Architecture Grand Prix de l'urbanisme 2017

Entretien avec Pierre Veltz, lauréat du Grand Prix de l’urbanisme 2017. – « Les grands magmas humains des villes me fascinent »

Mots clés : Urbanisme - aménagement urbain

Homme difficilement classable, Pierre Veltz raconte son intérêt pour l’urbain, l’industrie, les sciences humaines…

Le 18 décembre dernier, le Grand Prix de l’urbanisme 2017 devait vous être remis par le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard. Est-il vrai que cette discipline n’était pas votre premier choix ?

Lycéen, j’étais bon en maths, alors, sans savoir ce qu’était le métier d’ingénieur, je me suis retrouvé à Polytechnique, puis je me suis orienté vers le corps des Ponts. Comme j’avais envie de devenir architecte, je me suis inscrit aux Beaux-Arts. Mais les études y étaient déstructurées après Mai-68 et je me suis dirigé vers l’urbanisme, qui me semblait offrir un bon équilibre entre les sujets techniques et socio-économiques. Assez classiquement, j’ai ensuite débuté ma carrière dans une DDE, à Lille.

L’époque, en revanche, n’était pas classique…

Le ministère de l’Equipement et le corps des Ponts commençaient alors à s’intéresser à la question des villes.

L’administration était passée de la construction de routes de campagne à la planification urbaine. Les élus locaux écarquillaient un peu les yeux, mais nous avons inventé les choses ensemble. Ce moment était d’une grande vitalité intellectuelle. Le ministère avait créé des groupes d’études et de programmation, et recruté pour cela nombre de jeunes contractuels formés aux sciences humaines : des géographes, des sociologues, des économistes. Avant, à l’Equipement, il y avait des ingénieurs et des administratifs, point barre.

Vous êtes apparemment un touche-à-tout. A quoi vous êtes-vous intéressé ensuite ?

Après l’expérience nordiste et la rencontre avec des chercheurs en sciences humaines, j’ai développé mon goût pour ce domaine dans lequel j’étais alors largement inculte.

L’urbanisme n’est pas qu’une discipline pour architecte ou pour spatialiste, surtout si, comme moi, on est dans une optique de planification plutôt que de design urbain.

La forme physique de la ville est en effet le reflet de ses réalités sociales et économiques.

Ainsi, dans le Nord, j’avais observé comment une crise industrielle commençait à toucher le bassin minier tandis que Dunkerque prospérait grâce à la sidérurgie. Il était impossible de séparer cela de la question urbaine, des besoins en logements ou en transports. L’histoire aussi est primordiale car il faut comprendre d’où viennent les choses. Si on prend le cas du bassin minier, s’y organiser collectivement au-delà de la commune était difficile parce qu’auparavant, la région était formée d’une série de puits, gérés par des compagnies différentes. La culture était donc très locale et l’idée d’une solidarité transversale n’avait jamais vraiment existé.

En urbanisme, une approche globale est indispensable. Des actions qui ne sont pas en prise profonde avec une réalité locale sont vouées à l’échec. Ce principe peut sembler évident aujourd’hui mais, dans les années 1970, tout cela était assez nouveau.

« Les actions menées sans relation avec la réalité locale sont vouées à l’échec. »

Vous avez donc entamé des études de sociologie ?

Après cinq années passées à Lille, je suis revenu à Paris où j’ai d’abord travaillé dans un bureau d’études lié à la Caisse des dépôts et consignations, le Bureau d’études pour l’urbanisme et l’équipement (Béture). Dans le domaine des sciences sociales, j’étais totalement autodidacte. Mais j’ai commencé à prendre ma voiture le week-end pour retourner dans le Nord, dans le Valenciennois, aller rencontrer les gens et les interviewer. De fil en aiguille, ces...

Vous lisez un article de la revue Moniteur n° 5954 du 22/12/2017
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