Management et prévention

Développement durable Opportunités à saisir pour entreprises qualifiées

Mots clés : Concurrence - Démarche environnementale - Développement durable - Energie renouvelable - Qualification des entreprises

Une enquête des organismes de qualification du secteur construction mesure la prise de conscience des entreprises sur l’environnement. Largement sensibilisées, elles doivent adapter leurs pratiques et leurs offres.

En matière de développement durable, les entreprises qualifiées du secteur de la construction sont largement sensibilisées. En particulier, elles le ressentent comme une obligation éthique. Elles ont bien mis en place des actions citoyennes : les « gestes verts de bureau » comme le tri des papiers et la récupération des cartouches d’encre d’imprimantes, la double commande de chasse d’eau sont devenus la règle, le chauffage est réglé au plus juste… Mais ces « petits gestes » s’apparentent surtout au comportement de particuliers motivés. Bien que 56 % des entreprises qualifiées considèrent l’environnement comme une opportunité de développement, bien que la plupart voient – dans leur qualification justement – un avantage aussi sur ce terrain, rares sont celles qui ont structuré leurs démarches en faveur du développement durable. Plus rares encore celles qui traduisent cette préoccupation par une offre commerciale spécifique.

Pour progresser dans ce domaine, les organismes de qualification du secteur de la construction organisent, mardi 28 octobre, à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, un colloque sur le thème « La qualification, les acteurs de la construction et le développement durable ». Destiné principalement aux donneurs d’ordres et prescripteurs, il sera animé par Bertrand Fabre, directeur des rédactions du Groupe Moniteur.

Passer de l’intention à l’action

Pour mesurer le degré de prise de conscience des entreprises qu’ils qualifient, les organismes ont interrogé cet été 42 115 entreprises. 7 % ont répondu, ce qui fait de cette enquête l’une des plus importantes menées sur le sujet. Les résultats, confiés en avant-première au « Moniteur », seront présentés le 28 octobre, lors de cette manifestation.

Au cours du colloque, seront décernés les premiers Trophées du développement durable à des entreprises qualifiées du secteur de la construction qui se seront distinguées soit dans leur gestion interne, soit par une action mise en place dans ce domaine pour leurs clients. Une manière de donner envie à ces entreprises déjà grandement motivées de passer de l’intention à l’action.

L’enquête menée (1), au début de l’été, par les organismes de qualification (2) auprès de 42 115 entreprises au total a apporté 2 976 réponses. 78 % des sociétés ayant répondu comptant moins de vingt salariés, ce panel est conforme à la typologie de la population consultée, estiment les enquêteurs.

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L’environnement opportunité de développement : 56 %

Les entreprises qualifiées perçoivent l’environnement avec une vision positive, elles sont seulement 6 % à y voir une contrainte. 56 % le considèrent comme une opportunité de développement. Mais ce résultat, sans surprise, est presque égalé par une obligation éthique que les entreprises interrogées estiment devoir respecter : elles sont 54 % dans ce cas. Cette conscience de leurs responsabilités civiques constitue assurément une des spécificités des entreprises qualifiées. Enfin, alors que l’investissement dans une démarche environnementale pourrait apparaître contraignant pour ces structures de taille réduite, elles sont seulement 29 % à souligner ce coût supplémentaire.

Les enquêteurs expliquent cette perception par trois facteurs :

la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières rentabilise pour partie les démarches de sobriété environnementales ;

les entreprises qualifiées étant d’ores et déjà engagées dans des démarches qualité, elles sont conscientes de leur avantage économique ;

la prise en compte de l’environnement semble encore très associée à la mise en œuvre de gestes simples et peu coûteux plutôt qu’à une révision en profondeur des processus de production ou de service.

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Grenelle de l’environnement : un impact positif pour les entreprises qualifiées

Les réponses des entreprises qualifiées traduisent leur regard confiant sur les conséquences attendues du Grenelle de l’environnement. Elles sont nombreuses à prévoir qu’elles bénéficieront davantage de l’impact du Grenelle que la moyenne des entreprises, qu’elles sauront mieux en tirer parti.

La part des entreprises sceptiques sur les retombées du Grenelle de l’environnement reste néanmoins non négligeable, puisque 30 % de celles qui ont répondu considèrent que cet impact ne sera pas positif pour leur activité et 20 % demeurent dans l’expectative.

