’à six puits à partir d’une seule plate-forme. Le projet alsacien en prévoit trois.

Les travaux en cours permettront de vérifier une hypothèse qui intéresse tous les spécialistes des forages géothermiques en roche chaude sèche : « Les chocs thermiques liés à l’injection d’un fluide de forage froid devraient stimuler les réseaux naturels de fracture », espère l’ingénieur de Socomine.

L’aboutissement du projet repose sur l’existence d’un tel réseau à des profondeurs supérieures à 4 000 m. « Nous avons déjà constaté qu’entre 1 800 m, où se trouve le toit du granite, et 3 800 m, il n’existe pas de corrélation entre la profondeur et la fracturation. En ira-t-il différemment à 5 000 mètres ? »

Si la réponse négative, espérée par les promoteurs du projet, se confirme, les travaux pourraient déboucher, cet été, sur la décision de construire le premier pilote industriel d’une centrale géothermique fondée sur la technologie des roches chaudes sèches.

(1) Voir notre article paru dans « Le Moniteur » no 4954 du 6 novembre 1998, page 65. (2) Le Geie, créé par Electricité de Strasbourg et Pfalzwerke, a accueilli en son sein, à la fin de 1998, trois leaders européens de la distribution d’électricité : EDF, RWE et Enel. Shell International devrait le rejoindre cette année.

FICHE TECHNIQUE

Maître d’ouvrage : BRGM.

Maître d’oeuvre : Southern International Incorporated.

Opérateur : Enel.

Montant des travaux : 35 millions de francs.

Calendrier : février à mai 1999.

PHOTO

La tour de forage de Soultz-sous-forêts est équipée d’un outil conçu pour l’industrie pétrolière.

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