Architecture Pays-Bas

Faire le vide et s’offrir une nouvelle vie

Mots clés : Conservation du patrimoine

L’agence néerlandaise OMA adapte le patrimoine d’hier aux exigences d’aujourd’hui.

Le « 8 Rijnstraat », édifice qui jouxte la gare de La Haye, aux Pays-Bas, est un vaisseau de verre de 140 m de long pour 60 m de large à l’allure à la fois massive par son emprise au sol et légère grâce à ses parois vitrées reflétant les nuages. Il affiche au-jourd’hui une nouvelle jeunesse, après deux années de travaux.

Conçu par l’architecte Jan Hoogstad et terminé en 1992, l’immeuble abritait auparavant le ministère du Transport, de l’Urbanisme et de l’Environnement. Le gouvernement néerlandais souhaitait le moderniser et l’adapter à une organisation administrative entièrement repensée. Réhabilité en juin dernier par l’agence néerlandaise OMA, l’édifice de 86 527 m2 regroupe désormais deux ministères (Affaires étrangères, Infrastructures et Environnement) et deux agences gouvernementales (Agence centrale pour l’accueil des demandeurs d’asile et Service d’immigration et de naturalisation).

Le bâtiment a gagné en lumière naturelle et en fluidité de circulation.

Edifice majeur de la fin du siècle dernier, l’immeuble avait vieilli. « Les espaces intérieurs, notamment, manquaient de flexibilité », reconnaît Joost Ector, partenaire de l’architecte d’origine, au sein de l’agence Ector Hoogstad Architecture à Rotterdam et, à ce titre, associé aux nouveaux travaux. Pour Ellen van Loon, partner au sein de l’agence OMA, qui a conduit la réhabilitation, « la rigueur toute mathématique du plan de Jan Hoogstad, une succession de pleins et de vides, permettait de faire des corrections sans modifier entièrement la structure ». Le plan d’origine, un vaste rectangle découpé par une double série de quatre atriums intérieurs, n’a été modifié qu’à la marge.

Ouverture sur la ville. La façade ouest initiale, en béton percé de petites fenêtres carrées, a été remplacée par du verre, offrant une vue panoramique sur la ville. Du dernier étage, les fonctionnaires peuvent apercevoir par beau temps, à l’horizon, les immeubles de Rotterdam et de Delft. L’espace intérieur a été entièrement reconfiguré dans un souci de plus grande fluidité.

Les 6 000 fonctionnaires bénéficient de 3 100 bureaux individuels en open space et de 2 200 places supplémentaires d’espaces de travail communs. Pour faciliter la circulation, les couloirs distribuant les bureaux ont été déplacés le long des atriums. « Auparavant, il y avait 10 km de couloirs, avec une succession de portes toutes identiques, remarque Ellen van Loon. Le personnel ne savait jamais où il se situait dans le bâtiment. » Désormais, celui-ci peut mieux s’orienter tout en bénéficiant de la vue sur l’extérieur et de l’éclairage naturel.

Pour évoluer entre les étages, des escaliers suspendus en acier noir ont été installés le long des atriums, en complément des ascenseurs. Leurs lignes diagonales donnent un rythme graphique aux façades intérieures. Les deux étages communs aux quatre administrations sont aménagés de cellules de verre aux angles arrondis, destinées à des réunions. Des rideaux coulissants permettent de travailler en toute confidentialité. Et afin de reconnecter l’immeuble à ce quartier très animé de la gare, le passage piéton qui le traverse a été élargi. Les quelque 10 000 personnes qui l’empruntent chaque jour bénéficient maintenant d’une véritable esplanade, dont l’extrémité nord a été plantée d’arbres.

Alignement sur les meilleures normes thermiques. Cette opération de réhabilitation, qui a vu l’édifice perdre près de 13 500 m2 de plancher, a nécessité la destruction de l’extrémité ouest. Sur les 20 % de bâtiment démoli, la quasi-totalité des matériaux ont été réutilisés. Un tour de force. Les travaux ont aussi permis de revoir entièrement la consommation d’énergie du bâtiment, désormais alignée sur les meilleures normes. Des panneaux solaires ont été installés sur la toiture et des leds accompagnés de détecteurs de présence éclairent les locaux. Par ailleurs, le passage du double au triple vitrage des façades a nettement amélioré l’isolation thermique. Enfin, l’air climatisé des bureaux est réutilisé vers les atriums pour les refroidir en été et les réchauffer en hiver. Le concept d’origine, avec ces cours intérieures fonctionnant comme régulateurs thermiques sur le principe de la serre, a ainsi été préservé et même renforcé.

Maîtrise d’ouvrage : gouvernement central néerlandais.

Maîtrise d’œuvre : OMA (architecte mandataire) ; Arup, BAM, A&E (structure) ; Valstar Simonis, BAM (fluides) ; Level Acoustics (acoustique). Entreprise générale : BAM Construction and Engineering. Surface : 86 527 m2. Coût de l’opération : 267 M€.

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ENCADRE

David Gianotten , architecte partner, agence OMA - « Les Pays-Bas comptent trois types de protection du patrimoine »

Quels sont les dispositifs de protection du patrimoine architectural aux Pays-Bas ?

On compte trois types de classements : l’un établi par le gouvernement local, un deuxième par la province, et un troisième du gouvernement central, qui concerne généralement les édifices ayant une importance culturelle ou historique significative. A chaque catégorie correspond une procédure, plus ou moins contraignante.

Les bâtiments classés par la province ou le gouvernement central sont très difficiles à modifier. La réhabilitation visera à les restaurer plutôt qu’à revoir leur usage. Dans le cas d’un classement local, une négociation est possible.

Quels sont les chantiers de réhabilitation sur lesquels vous intervenez ?

Nous travaillons sur l’ancien stade de football de Feyenoord, construit dans les années 1930 à Rotterdam et protégé au niveau local. Nous avons réalisé un inventaire très complet pour analyser les intentions originales de l’architecte et distinguer les parties d’origine des interventions ultérieures.

C’est une phase essentielle pour identifier ce que l’on doit préserver. Par exemple, les tribunes ayant été modifiées, il n’y a pas d’obligation de les préserver. Autre projet de réhabilitation à Rotterdam : l’immeuble où se trouvent nos bureaux. Cet édifice de Hugh Maaskant fut l’un des premiers construits pendant la reconstruction de la ville après son bombardement.

Il représente une contribution significative de cette période. Etant protégé localement, on peut envisager soit de maintenir son usage, soit de le modifier.

Nous sommes en discussion pour voir comment transformer certaines parties occupées par des bureaux en logements.

Avec le Bajes Kwartier d’Amsterdam, vous suivez une réhabilitation atypique : celui d’une ancienne prison…

Oui, il s’agit d’un modèle de prison sociale construite dans les années 1970. Situé au carrefour de deux axes routiers à l’entrée sud de l’agglomération, l’édifice constituait un élément marqueur du paysage urbain. Sa réhabilitation, qui porte sur 135 000 m2 , représente un des projets les plus importants du moment aux Pays-Bas.

Trois des sept tours d’origine seront conservées. Reconverties en logements, elles s’intégreront dans un vaste programme mixte organisé autour de clusters . Bien que le bâtiment soit classé par le gouvernement central, nous avons pu détruire des éléments significatifs, ce qui est extrêmement rare.

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