Régions Haut-Rhin

Fessenheim s’arme contre les séismes

Alors que l’Autorité de sûreté nucléaire publiera fin juin son avis sur la poursuite d’exploitation de la plus vieille centrale française, Spie Batignolles Est achève le chantier de confortement parasismique du site.

Après trois ans d’un chantier saccadé et pénible engagé en avril 2008, Spie Batignolles Est voit le bout du confortement parasismique des structures de quatre bâtiments de la centrale de Fessenheim. Chiffrée au départ à 7,6 millions d’euros HT, l’opération constitue une première dans le parc nucléaire français. Elle a connu des changements de périmètre qui nécessitent une réévaluation. La réception définitive interviendra avant l’achèvement planifié fin 2011 de la troisième visite décennale sur le second réacteur de 900 MW. Le titulaire du marché travaille en association avec Freyssinet-Nuvia-TS (groupe Vinci).

« 82 000 heures pour 160 m 3 de béton : ce ratio peu commun donne une idée de la difficulté des travaux », témoigne Claude Ciotta, directeur commercial de Spie Batignolles Est. Le renforcement de voiles, de poteaux et de poutres se répartit sur 82 endroits qui constituent autant de microchantiers, à des hauteurs comprises entre zéro et 34,72 m, et à des températures qui atteignent couramment 35 à 40 °C. Le planning s’adapte aux besoins de l’exploitation, toujours prioritaires sur ceux des entreprises de travaux. Dans les étroits créneaux horaires disponibles, ces dernières ont dû mobiliser jusqu’à 55 personnes simultanément, y compris la nuit et pendant des jours fériés.
La référence ainsi acquise par Spie Batignolles Est s’appuie sur 21 millions d’euros HT de travaux menés au cours des dix dernières années sur des sites nucléaires : « Pour prétendre à la qualification EDF Cas 1 renouvelable tous les trois ans, les opérateurs doivent se familiariser avec le vocabulaire de l’industrie nucléaire et savoir résoudre des équations », précise Claude Ciotta.
Commandé par le centre d’ingénierie du parc nucléaire en exploitation (CIPN) basé à Marseille, le chantier a poussé le titulaire du marché à plusieurs innovations, dans la formulation du béton et la conception des coffrages perdus : une expérience dont elle espère tirer profit à l’avenir, malgré les incertitudes qui pèsent sur la pérennité des références parasismiques qui ont guidé l’opération.

Valeurs de référence en débat

Calculé en fonction du tremblement de terre qui a ravagé Bâle en 1356, avec un coefficient de sécurité de 0,5, le choix de rendre le site résistant à un séisme de magnitude 6,7 sur l’échelle de Richter, ne suscite pas l’unanimité : après l’expertise du cabinet suisse Résonance, la commission locale d’information et de surveillance demande une réévaluation à 7,2 de cette valeur de référence.
Laurent Miguet

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Un rendez-vous crucial

Le séisme et les inondations occuperont le devant de la scène, le 29 juin, à la prochaine réunion de la commission locale d’information et de surveillance (Clis) de la centrale nucléaire de Fessenheim. Le conseil général du Haut-Rhin présentera sa contre-expertise sur les conséquences d’une rupture de digues du Grand canal d’Alsace. Egalement attendu pour cette échéance, l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) entraînera-t-il une révision à la hausse de l’intensité du séisme de référence pour le calcul de la sûreté de la centrale ? « Une telle hypothèse ne remettrait pas en cause l’utilité des travaux de confortement déjà engagés », rassure Florien Kraft, chef de la division de Strasbourg de l’Autorité de sûreté nucléaire. Cette dernière présente comme « globalement satisfaisant » le fonctionnement de la centrale alsacienne, au moment où EDF s’apprête à lancer la troisième révision décennale du second réacteur de 900 MW.

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