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Très peu de démarches véritablement structurées

L’étude met en évidence la faiblesse actuelle des démarches engagées. Elle confirme le retard important pris par les PME vis-à-vis des grands groupes. 80 % des entreprises considèrent déployer des efforts pour éviter ou réduire leurs nuisances, mais 15 % seulement ont évalué leur impact et 8 % ont défini des indicateurs permettant de guider leur démarche. L’environnement se limite encore à des « gestes verts » pragmatiques, l’approche des dirigeants étant assimilée à celle de citoyens sensibilisés à l’environnement, ils ne cherchent pas à exploiter des opportunités spécifiques à leur activité professionnelle.

Les enquêteurs soulignent que « les grands groupes, incités par la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) de 2001, ont pour la plupart créé un département «développement durable» chargé d’identifier les principaux impacts de l’entreprise, mais surtout de publier chaque année des données sur leurs performances sociales et environnementales ». De même, l’exercice du bilan carbone est en développement parmi les structures de taille importante, grâce notamment à une méthodologie proposée par l’Ademe. Dégagées de la contrainte de la loi NRE, les PME sont beaucoup moins engagées dans des démarches de ce type. 59 % des entreprises interrogées déclarent n’avoir mis en place aucune action de sensibilisation ou de formation de leur personnel à l’environnement et au développement durable.

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Les déchets et l’eau en tête des préoccupations

Malgré la faible structuration des démarches environnementales, les entreprises qui ont répondu à l’enquête ont mis en place un certain nombre d’actions. L’enquête fait ressortir deux grandes priorités, l’eau et les déchets. Mais, pour la première, c’est une mesure basique et peu coûteuse qui prime largement : la chasse d’eau à double commande. Seules 15 % des sociétés ayant répondu récupèrent les eaux de pluie. Les économies d’énergie arrivent en troisième position, non loin derrière.

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Les gestes verts au bureau

Quant aux déchets, l’ensemble des sociétés interrogées n’étant pas concernées par la gestion des déchets de chantiers, de mieux en mieux assumée, l’enquête approfondit les « gestes verts de bureau » : tri du papier, des cartouches d’encre sont respectivement mis en œuvre par 72 % et 71 % des entreprises. Impression recto verso et dématérialisation des documents arrivent également en bonne position.

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Le recours aux énergies renouvelables reste marginal

Les entreprises mentionnent souvent les économies d’énergie, mais, là encore, soulignent les enquêteurs, les mesures sont simples. L’absence de suivi de la performance ne leur permet pas de mesurer leurs économies financières, à plus forte raison celles des émissions de CO2. Le recours aux énergies renouvelables reste marginal. Les actions environnementales liées au transport des salariés également. La pratique la plus courante est l’entretien régulier des véhicules de service, le covoiturage est moins utilisé, le recours aux réunions téléphoniques et autres téléconférences presque anecdotique. Enfin, l’intégration de l’environnement dans la politique d’achats reste minoritaire (41 %).

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Peu de traduction dans l’offre…

Entre conviction et action réelle, le temps de latence est long. On l’a vu plus haut, 56 % des entreprises ayant répondu considèrent que la prise en compte de l’environnement constitue une opportunité de développement, un peu plus d’un quart (26 %) y voyant même un avantage concurrentiel. « Pourtant, soulignent les enquêteurs, seules 25 % d’entre elles ont développé une offre spécifique en matière de développement durable. »

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…mais des préconisations écoresponsables

L’enquête révèle, en revanche, que « les entreprises qualifiées se sentent plus proactives en matière de développement durable que leurs clients ». En effet, 40 % d’entre elles considèrent que leurs clients intègrent « toujours » ou « souvent » des objectifs de développement durable dans leurs projets, mais elles sont 58 % à déclarer préconiser « toujours » ou « souvent » l’utilisation de solutions, produits ou matériaux écoresponsables.

Conclusion : « La réponse apportée, à ce jour, par les entreprises qualifiées en matière d’offre de produits et services développement durable ne semble pas encore à la hauteur du bouleversement que va sans doute connaître le secteur de la rénovation dans les prochaines années, estiment les enquêteurs. Si les entreprises qualifiées semblent conscientes des opportunités qui se dessinent, elles apparaissent encore en retrait sur la structuration d’offres et l’acquisition de compétences susceptibles de répondre à l’ampleur de l’enjeu. Plusieurs facteurs d’explication peuvent être avancés : insuffisance des réseaux professionnels experts du sujet, demande encore faible du marché, faible valorisation financière des solutions écologiques… autant d’éléments qui vont sans doute évoluer dans les prochaines années. »

(1) Enquête réalisée par Frédéric Druelle (agence Teebird) et analysée par Julie Buisson (agence Utopies). (2) OPQIBI, OPQTECC, Qualibat, Qualifelec, Qualipaysage, Qualipropre et Qualisport.
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