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Florence Lipsky et Pascal Rollet Contre la fatalité de l’ignorance en matière d’architecture

Mots clés : Architecture - Education - Enfance et famille - Rénovation urbaine

Nous passons à une civilisation planétaire et pour la première fois, depuis que l’aventure humaine a commencé, nous sommes plus nombreux à vivre en ville qu’à la campagne. Ces modifications ont des conséquences substantielles sur notre manière d’envisager l’aménagement et l’organisation des territoires où nous vivons.

L’architecture se trouve particulièrement questionnée par ces changements :

– Faut-il supprimer les maisons individuelles dont rêve la majorité d’entre nous parce qu’elles consomment trop d’espace ?

– Devons-nous construire des tours à la place, ou faut-il parier sur l’habitat intermédiaire ?

– Devons-nous tous mettre nos voitures au parking et acheter un vélo, ou verrons-nous les voitures volantes régler le problème de la congestion ?

– Sur quoi brancher ma Play station : un panneau solaire ou une éolienne ?

– Le nucléaire est-il vraiment si dangereux ?

– Et si je veux habiter à la campagne, comment je fais avec mon job à la ville ?

– Quand je n’ai pas de travail, comment je fais pour avoir un toit ? Est-ce qu’une tente est vraiment suffisante ?

– Aujourd’hui, je suis jeune et je n’aime que l’asphalte et les néons de mon quartier, mais demain, mes enfants auront peut-être envie d’un jardin. Comment puis-je trouver de la nature en ville ?

– Est-ce que ma maison peut être en bois et tout ouverte sur la verdure quand tout ce que l’on me propose est en béton et ressemble à une maison du siècle dernier avec de toutes petites fenêtres ?

– Comment partager la terre, l’espace habitable, et les ressources naturelles d’un même pays quand tant de siècles d’histoire m’opposent à mon voisin ? N’y a-t-il vraiment pas d’autre solution que de construire un mur entre nous ?

– Et surtout… Comment ferons-nous quand nous serons trop nombreux ?

Voilà comment le spatial, parfaitement codifié pendant des décennies, sort du cadre auquel nous sommes habitués et fait irruption dans nos vies avec mille questions qui nous laissent démunis devant les multiples possibilités de choix. L’horizon semble bien incertain et nous avons le plus grand mal à nous comporter comme ces pionniers courageux d’un autre siècle, prêts à affronter l’horizon infini des océans non explorés ou l’espace inconnu des plaines de l’Ouest américain.

La compréhension de l’espace

Dans ce changement qui concerne de façon cruciale l’organisation tridimensionnelle de notre monde, on note un déficit incroyable de connaissances sur l’espace, sur ses caractéristiques, sur ses qualités, sur la manière de l’habiter et sur les possibilités qui nous sont offertes pour le transformer. Si nos cultures modernes ont conforté l’esprit humain dans ses capacités à raisonner avec un certain brio sur des données financières, mathématiques, techniques, commerciales et parfois artistiques, force est de constater qu’en matière de comportement physique par rapport à notre environnement, nous restons, pour la plupart, de grands enfants ignorants de toute la richesse potentielle du monde qui nous entoure. Prenons le cas de la France et faisons le bilan du temps passé dans le cadre de l’Enseignement à développer la compréhension de l’espace chez les jeunes individus.

Nous entendons par là :

– Le sens du repérage tridimensionnel et l’évaluation des distances ;

– La représentation perspective et la capacité à visualiser dans l’espace des choses qui ne sont pas encore là.

– La compréhension de l’organisation physique d’un territoire.

– La compréhension de l’organisation des réseaux de distribution des flux.

– La compréhension du mode de fabrication d’un lieu ou d’une construction.

– La compréhension du comportement des matériaux.

– La capacité de ressentir de façon précise et attentionnée la justesse d’une organisation spatiale ou, au contraire, sa totale inadéquation par rapport à son implantation ou à sa fonction…

Bref, un véritable sens de ce qui se passe autour de nous et de la manière dont notre corps se situe dans son environnement, ainsi qu’un véritable sens de la manière dont nous pouvons agir sur lui. Certes les programmes de géométrie, de physique chimie et de sciences et vie de la terre dispensés durant le collège et le lycée fournissent des éléments théoriques fondamentaux qui visent « à donner aux élèves la culture scientifique nécessaire à une représentation cohérente du monde et à la compréhension de leur environnement quotidien ». Malgré ces objectifs louables qui visent à ancrer les connaissances dans le réel, on constate pourtant que ces éléments sont surtout abordés de manière abstraite. Hormis à l’occasion de quelques manipulations expérimentales, ils sont assez peu incarnés et le lien avec notre environnement physique reste souvent difficile à faire. Il en découle...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 176 du 01/02/2008
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