Architecture Equipement scolaire

Epaisseur, unité et transparence

Mots clés : Education - ERP sans hébergement - Établissements sportifs couverts - Sport

En Alsace, deux écoles et leur gymnase se fondent dans un ensemble de quatre programmes réunis sous un même toit.

Lingolsheim est la quatrième ville de l’Eurométropole strasbourgeoise. A proximité d’une opération Anru, le site des Tanneries – 12 hectares – a été acquis par la Ville et dépollué avant d’être aménagé par Nexity. Accueillant une majorité de logements (sociaux 35 %, accession sociale 15 %, accession privée 50 %), la ZAC des Tanneries compte également quatre équipements publics réunis dans une même consultation : un institut médico-éducatif (IME) avec deux classes d’accueil pour des enfants handicapés, une résidence senior de 55 logements, un groupe scolaire de 16 classes et un gymnase. Les agences d’architecture Richter et Aubry Lieutier, associées pour l’occasion, ont remporté le concours de maîtrise d’œuvre en 2014. Elles ont signé ensemble le plan-masse avant de se partager la réalisation des programmes de manière à étoffer leurs références. L’agence Richter, qui a jusqu’alors réalisé beaucoup d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), choisit ici le groupe scolaire et le gymnase.

Equation paradoxale. La parcelle allouée à l’ensemble se situe en bordure de la ZAC, en périphérie de la ville. Aussi longue (250 m) qu’étroite (50 m), elle est bordée par une voie ferrée. Parmi les attentes du maître d’ouvrage, certaines sont impérieuses : créer un « cœur de quartier » et inaugurer le bâtiment trois ans plus tard. Comment résoudre l’équation paradoxale d’un cœur de quartier en situation de périphérie ? Pascale Richter, son frère Jan Richter et Anne-Laure Better, tous trois enseignants, revendiquent une double culture franco- allemande. Cela explique-t-il la finesse de leur travail ? A l’écoute du commanditaire, mais sensibles à toutes les implications du site, ils signent un projet dont la cohérence, saluée par Yves Bur, maire depuis 1995, « s’est nourrie d’une émulation réciproque entre le pragmatisme du maître d’ouvrage et l’idéal architectural des maîtres d’œuvre ». Les quatre programmes sont regroupés dans un bâtiment unique répondant aux exigences du label BBC. Ce front bâti s’adosse à la voie ferrée, protégeant ainsi le quartier des nuisances sonores, tout en apaisant le plan-masse par une grande sobriété de moyens. Grâce à un travail sur le vide, les deux agences ont dégagé un square paysager pour les habitants, créent une rue sécurisée pour les enfants et les personnes âgées.

Quête de permanence. Au sein de l’emprise, la présence de cours et de patios paysagés engendre un environnement à la fois ouvert et contenu. Le caractère « robuste » et durable attendu par le maître d’ouvrage s’est transformé en une quête de permanence grâce à un choix minimaliste de matériaux et de teintes : prémurs en béton à l’extérieur, chaleur rassurante du bois blanchi ou grisé à l’intérieur : une sobriété de lignes et de couleurs assez rare dans les groupes scolaires où les architectes se sentent souvent obligés d’imposer un décor ludique et pédagogique. Rien de tel ici : la simplicité sert tout naturellement de faire-valoir à l’exubérance colorée des vêtements et des dessins d’enfants.

La multiplication des transparences longitudinales et transversales favorise les liaisons entre les différentes fonctions, clairement identifiables malgré l’enveloppe unificatrice. A l’intérieur des programmes, les couloirs ont été pensés comme des galeries ponctuées de vues sur le monde extérieur. Cette manière d’habiter l’épaisseur par la transparence est une réussite : la vie investit le bâtiment, notamment les rez-de-chaussée, quand les immeubles alentour se referment sur des parkings. Au terme d’un chantier de vingt-six mois, tenu de main de maître par Anne-Laure Better, l’agence Richter livre ici un projet urbain, architectural et humain harmonieux, servi par une qualité d’exécution remarquable.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Lingolsheim. Maîtrise d’œuvre : Richter Architectes et associés, mandataire. Aubry Lieutier, architectes associés (concours). BET : SIB (structure), Serial Acoustique (acoustique), G. Jost (électricité), Solares Bauen (fluides, HQE), Lollier (VRD), Bruno Kubler (paysagiste), ER-Bat (OPC), C2Bi (économiste). Principales entreprises : Dicker (gros œuvre, panneaux de façade, charpente métallique), Gremmel (menuiserie extérieure aluminium), Hunsinger (menuiserie intérieure), Koessler (électricité).

Surface : 3 210 m2 Shab (groupe scolaire), 2 220 m² Shab (gymnase). Coût des travaux : 10,8 M€ HT (groupe scolaire et gymnase).

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