Technique et chantier

Evaluation écologique d’un bâtiment

Mots clés : Démarche environnementale - Développement durable - Haute Qualité Environnementale - HQE - Qualité environnementale

A l’occasion de la création de son nouveau siège, une banque a testé deux méthodes pour mesurer l’impact environnemental de son installation sur un nouveau site.

Les déplacements domicile-travail générés par le déménagement du siège mulhousien de la Banque populaire d’Alsace réduit à la portion congrue le bénéfice écologique inhérent à la qualité environnementale du nouvel immeuble. A quelques nuances près, ce constat ressort des deux études livrées en 2002 et 2003 au maître d’ouvrage pionnier de la haute qualité environnementale (HQE) appliquée aux immeubles de bureaux. La banque régionale a établi ce bilan écologique de son nouveau siège mulhousien, construit en 2001, selon deux méthodes : celle du bilan carbone, conçu par le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, consultant, pour le compte de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), et celle de l’empreinte écologique, née au Canada au début des années 90 et exploitée en France par la société du même nom. Les résultats illustrent à la fois l’intérêt et les limites de ces méthodes.

L’impact négatif d’un déménagement en périphérie

Pour permettre la mise en oeuvre des engagements internationaux de la France dans la lutte contre le réchauffement de la planète, la première méthode calcule l’équivalent carbone de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre émis par le site étudié. Une telle étude peut se décliner sous trois formes : la plus modeste se limite au recensement des émissions directes constatées sur le site ; la plus ambitieuse intègre la totalité des émissions indirectes générées par les fournisseurs ; pour comparer l’ancien et le nouveau site mulhousien, la banque régionale a choisi une solution intermédiaire, qui a permis de comparer l’impact de l’augmentation des trajets domicile-travail. Alors que l’ancien établissement se trouvait en centre-ville, le nouveau siège ne bénéficie pas d’une desserte efficace par les transports en commun.

Si la mise en relief de cette contre-performance constitue le principal mérite de l’étude, le bilan comparatif des émissions issues du chauffage des deux immeubles suscite plus de critiques : alors que la banque s’est dotée d’une chaufferie au gaz dans un bâtiment parfaitement isolé, le bilan carbone considère en effet l’électricité produite par EDF comme une énergie propre, compte tenu de la part importante de ses origines nucléaires, neutres pour l’effet de serre. Ces prémices réduisent l’avantage du nouveau bâtiment, « alors même que dans l’ancien siège mal isolé et fonctionnant au tout électrique, nous passions nos hivers à réchauffer les oiseaux », sourit Arnaud Berger, écoconseiller à la Banque populaire d’Alsace. « Le bilan carbone n’a intégré ni l’économie générée sur l’assainissement public par la récupération des eaux de pluie, ni l’isolation naturelle induite par la toiture végétale, ni la transformation de 5 hectares de friches en un parc paysager », ajoute l’écoconseiller.

Réduction de l’empreinte écologique

Plus globale, la méthode de l’empreinte écologique, appliquée en 2003 au même bâtiment, mesure la surface nécessaire pour qu’un objet ou un sujet puisse fonctionner ou se reproduire indéfiniment. « Cette méthode permet d’estimer à 9 hectares l’empreinte écologique d’un américain, au lieu de 5,2 hectares par français », indique Laurent Jolia Ferrier, gérant d’Empreinte Ecologique SARL. Exploitant français de la méthode mise au point par Mathis Wackernagel dans sa thèse soutenue en 1994 à l’université de Vancouver, ce bureau d’études a recalculé l’impact énergétique du nouveau siège en assimilant l’empreinte de l’électricité d’origine nucléaire à celle d’une énergie fossile. Malgré l’impact du transport et l’augmentation des surfaces construites et des quantités de béton entre l’ancien et le nouveau siège, cette seconde étude conclut que le déménagement a suscité une légère diminution de l’empreinte écologique de l’établissement financier (voir tableau ci-contre).

Première banque à avoir mis en place des crédits dédiés aux investissements environnementaux des entreprises et des particuliers, la Banque populaire d’Alsace témoigne à travers ces deux études d’un sens de l’écoresponsabilité encore rare dans les entreprises tertiaires, sans pour autant accorder aux résultats la valeur d’un évangile : « Les chiffres donnent des ordres de grandeur et permettent de définir des objectifs. Les choix environnementaux impliqueront toujours un certain empirisme », conclut Arnaud Berger.

GRAPHIQUE : Répartition des émissions du bilan carbone

Le développement durable suppose une empreinte écologique inférieure ou égale à la biocapacité d’un territoire.

TALEAU : Résultats de l’empreinte écologique des deux sièges

Part des transports dans le bilan carbone : il s’agit essentiellement des déplacements du personnel : domicile-travail et professionnel en voiture.

Le nouveau siège de la Banque populaire a suscité une légère diminution de la performance écologique.

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