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Ecole de l’air de Colorado Springs L’église aux 17 clochers

Mots clés : Architecte - Architecture - Culte - Transport aérien

Le mariage de l’architecture et de la religion n’allait pas de soi dans l’Amérique des années 50. L’édification de la chapelle des cadets de l’armée de l’air de Colorado Springs, une enfilade d’ailes d’avion dressées à la verticale, faillit déclencher un scandale.

«P ourquoi payer si cher pour une vingtaine de clochers alors que les églises se contentaient jusque-là d’un seul ? » Contre le pragmatisme d’Errett P. Scrivner, membre du Congrès américain et de plusieurs sénateurs appelés à voter un budget de 3 millions de dollars pour la chapelle de l’école de l’air de Colorado Springs, les idées de Walter A. Netsch eurent bien du mal à s’imposer. Mais l’architecte ne boudait pas la polémique. Plutôt le scandale et le risque de ne jamais construire que l’indifférence… Il commença à travailler sur ce projet en 1954, alors que l’agence Skidmore Owings & Merill – SOM – était mandatée pour le reste du campus. Son programme : un lieu de prière oecuménique et un monument national. Plus compliqué : tout en affirmant une identité forte, l’édifice ne devait arborer aucun signe ostensible de religion. Un clocher surmonté d’une croix aurait favorisé une croyance, un motif à plusieurs têtes aurait forcément lésé des minorités. La commande tranchait avec le vocabulaire néogothique qui présidait jusqu’alors à toutes les constructions religieuses visées par l’armée.

En mai 1955, Netsch présenta son projet inscrit dans la maquette du plan-masse conçu par SOM. Sa chapelle y était représentée par un pliage à la japonaise, comme une forme à peine esquissée, posée là pour donner une idée de volume. Mais devant la réaction de l’establishment local contre une « brochette de tipis », l’architecte s’en tint à sa version. Il promit de repenser totalement son projet et partit pour l’Europe, tenter de l’enrichir des traditions françaises et italiennes. Il revint plein d’enthousiasme et sûr de traduire, grâce à la technologie moderne, l’inspiration et l’aspiration qu’il avait ressenties à Chartres et à la Sainte-Chapelle.

Une sorte de sismographe dans le paysage

Trois ans plus tard, après quelques nouvelles esquisses, le même projet fut à nouveau présenté. En fait, Netsch n’eut probablement jamais l’intention d’amender sa première ébauche. Cette fois, l’architecte avait dessiné des lignes, presque verticales, se rejoignant en pointe et traçant une sorte de sismographe dans le paysage. A ceux qui doutaient de sa santé mentale, il opposa un principe constructif ingénieux et spectaculaire. Son pliage prit vie sous la forme de tétraèdres métalliques de 25 mètres de hauteur, composés de panneaux d’aluminium maintenus par des tubes d’acier. Chacune des façades – ou des pentes- de ce bâtiment-toit était un alignement de ces formes géométriques superposées deux par deux, aux pointes alternativement dirigées vers l’intérieur et vers l’extérieur. Pour laisser pénétrer la lumière, l’architecte avait prévu entre chaque module une ouverture d’une trentaine de centimètres. Le soin qu’il mit à fabriquer les vitraux colorés destinés à ces meurtrières fut comparé au travail des maîtres verriers des cathédrales qui l’avaient tant marqué lors de son périple initiatique en Europe. Il en dessina et conçut chaque morceau : les teintes foncées au sommet s’éclaircissent en un lent dégradé le long des pentes. Ce qui rend la chapelle aussi belle de jour que de nuit lorsqu’elle rayonne vers l’extérieur.

A l’intérieur, malgré le volume des lieux et la brutalité des matériaux qui créent une ambiance de hangar, chaque religion a trouvé sa place. Dès le début, Netsch avait refusé l’idée d’une chapelle « supermarché » à la scène transformable au gré des cultes et des cérémonies. Les protestants sont logés à l’étage, les catholiques et les juifs au rez-de-chaussée où l’espace est traité en références symboliques : on y retrouve des arches de pierre censées rappeler la maçonnerie de l’art roman, un grand cercle entouré de bois, libre de toute structure, illustration métaphorique des tentes du désert des tribus d’Israël.

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Le bâtiment à la forme de tétraèdres métalliques de 25 m de haut se compose de panneaux d’aluminium maintenus par des tubes d’acier. Chacune des façades est un alignement superposé deux par deux, aux pointes alternativement dirigées vers l’intérieur et vers l’extérieur. Une ouverture d’une trentaine de centimètres laisse pénétrer la lumière.

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