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Entreprises Les conseils anticrise des trois présidents du BTP

Mots clés : Conjoncture économique - Entreprise du BTP - Gestion et opérations immobilières - Métier de l'immobilier

Si la Bourse a salué le plan de sauvetage des banques élaboré sous l’égide du président de la République, les entreprises rencontrent quotidiennement des difficultés liées à la crise. « Le Moniteur » a demandé aux présidents des trois grandes fédérations du BTP les conseils qu’ils donnent aujourd’hui à leurs entreprises adhérentes pour traverser cette période.

Spectatrices dans un premier temps de la crise financière qui agite les marchés, les entreprises du BTP commencent à en ressentir les effets. « Oui, l’économie réelle est touchée », reconnaît Jean Lardin, le patron de la Capeb, en exergue de la dernière note de conjoncture sur l’artisanat du bâtiment qui fait apparaître une petite croissance en volume de 0,5 % au troisième trimestre, égale à celle du trimestre précédent mais inférieure de 2 points à celle d’il y a un an (voir p. 17).

L’enquête mensuelle de conjoncture de l’Insee dans l’ensemble du bâtiment, cette fois, a confirmé en septembre la dégradation de l’indicateur synthétique du climat des affaires, qui s’inscrit 10 points en dessous de celui de septembre 2007 (103 au lieu de 113). Si les carnets de commandes restent bien garnis (6,6 mois, identiques à juillet), le jugement des chefs d’entreprises sur l’avenir est négatif depuis juin.

Pas de catastrophisme

Côté travaux publics, le ralentissement se confirme : sur douze mois glissants, l’activité est en recul de 0,3 %, et les marchés conclus sont en recul de 1,4 % fin août en rythme annuel, selon la toute récente note de conjoncture de la FNTP. Mais le président de la FNTP, Patrick Bernasconi, refuse de céder à la sinistrose et insiste sur le niveau élevé des carnets de commandes, ainsi que sur les potentialités du Grenelle de l’environnement pour la profession.

Certes, tous ces chiffres sont à relativiser, compte tenu du niveau extrêmement élevé de l’année 2007 auxquels ils sont comparés. « Il ne faut pas céder au catastrophisme », martèle Didier Ridoret, le président de la FFB, qui, comme ses confrères du bâtiment, ne partage pas le pessimisme d’Alain Dinin, président de Nexity, selon lequel 180 000 emplois seraient menacés dès 2008 par la chute de 90 000 unités des mises en chantier de logement. D’une part, nul ne sait aujourd’hui dans quelles proportions elles reculeront effectivement ; d’autre part, le coefficient multiplicateur en termes d’emplois est de 1,7 et non de 2, et il concerne pour moitié seulement le bâtiment. Le reste est dans la filière (bureaux d’étude, architectes, agents immobiliers…).

Néanmoins, les entreprises se heurtent aux effets induits de la crise, notamment dans leur relation avec les banques. Prêts bloqués, hausse des taux, restrictions des découverts… Jean-François Roubaud, le président de la CGPME, égrène les difficultés rencontrées au jour le jour par les petites entreprises. Des blocages que le gouvernement cherche à dénouer en activant Oséo (voir p. 16). La FFB a demandé aux banques d’appliquer au plus vite les facilités accordées par le gouvernement. De cette rapidité découlera l’ampleur du ra­lentissement.

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« Préserver les marges »

Didier Ridoret, président de la FFB

« Les chefs d’entreprise doivent gérer avec une très grande rigueur. Cela signifie bien maîtriser les frais généraux, et adapter l’outil de production aux volumes de commandes. Ce serait suicidaire de maintenir ses parts de marché en cassant les prix au détriment des marges. Même si je sais bien que pendant les années fastes, beaucoup ont investi dans leur outil de production en ouvrant des hangars, des dépôts et des showrooms…, et qu’il faut les rentabiliser.

Le logement privé neuf va baisser. Mais le bâtiment, c’est aussi du logement social et de l’amélioration-entretien. Le premier se développe – on annonce 120 000 logements sociaux – et le second semble tourner normalement. Les entreprises qui ne le font pas doivent s’y intéresser. D’autant que l’on peut espérer que le Grenelle génère des travaux. Il faut aussi pratiquer une politique de l’offre, et se tourner vers des contrats de partenariat et des BEA, qui sont à la portée des entreprises moyennes.

