Régions Bordeaux

Entretien avec Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux. – « Dégager des marges grâce à notre foncier »

Mots clés : ERP sans hébergement

Dans le cadre de la loi sur l’autonomie et la dévolution du foncier aux universités, vous avez souhaité devenir propriétaire des 187 ha de foncier de votre campus qui appartiennent aujourd’hui à l’Etat…

Nous faisions partie des candidats potentiels identifiés par Thierry Mandon [ex-secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, NDLR]. Récupérer ce foncier correspondait à notre souhait, car je suis convaincu que si on ne fait pas de l’immobilier un atout, il devient une charge.

Où en est aujourd’hui cette démarche ?

Le protocole d’accord a été signé en mars dernier avec Thierry Mandon. La ministre de l’Enseigne ment supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a confirmé sa volonté de poursuivre la dévolution du patrimoine. Le conseil d’administration s’est prononcé favorablement et la décision de transférer définitivement le patrimoine à l’université de Bordeaux devrait intervenir au premier trimestre 2018.

Quels sont vos objectifs ?

Ces deux dernières années, nous avons réalisé avec le cabinet d’experts en immobilier Colliers International et des notaires un inventaire détaillé des 198 ha de foncier et 600 000 m2

de bâti pour voir quels étaient leurs caractéristiques, localisations, destinations et l’environnement de ce foncier (PLU, constructibilité… ). Notre objectif est de cibler ce qui doit être maintenu pour les missions régaliennes de l’université et ce qui peut être valorisé. J’ai également rencontré la plupart des maires des communes pour voir comment nos projets peuvent prendre corps avec les leurs.

De quelles ressources avez-vous besoin pour l’entretien ?

Il nous faut 13 millions d’euros par an à réinjecter dans la maintenance du campus. Si vous ne fournissez pas un outil de travail à la hauteur des attentes des chercheurs et des étudiants, c’est problématique. Nous avons donc besoin de dégager des marges grâce à notre foncier.

Quels projets envisagez-vous ?

Nous ne sommes pas là pour faire de l’immobilier au sens large. Notre priorité est le logement étudiant, actuellement en crise. Nous imaginons également des logements intergénérationnels, car nous avons une préoccupation de mixité sociale forte. Le foncier occupe une place stratégique sur le campus, mais il n’est pas habité durant certaines périodes de l’année : c’est paradoxal ! Nous avons besoin de créer des activités, d’accueillir des commerces… Qu’il y ait une vie au sein du campus. Nous avons par ailleurs un plan très ambitieux concernant les équipements sportifs : rénovation des terrains de rugby, projets d’activités sportives connectées, etc. Nous pouvons partager tout cela avec les habitants, les entreprises… Nous nous intéressons également à l’habitat innovant, via un « smart campus » au sein duquel nous pouvons expérimenter des nouveaux déplacements, des véhicules électriques, l’écoconstruction… A travers ces projets, nous voulons retrouver la valeur ajoutée de l’université.

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Négociations en cours

Le transfert du patrimoine de l’Etat à l’université ne sera pas accompagné d’aides financières. La possibilité d’émarger au contrat de plan Etat-région et le maintien de l’éligibilité aux grands projets immobiliers de l’Etat – comme l’opération Campus -ont cependant été négociés. Deux autres points restent à acter.

« Il faut que l’Etat permette aux universités d’emprunter », insiste Manuel Tunon de Lara. « Nous souhaitons également que le principe de spécialité soit assoupli, pour avoir des activités en lien avec l’université lui donnant une plus-value : le logement, l’innovation, la médiation culturelle et l’entreprise en font partie », ajoute le président. Cela permettrait à l’université de dépasser le strict cadre de ses missions régaliennes (recherche, formation et vie universitaire), tout en menant des opérations en lien avec ces dernières. « Cela ne nous intéresse pas de mettre un McDonald’s », rassure et plaisante le président.

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