[TO] Urbanisme et aménagement

Euralille touche terre à Saint-Maurice

Mots clés : Aménagement paysager - Architecte - Architecture - Entreprise du BTP - Espace vert - Maîtrise d'ouvrage - Produits et matériaux - Rénovation urbaine - Réseau routier

Situé sur les flancs de l’opération urbaine Euralille, au-delà du boulevard périphérique, le quartier Saint-Maurice s’achève à partir d’un programme mixte habitat-bureaux. Il renoue avec les racines lilloises par une composition urbaine dense, mais aérée, irriguée d’espaces verts et de cheminements.

La métropole du Nord, en son centre historique, se pratique volontiers à pied. Le pavé y est sonore et la chaussée s’arpente de place en place au fil des rues. Ville de culture piétonne, Lille déroule son tapis de pierre jusqu’aux abords de la gare (avec la rue Faidherbe nouvellement réaménagée), où surgit l’opération Euralille conçue au tournant des années 80-90 par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas. Mais la saignée des infrastructures – voies ferrées et boulevard périphérique – qui contient le centre ancien met un terme au parcours. Au-delà, le sol se dédouble pour assurer le franchissement ; la terre ferme se dérobe au profit de la dalle et du tablier. Le territoire complexe d’Euralille marque une rupture avec l’irruption assumée de la modernité, dans le sillage du TGV. La perception de la ville en est brouillée. Sur ce versant opposé, les opérations d’aménagement récentes visent à renouer les fils avec les quartiers périphériques et notamment le tissu constitué du faubourg de Roubaix.

Posté au premier rang, le nouveau quartier Saint-Maurice, en bord de périphérique, rétablit le contact : profil bas et petits pas. L’aménagement y opère un salutaire retour à la terre après avoir surmonté l’obstacle des voies rapides. L’opération retrouve le vrai sol et abaisse le plafond de ses constructions sous une toise urbaine de 28 m (R + 8 maximum). Celle-ci constitue une révision du projet initial, étrangère au discours sur la congestion urbaine cher à Rem Koolhaas. Mais une révision plus conciliante que déchirante : « Le quartier Saint-Maurice ne prend pas le contre-pied du projet Koolhaas, mais en prolonge la réflexion », défend Jean-Louis Subileau, directeur de la SAEM Euralille, rappelant que « le quartier figurait dans le périmètre de la ZAC, depuis l’origine, sous la forme caricaturale et brutale, il est vrai, de deux barres. »

Profiter de la déclivité naturelle du terrain

Consensuel dans son essence même, le projet Saint-Maurice vise à combiner un programme immobilier plutôt dense (59 000 m2 Shob) au capital végétal existant de la friche industrielle d’origine. Boisée de manière erratique, cette emprise foncière de 3,5 hectares participe de la ceinture verte des anciennes fortifications, avec pour voisins le vieux cimetière de l’Est et le jardin des Dondaines. Le parti développé par l’équipe de conception constituée autour de Xaveer de Geyter consiste à remuer le moins de terre possible et à profiter de la déclivité naturelle du terrain (4 m) pour accéder aux parkings sous immeubles. Le tracé en lanières prolonge le tissu du faubourg voisin, avec la création de deux rues (d’Athènes et de Prague) pour la desserte automobile. Les immeubles sont positionnés sur ces bandes parallèles en fonction des arbres existants : sur les 136 inventoriés, 80 ont été conservés et 60 replantés. De hauteur variable, les quatorze implantations évitent tout vis-à-vis et enfermement des espaces intérieurs.

Démultiplier la maîtrise d’ouvrage en huit lots

Héritant du projet à son arrivée à la tête de la SAEM Euralille en 1998, Jean-Louis Subileau a eu pour principal souci de réamorcer un marché immobilier en panne depuis six ans. Si le parti urbanistique a été conservé dans ses grandes lignes, le programme est entièrement repris pour introduire des bureaux dans les trois immeubles coupés net en pignon sur le périphérique et démultiplier la maîtrise d’ouvrage en huit lots opérationnels. L’épannelage des bâtiments et le montage ont requis deux années de minutieux réglages. Le rapport au sol des immeubles et l’aménagement des espaces verts intérieurs ont fait l’objet d’un travail tout aussi précis pour organiser la perméabilité du quartier.

Des ambiances qui captent le regard

La succession des séquences paysagères induit des circulations transversales et des transparences visuelles affranchies du bâti. Les lignes sont traversées de part en part par des cheminements qui ménagent la surprise des vues des tours d’Euralille entre les immeubles. Le sol naturel est conservé dans son modelé d’origine. Les revêtements du chemin piéton varient selon les lieux et les séquences, de la maxi-dalle de béton enduit de résine à l’opus de schiste, en passant par des galets et des résines perméables. Une douzaine de séquences sont ainsi définies, allant du square modelé au parvis dallé, du passage sous immeuble au perron, du jardin public au verger privé. Autant d’ambiances qui captent le regard et retiennent le piéton dans un quartier situé à moins de mille mètres du centre-ville. Ce qui est perçu par certains comme un risque : par mesure de sécurité, l’îlot de tête, achevé en regard de la gare, est enclos de grilles qui limitent son accessibilité à des horaires réglementés, sur le modèle d’un square parisien.