Enfin, dans la mesure où il y a moins de pression sur les chantiers, il faut en profiter pour former notre personnel, afin d’éviter ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt-dix : une fois sortis de la crise, nous avons eu énormément de mal à reconstituer les équipes. Essayons donc de maintenir l’emploi.

A très court terme, il faut se rapprocher des banques en cas de difficulté. Malgré les annonces du gouvernement, il va encore y avoir des moments difficiles à passer. Il faut que les banques mettent le plus rapidement possible en œuvre les mesures en faveur des PME.

J’ajoute que nous devons tous être très vigilants sur la communication et éviter le catastrophisme. Gardons notre sang-froid. »

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Jean Lardin, président de la Capeb

« Eviter de s’éparpiller sur les chantiers »

« Mon premier conseil est d’éviter de s’éparpiller sur les chantiers. Il faut les terminer les uns après les autres plutôt que d’en ouvrir quatre à cinq à la fois. Cela permet, dès la fin des travaux, de facturer et d’encaisser. En clair, il faut optimiser la chaîne réalisation-facturation-encaissement et tout faire pour que la production soit accompagnée de trésorerie. Une fois l’argent rentré, je préconise de se rapprocher de la Capeb de son département pour préparer son entretien avec son banquier. Cela évite d’aller le voir de manière désordonnée.

Bien sûr, il faut s’accrocher aux fondamentaux. Notamment ne pas prendre de retard dans le domaine de sa compétence : ne pas hésiter à former ses salariés et à se former soi-même.

Autre conseil : ne pas paniquer, lever la tête et investir résolument dans les marchés où il y a de la demande, c’est-à-dire tout ce qui tourne autour de la performance énergétique des logements. Ce sera la bouée de sauvetage de demain. En 2009-2010, nous en aurons bien besoin. La Capeb, elle aussi, se prépare avec le développement de la marque ECO Artisan.

Enfin, il faut soigner sa relation avec le client, le conseiller et le sécuriser pour qu’il ne renonce pas à ses travaux, en ces temps d’incertitude.

A propos des délais de paiement, je m’emploie à ce que le gouvernement ne se précipite pas. Ce serait criminel, par des mesures réglementaires, de comprimer davantage les marges de manœuvre des entreprises.

La baisse des matières premières, supposons qu’elle soit répercutée par les industriels, peut nous permettre de respirer un peu. Mais nous ne pouvons pas, en l’état actuel des trésoreries, en profiter pour constituer des stocks en prévision de hausses futures. »

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Patrick Bernasconi, président de la FNTP

« Poursuivre l’effort de formation et de recrutement »

« Il faut que les chefs d’entreprise gardent confiance. Les besoins en travaux publics ne vont pas s’effondrer, nos carnets de commandes sont actuellement à un niveau supérieur à celui de l’année dernière. Sous réserve que l’accès au crédit et aux facilités de trésorerie ne soit pas modifié, il ne faut pas changer de cap. Les enjeux liés à la démographie en matière d’emploi, de qualification et de formation sont toujours là. Quand l’économie va repartir avec un bon niveau d’investissement, il faudra s’appuyer sur des personnels qualifiés. Il faut donc continuer à élever les niveaux de qualifications dans nos métiers où l’apprentissage est historiquement important. Depuis plus de trois ans que nous travaillons sur ces questions, il ne faut surtout pas s’arrêter en route. Il est plus que jamais nécessaire d’intégrer des jeunes bien formés dans les entreprises, y compris en période de conjoncture difficile. Nous demandons aux chefs d’entreprise de ne pas casser les prix pour maintenir leur activité.

Mais, dans ce contexte financier difficile, nos entreprises sont préoccupées par la loi de modernisation de l’économie et son article 6, qui prévoit de réduire les délais de paiement entre entreprises à 60 jours, ou 45 jours fin de mois à compter de la date d’émission de la facture. Cette disposition est applicable dès le 1er janvier 2009. Plus de 50 % des entreprises de travaux seraient impactées et menacées financièrement par l’application de cette mesure. Nous demandons, avec les autres fédérations professionnelles, un moratoire pour nous donner le temps de régler nos problèmes de délais de paiement tardifs de nos clients (à 70 % publics et parapublics) qui, parfois, dépassent les 90 jours. »

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