Construction numérique

ÉTUDES DE CAS

Montréal – Une ville intelligente et digitalisée

Montréal axe énormément son projet de ville intelligente sur le numérique à travers le développement d’infrastructures multiservices de télécommunication (voir Contexte sur le numérique aux fondements de la ville intelligente).

Le concept de ville intelligente a gagné du terrain dans le monde entier depuis le milieu des années 2000. Un nombre croissant de villes l’adoptent progressivement, en raison des avantages qu’elle offre. Mais le concept est souvent mal compris ou vu seulement en termes d’aspects technologiques.

Le concept de ville intelligente a décollé en raison d’initiatives politiques aux États-Unis, en Europe et en Océanie visant à surmonter divers défis urbains :

– Questions de gouvernance : la coordination des activités des différentes parties prenantes dans le cadre de l’action municipale fait face à différents défis : complexité des structures, diminution des budgets publics, baisse de la confiance dans les institutions et sentiment de marginalisation de certains bénéficiaires.

– Problèmes physiques et d’aménagements urbains : Toutes les villes doivent faire face, dans des proportions différentes, aux questions de transport, de rareté des ressources naturelles, de gestion des déchets, de pollution, de santé publique, de congestion et de vieillissement des infrastructures.

– Enjeux sociaux : Les grandes villes doivent également composer avec un contexte sociopolitique complexe, une polarisation sociale et un grand nombre d’acteurs capables de réagir et de se mobiliser immédiatement.

La compréhension et la lecture du paysage social sont complexes.

Le projet Smart City Montréal et l’engagement citoyen

Le développement de la ville intelligente de Montréal relève d’une démarche de planification stratégique qui se traduit par une présence forte des citoyens.

La « smartisation de la ville » se fait donc de manière ouverte et implique différentes parties prenantes, notamment les citoyens.

La conception de ce projet et sa finalité sont aussi importantes que le processus. L’idée est donc d’ impliquer au maximum les parties prenantes autour d’une vision cohérente de laquelle se dégage un certain consensus en adéquation avec la réalité et l’ADN des Montréalais, qui valorisent une approche communautaire et « grassroots ».

Montréal possède de multiples ressources en matière d’innovation. La collaboration des acteurs est essentielle pour forger une vision commune d’une ville intelligente. Montréal a l’intention de saisir cette occasion pour devenir un modèle dans le domaine.

L’administration municipale est bien placée pour jouer un rôle de leadership dans la coordination des efforts visant à créer une ville intelligente par divers partenaires privés, publics et communautaires.

Pour devenir une véritable ville intelligente, Montréal doit non seulement promouvoir ce concept, mais intégrer ses activités (politiques publiques, lois, règlements, etc.) dans une culture de la co-création et de développement urbain.

L’administration de la ville de Montréal a exprimé en 2013 son intention de devenir un chef de file internationalement reconnu parmi les villes intelligentes et numériques . La ville a défini quatre domaines prioritaires : la collecte, la communication, la collaboration et la coordination. Afin de satisfaire cet objectif a donc été créé une structure responsable du développement d’une ville intelligente : Le Bureau de la Ville Intelligente et Numérique (BVIN).

En 2013, un sondage a été fait sur le projet d’une ville intelligente par le BVIN et a montré à travers les 7 601 réponses que les priorités des citoyens pour une ville intelligente étaient les suivantes 33 :

a) transports en commun (52 %) ;

b) meilleure gestion des dépenses (51 %) ;

c) gestion de la conduite d’eau et des eaux usées (49 %) ;

d) une plus grande transparence et une bonne gouvernance (48 %).

La ville de Montréal s’est donc appuyée sur les attentes des citoyens pour définir les priorités pour la planification d’une ville intelligente.

