Réalisations

Frank Gehry Fondation Vuitton Paris XVIe

Mots clés : Acier - Bois

Plantée dans un environnement arboré, entre le jardin d’Acclimatation et le bois de Boulogne, la Fondation Vuitton déploie ses voiles en exhibant ses structures de bois et d’acier. Le parcours proposé au visiteur fait alterner déambulation à l’air libre avec vues sur Paris et confrontations plus intimes avec les œuvres d’art contemporain.

La Fondation Vuitton conçue par Frank Gehry est le type même de bâtiment donnant lieu, depuis son inauguration fin octobre, à toutes les métaphores possibles : grand vaisseau de verre aux voiles gonflées par le vent, insecte géant sortant de sa chrysalide, nuages flottant au-dessus des frondaisons du bois de Boulogne : dans la presse grand public comme au journal de 20 heures, les interprétations vont bon train. Dans la profession, le bâtiment a tout pour paraître suspect : spectaculaire, imposant, sculptural, maniant les formes sans complexes, il ne rentre pas vraiment dans l’architecturalement correct. Qui plus est, il affiche un luxe de mise en œuvre rarissime par les temps qui courent, pour un budget total que seuls, probablement, la décence et la coquetterie interdisent à son maître d’ouvrage de révéler : « Le rêve n’a pas de prix », répond Bernard Arnault, P-DG de LVMH, lorsqu’on lui pose la question. On peut néanmoins en estimer le coût global à plus de 150 millions d’euros, ce qui fait dépasser allègrement les 13 000 euros au m2.

Le premier projet de Frank Gehry à Paris, en 1994, l’ex-American Center, transformé depuis en cinémathèque française, n’avait pas convaincu tant l’architecte californien avait été contraint par les règlements de l’urbanisme parisien. D’autant que le bonhomme n’est pas forcément en odeur de sainteté en France, pays du cartésianisme et du rationalisme proclamé. Car ces volumes fractionnés, cette débauche formelle, ce manque apparent de rigueur constructive, ces clins d’œil au Pop Art, ne puisent pas leurs sources dans les références européennes. Dans les années 1970, lorsque la plupart des architectes qui cherchaient une voie pour sortir de la Modernité s’engageaient dans la postmodernité historisante, un petit groupe tentait de requestionner les fondamentaux de l’architecture. Parmi eux, Frank Gehry réalise en 1978, à Santa Monica, une extension de maison – la sienne – à partir de matériaux de récupération, de tôle ondulée, de contreplaqué, de grillage en acier galvanisé, qui deviendra un manifeste de ce qu’un critique appellera plus tard le déconstructivisme. Entre cette extension de maison à 50 000 dollars de l’époque et la Fondation Vuitton, nul doute que l’on peut percevoir – démesure du programme et du budget mis à part – une certaine filiation : l’impression de chaos, les parois obliques, l’absence de distinction claire entre les façades et la toiture, l’ambiguïté entre espaces intérieurs et extérieurs… À vrai dire, la Fondation Vuitton apparaît même, dans le paysage parisien, comme un objet tout à fait non identifié, en dépit des références aux verrières des serres d’Auteuil ou du Grand Palais. Son environnement végétal le protège pourtant des attaques trop vives – malgré celles d’une association de protection du bois, conduisant à l’interruption du chantier durant plusieurs mois -, qui n’auraient pas manqué de voir le jour s’il avait pris place, à l’égal du centre Pompidou ou de la future Samaritaine –...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 237 du 18/11/2014
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