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : SAEM Euralille

Maîtrise d’oeuvre de conception : Xaveer de Geyter en association avec Laloux & Lebecq, architectes, et Fabienne Fendrich, paysagiste.

Maîtrise d’oeuvre technique : services techniques de Lille Métropole communauté urbaine (section grands travaux).

Programme : 3,5 hectares d’emprise foncière, 52 000 m2 Shon répartis entre 17 000 m2 de bureaux et 450 logements dont 15 maisons individuelles en 14 implantations et 8 lots opérationnels, 15 000 m2 d’aménagements publics et espaces verts.

Calendrier : consultation en 1997, programmation opérationnelle en 1998-1999, livraison en 2000-2004.

CARTE + PHOTOS :

Le nouveau quartier Saint-Maurice, en bord de périphérique, rétablit le contact avec les quartiers anciens. Le sol qui réapparaît est mis en valeur ainsi que le capital végétal existant.

1. Sur les 136 arbres de l’ancienne friche industrielle, 80 ont été conservés, 60 ont été plantés ; de hauteur variable ils évitent tout vis-à-vis.

2. Le tracé serpentant des circulations piétonnières rappelle le tissu urbain du faubourg voisin.

3. Le rapport au sol des bâtiments et les parcours piétonniers organisent l’insertion du nouveau quartier à l’environnement existant.

PLAN : Répartition des lots de construction et plan des différents espaces publics

Le tracé jaune figure le cheminement piétonnier principal.

LOT A ET B : bureaux (11 250 m2) ; maître d’ouvrage, Bouygues immobilier; architecte, Roubert LOT C : bureaux (6 430 m2) ; maître d’ouvrage, Bouygues immobilier ; architecte, De Geyter LOT D ET E : 86 logements ; maître d’ouvrage, SIA, Georges V ; architectes, Beel, Beal, Blanckaert LOT F : 40 logements ; maître d’ouvrage, Kaufman and Broad ; architectes, Fleckenstein, Guillaut LOT G : 15 maisons ; maître d’ouvrage, Bouygues immobilier ; architecte, Burdese LOT I ET J : 101 logements ; maître d’ouvrage, Capri ; architectes, Dusapin et Leclerc LOT K ET L : 64 logements ; maître d’ouvrage, SIA ; architectes, Laloux et Lebecq LOT M : 35 logements; maître d’ouvrage, GHI ; architecte, Furet.

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ENCADRE

"Replacer Euralille au coeur de la cité "

Jean-Louis Subileau, directeur général de la SAEM Euralille.

Comment se positionne l’aménageur par rapport à l’héritage de Rem Koolhaas ?

Les données programmatiques d’Euralille n’ont pas été inventées par Rem Koolhaas : les voies rapides existaient et la ville a su attirer en son centre la ligne du TGV. Koolhaas a fait le choix de mettre en scène ces contraintes, conformément à sa réflexion sur la ville contemporaine. Il a donné à l’opération une forme très expressive : mise à jour des réseaux, activités tertiaires plantées au-dessus du TGV… Sa vision «anticipatrice» traduit la mobilité qui caractérise le monde contemporain. Ce coeur réalisé autour de la gare constitue un bon moteur pour Euralille et s’impose à tous aujourd’hui comme le vrai contexte de l’opération. L’apport est vraiment positif, le potentiel fort.

Quels grands principes guident l’aménagement d’Euralille aujourd’hui ?

A mon arrivée en 1998, j’ai cherché comment produire un effet de levier sur l’environnement immédiat pour sortir l’opération de son relatif isolement. Il fallait replacer au coeur de la cité cette opération campée à la croisée des grands réseaux internationaux. L’attention s’est portée sur les liens à créer : finir le boulevard Carnot en direction du centre, rejoindre le faubourg de Saint-Maurice de l’autre côté des voies, raccrocher le quartier du Romarin, etc. Autant de relations à établir là où elles n’existaient pas ! Il s’agit aussi de créer une identité visuelle et une unité fonctionnelle sur un secteur qui court sur 3 kilomètres.

Les opérations ont certes changé d’échelle, mais elles restent importantes, avec des unités d’environ 20 000 m2 pour les grands programmes tertiaires. Les hauteurs sont souvent établies à R + 8, une échelle mieux perçue que les IGH d’origine, irrecevables par le marché actuel. De la ZAC initiale, il reste à développer le quartier de Chaude-Rivière qui représente 20 % de la capacité totale. Il constitue un enjeu de première importance sur la partie la plus embrouillée, comprise entre les gares et Lille- Grand-Palais. Tout y est remis à plat, la voirie et les programmes, afin de remailler le territoire et d’en clarifier la perception.

Comment s’inscrit, dans cette vision, la ZAC Euralille 2 ?

Lancée en 2000, la Zac Euralille 2, sous la coordination des architectes Dusapin-Leclercq et des paysagistes TER, participe de cette lisibilité globale. On cherche toutefois à constituer un quartier à l’identité bien marquée. On combine ici, comme au Romarin et à St Maurice, une échelle métropolitaine – le boulevard Hoover, le futur siège de région – avec les ambiances plus domestiques du « bois habité », quelque 700 logements répartis dans la verdure. La volonté d’affirmer une architecture contemporaine sans concession demeure. L’ambition d’Euralille 2 est aussi de tirer vers le haut tous les quartiers attenants, par exemple le secteur de la porte de Valenciennes et ses grands ensembles au sud.

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