La Smart City de Montréal repose sur quatre grands piliers :

a) Une ville intelligente au service du développement économique.

b) La numérisation des services publics.

c) Une ville intelligente qui se fait dans le cadre de la diversité socioculturelle montréalaise.

d) Une ville intelligente qui favorise l’accès à l’éducation par des moyens numériques afin de rendre le savoir universellement accessible.

Afin de répondre aux besoins des citoyens, la ville intelligente doit avoir un axe économique. La digitalisation de la ville permet de développer des services permettant aux petites, moyennes et grandes entreprises de croître. Dans son processus de digitalisation, le Ville de Montréal a établi un laboratoire municipal permettant aux citoyens de tester de nouveaux produits et services. L’idée derrière cet engagement suggère que la ville intelligente favoriserait une économie de partage. La Mairie a fait entendre qu’elle souhaite avoir comme fondement de la ville intelligente montréalaise « une ville qui combine ses ressources de manière plus efficace pour générer une richesse collective ».

Le projet met l’accent sur le renforcement de la numérisation culturelle et sociale. La numérisation est au cœur de ce projet de ville intelligente. Montréal veut devenir « une ville qui explore de nouvelles façons de créer, sur la base de la participation citoyenne à l’environnement, au paysage urbain, et aux différents espaces de vie » a souligné la ville de Montréal 34. Qui dit numérisation, dit usage des outils technologiques via des applications de smartphones qui permettraient de centraliser l’information culturelle et civique de Montréal.

La ville intelligente se fait également dans le cadre de la diversité communautaire qui est au cœur du tissu socioculturel montréalais. Montréal est une ville généreuse qui accueille des professionnels du monde entier. Plaque tournante économique francophone en Amérique du Nord, Montréal intelligente est une ville qui a pour vocation de soutenir les nouveaux immigrants et les demandeurs d’emploi en favorisant la participation de chacun au moyen d’outils numériques. Être au service de la diversité signifie réaménager l’espace urbain. Avec ce projet la ville a l’intention de « co-créer des stratégies de planification urbaine adaptées aux communautés multiculturelles afin de couvrir la fracture interculturelle. » La ville intelligente montréalaise doit être un vecteur de l’éducation et offrir des services accessibles et efficaces à ses citoyens. Montréal devient donc une ville qui favorise l’accès à l’éducation par des moyens numériques et qui adapte ses outils numériques pour rendre l’éducation universellement accessible. Ce projet de Montréal a pour objectif la participation citoyenne et la démocratisation du savoir. Toutefois, ce projet peut se résumer en une ville qui favorise l’accès numérique universel et qui utilise les technologies numériques pour démocratiser l’éducation.

Les acteurs du projet

Montréal a été désigné en 2014 dans le cadre du « Intelligent Community of the Year » comme un grand projet de ville intelligente. Montréal axe son projet de ville intelligente sur la numérisation des services municipaux (voir Contexte sur le numérique aux fondements de la ville intelligente).

TechnoMontréal est un des acteurs principaux de la numérisation de Montréal. Spécialisé dans les technologies de l’information et des communications, TechnoMontréal a initié en 2011 un plan Smart City : Montréal Métropole Numérique (MMN) 35. TechnoMontréal, à travers cette structure, coordonne des projets « permettant d’équiper la ville d’infrastructures et de fonctionnalités numériques innovantes touchant tous les secteurs : transport, infrastructures, sécurité, énergie, eau, etc. » Entre la mise en place de zones Wi-Fi gratuit accessibles à tous dans les espaces publics du centre-ville et des applications mobiles transmettant des informations en temps réel sur les activités municipales et l’état des routes (notamment en hiver), Montréal devrait devenir dans les années à venir une ville entièrement digitalisée.

Exemple : Une application pour faciliter l’hiver montréalais

Une application pour le déneigement INFO_NEIGE MTL. À chaque tempête de neige, les rues de Montréal doivent être déneigées. Les habitants ont alors l’interdiction de stationner le temps du déneigement des routes. Cette règle est peu respectée, et le déneigement des rues est constamment retardé par le remorquage pour stationnement interdit. La ville est donc en train de développer une application pour informer les habitants du moment précis durant lequel le déneigement aura lieu dans leur rue et réduire ainsi le nombre de remorquages.

