Expositions

du post-modernisme à rem koolhaas

Mots clés : Architecte - Architecture

À Londres se tiennent cet automne deux expositions bizarrement contradictoires : l’une autour d’un mouvement, le Post-modernisme, qui avait prétendu congédier l’Utopie, et l’autre autour d’un architecte, Rem Koolhaas, post-moderne à ses débuts et qui prétend dans un slogan dont il a le secret que « chaque architecte trimballe en lui le gène utopique ». Que donnent-elles à comprendre ? Pour aller vite, qu’un Koolhaas en liberté à la Barbican Art Gallery est toujours aussi brillant qu’agaçant, et que le post-modernisme, style et subversion, comme l’énonce le sous-titre, se retrouve totalement dévitalisé et neutralisé sous les moulures du Victoria & Albert Museum.

Dialecticien décomplexé se jouant avec élégance des contradictions, celles qui lui appartiennent autant que celles que lui propose la vie quotidienne, Rem Koolhaas livre à la Barbican Art Gallery quelques-unes de ses récentes propositions théoriques et situations construites – puisqu’il est l’un des rares grands architectes contemporains à toujours tenir les deux versants pour marcher sur ses deux jambes. Sa maîtrise de tous les outils et supports étonne une fois encore. On le croit fasciné par le numérique alors qu’il concocte à foison des maquettes sensibles, âpres et authentiques. On le suppose perdu dans les images et il n’a de cesse de ressortir du placard ses éditions originales et savamment écornées de Delirious New York. On l’imagine théoricien et il tient à se présenter comme un ingénieur.

Koolhaas, l’homme complet

On le pensait narcissique aussi, et là, pour le coup, il le confirme tout au long de cette très belle exposition monographique qui couvre toute l’étendue du centre d’art du quartier Barbican. Chaque pièce, chaque production de l’agence est fétichisée, et dans le même mouvement, caractéristique du personnage, présentée comme jetable. Tirées sur un papier banal, les grandes photos de la première salle sont simplement agrafées au mur. C’est clair, c’est dit, elles n’iront guère plus loin que le temps de l’expo. Dans la seconde salle, des étudiants s’activent à détacher du mur les préoccupations de Rem, what’s on a man mind ? Fixées sur des demi-A4, ces pensées intimes sont livrées au fétichisme glaneur du visiteur. Tout y est, sur ces post-it, les vieux, les jeunes, la modernité, la religion, la bouffe et le sexe. Mais curieusement, ces graphiques (qui doivent tous un petit quelque chose à l’arbre sémiologique de Charles Jencks) que Koolhaas dispense à foison dans le monde anglo-saxon depuis plus de 15 ans, désormais exhalent un curieux parfum sépia. Déjà-vu ? Un comble. Académique ? Sans doute. Cynique ? Au-delà, beyond ! Ironie du sort, c’est sur la colonne consacrée à l’architecture que les tas de feuillets livrés aux mains détacheuses sont encore les plus fournis deux semaines après l’ouverture. Personne n’en veut ? En revanche, la colonne people a fait recette dans cette sorte de relevé en direct des intérêts « majoritaires ».

Rem Koolhaas semble en permanence nous répéter tout au long de cette expo que le vrai n’est qu’un moment du faux. Il a tout compris. Il agace. Mais à peine a-t-on quitté ces deux premières salles que l’on se prend à penser qu’au fond, ce garçon est très efficace et qu’il s’agit d’une excellente présentation de soi. Jusqu’à cette « secret room » tapissée de documents soi-disant trouvés dans les poubelles de son agence de Rotterdam, copies d’emails à Cecil Balmond ou Ove Arup, ou encore à de sombres mais visiblement très...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 210 du 01/11/2011
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