L’ensemble de ces activités est piloté par la mairie de Montréal. La numérisation de Montréal est une initiative personnelle du Maire Denis Coderre. Ce dernier parle souvent d’une « ville intelligente et digitale construite par des citoyens, pour les citoyens ».

En mars 2014, Montréal a créé le Bureau de la ville intelligente et numérique pour devenir un leader mondial parmi les villes intelligentes et numériques. La mission du Bureau est de concevoir une stratégie autour de quatre axes : Collecte d’informations, Communication, Coordination et Collaboration.

Une nouvelle étape a été franchie l’automne dernier avec un processus de consultation qui rassemble les Montréalais de tous les quartiers de la ville pour partager des idées sur leurs besoins et leurs attentes.

« Le projet : Montréal, Smart and Digital City est un projet ambitieux qui s’appuie sur notre intelligence collective pour forger un modèle distinctif basé à Montréal » a partagé un représentant de la mairie de Montréal. Ce projet est un vrai travail de coordination entre le secteur public institutionnel et privé.

« L’acteur principal reste les citoyens de Montréal, qui dans un dialogue continu, jouent un rôle actif dans la formulation de cette stratégie » (mairie de Montréal).

La mairie a ajouté que concrètement une ville intelligente et numérique signifie « de meilleurs services pour les citoyens, une amélioration du niveau de vie et l’exploitation des ressources de notre métropole pour assurer son développement conforme aux besoins de la population et sa durabilité ».

CARTOGRAPHIE DES GRANDS ACTEURS DE LA SMART CITY MONTRÉAL

Les suites du projet

Montréal se distingue des autres villes intelligentes comme Singapour ou Dubaï dans le sens où le projet de digitalisation de la ville n’a pas pour seule finalité l’efficacité technologique.

Dans le projet de Montréal, la technologie n’est qu’un moyen, qui permettra à travers un accès plus facile à l’innovation, le développement d’un savoir-faire local qui aura un impact économique , soit en faisant émerger des entreprises basées à Montréal, soit faire croître certaines entreprises déjà implantées, et même attirer des entreprises qui veulent développer un savoir-faire exportable.

À travers cette vision, Montréal se projette dans l’avenir pour une « smartisation » de la ville : engagement citoyen, mobilité plus efficace, développement économique constituent la ligne directrice des prochaines étapes du projet.

« La grande priorité aujourd’hui est de refaire complètement la présence du numérique dans la ville » Stéphane Goyette, directeur du Bureau de la Ville intelligente et numérique de Montréal/CEO of the Smart City Office of Montréal city.

En termes de numérisation, plusieurs initiatives prennent exemple sur les villes de Boston et de New York qui ont créé une plateforme en ligne. Cette plateforme a pour objectif de mettre en avant la présence du numérique à travers la ville et en profite pour recueillir l’avis des citoyens sur leurs besoins et leur vision du numérique à travers leur quartier afin d’engager un maximum les citoyens dans les projets de la Ville.

L’Amérique du Nord connaît ce que l’on appelle le 311 service à la clientèle, un terme générique qui définit une banque de données municipale qui diffuse des renseignements sur les services et activités de la ville. Montréal est en train de développer un service mobile 311 qui permettrait au citoyen d’avoir un accès immédiat aux services municipaux via le numérique.

En termes de mobilité, la problématique qui se pose est de s’assurer que le développement se fait de façon cohérente et concertée notamment en matière de mobilité intelligente intégrée. La ville de Montréal prend à ce sujet exemple sur Helsinki et Lyon.

Une autre problématique est l’utilisation massive de l’Auto...

Vous lisez un article de la revue Moniteur n° 5966 du 09/03/2018
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