Enjeux Prévention

Des progrès, poursuivez vos efforts

Mots clés : Entreprise du BTP - Risque sanitaire

Le BTP a pris cette année la place du bon élève dans les statistiques de la santé au travail.

Mais le secteur, encore loin du sans-faute, doit redoubler de vigilance avec la reprise de l’activité.

SPECIAL PREVENTION Les efforts du BTP en matière de prévention payent. « C’est le secteur qui, en quinze ans, a le plus progressé dans ce domaine », note Michel Ledoux, avocat chez Ledoux & Associés, cabinet spécialisé en santé et sécurité au travail. Dans son rapport 2016 sur les chiffres de la santé au travail dévoilés courant octobre, la Caisse nationale de l’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnam-TS) met cette année, pour la première fois, la construction en avant. Le secteur enregistre la plus forte baisse en termes d’indice de fréquence : – 3,1 % par rapport à 2015. Il s’établit ainsi en 2016 à 60 accidents du travail (AT) pour 1 000 salariés. Le nombre d’AT a chuté de 3,8 % en un an, et les maladies professionnelles (MP) reconnues ont, quant à elles, reculé de 3 %.

« Depuis 2002, avec l’entrée dans le Code du travail de l’obligation de tracer la prévention dans le document unique et la consécration, par la jurisprudence, de l’obligation de résultat en matière de santé et de sécurité de l’employeur, la santé se trouve au cœur de la vie professionnelle, commente Me Ledoux. Le BTP a pris le train en marche : le travail de l’Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP), adossé à l’évolution du droit social, a constitué un vecteur d’amélioration visible. » Sans compter l’accompagnement des caisses régionales d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) auprès des entreprises du secteur.

Vincent Dejoie, dirigeant éponyme d’une entreprise de peinture costarmoricaine de 25 salariés, a d’abord pesté contre la nouvelle contrainte de réaliser un document unique. Mais, très vite, il a apprivoisé l’outil. « Cela a changé les mentalités. Avouons que, dans le bâtiment, nous partions de loin ! Le document unique nous a fait prendre conscience de la nécessité de nous occuper de la prévention, un sujet essentiel pour nous qui effectuons un grand nombre de ravalements. » L’évaluation des risques professionnels a ainsi permis à l’entrepreneur de dégager plusieurs axes d’amélioration des conditions de travail, pour lutter contre les AT et les troubles musculo-squelettiques (TMS). A commencer par le passage aux peintures à l’acrylique. Ainsi que des investissements dans des ponceuses dotées d’un mécanisme d’aspiration des poussières, dans des chariots roulants et élévateurs, et dans des échafaudages plus légers et sécurisés. Pour Vincent Dejoie, le document unique a ni plus ni moins « joué un rôle de déclencheur dans la baisse des AT ».

Le document unique a déclenché une baisse des accidents.

Malgré les efforts ainsi déployés par la profession, l’avocat Michel Ledoux se garde de tout angélisme. « On ne saurait que déplorer une sinistralité encore trop élevée dans un secteur qui est, par nature, à risques : il reste encore du travail à fournir. De plus, des angles morts demeurent. » Avec notamment, sur le terrain, une coordination sécurité et protection de la santé (SPS) « qui ne fonctionne pas toujours très bien, et certaines mauvaises habitudes contractées par les salariés de l’ancienne génération qui peuvent encore avoir cours ».

« Accélérer la révolution culturelle. » Selon Me Ledoux, « les formations sur le tas ne peuvent pas suffire pour les jeunes qui intègrent les entreprises. Il faut accélérer la révolution culturelle en matière de prévention ». C’est l’une des ambitions de l’acte II du partenariat sur la santé au travail dans les travaux publics, signé le 24 octobre entre la FNTP, le ministère du Travail, l’OPPBTP, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et la Cnam-TS. Cette convention vise à rechercher des solutions pour améliorer la formation et développer la culture prévention pour les acteurs des TP. Le texte prévoit, à cet effet, une mutualisation des connaissances des cinq partenaires, afin d’identifier et de promouvoir les bonnes pratiques. Les signataires ciblent en particulier la lutte contre les TMS et les risques chimiques. Ils s’attelleront, en outre, à la sensibilisation des maîtres d’ouvrage sur la santé des salariés.

« Renouveler sans cesse notre façon de communiquer auprès des salariés. » Philippe Villain (Bouygues Construction)

Dans cette logique de diffusion de la culture prévention, les bonnes pratiques des grands groupes du BTP commencent à essaimer auprès des salariés de leurs sous-traitants et des entreprises de travail temporaire (lire les témoignages ci-dessous). Mais les employeurs le savent : il importe d’enrichir et de renforcer leur démarche en permanence.

Le 13 juin, les chantiers de Bouygues Construction, en France et dans les 80 pays où le groupe intervient, se sont arrêtés pour une demi-journée. L’occasion de marquer les esprits, en rappelant l’objectif de parvenir au « zéro accident ». « Nous avons formalisé un standard basé sur 12 fondamentaux qui s’appliquent à l’ensemble de nos activités », évoque Philippe Villain, directeur prévention. A charge, pour chaque entité, de se les approprier et de les compléter avec leurs règles locales. Le groupe récolte les fruits d’une démarche conduite depuis près de dix ans. « Nous devons encore progresser, en premier lieu pour éradiquer les accidents graves, mais nous sommes passés d’une prévention subie à une prévention participative, qui fédère les équipes. Dans le BTP, les risques sont connus de tous, mais il faut renouveler sans cesse notre façon de communiquer auprès de nos salariés. » D’où la mise en place, l’an dernier, de formations sur trois jours, qui ont déjà touché 600 personnes, pour développer le leadership santé et sécurité de toute la ligne hiérarchique. Bouygues Construction a également développé, pour les compagnons, des modules de formation en réalité virtuelle, qui simulent des situations à risque, en conditions proches du réel et sans danger.

Attention à la charge de travail. Le secteur doit éviter de baisser la garde en cette période de reprise d’activité. Serge Plechot, secrétaire général de la CGT-Construction, attire l’attention sur l’intensification du travail liée à des délais réduits pour réaliser les chantiers : « Cela pose la question du contrôle, à tous les niveaux, du message porté par le manager sur le terrain en matière de sécurité. » Me Ledoux est animé du même souci. Il pointe « une période à haut risque pour la santé physique et mentale, avec une charge de travail accrue et une éventuelle pression ». Et d’avertir : « La profession doit rester vigilante. Il ne faudrait pas que les statistiques se dégradent brutalement dans les deux ou trois ans à venir. » Philippe Villain, lui, se projette déjà vers les travaux des Jeux olympiques de Paris de 2024. « Dans ce cadre, nous sommes prêts, avec la profession, à mettre en place une démarche transverse autour d’un comité de pilotage sur la santé et la sécurité. » Un beau challenge pour le BTP.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

« La baisse du nombre d'accidents est significative »

Où en est le BTP en matière de sinistralité ?

Le secteur connaît depuis plusieurs années une baisse continue du nombre d’accidents du travail (AT), en particulier des accidents mortels.

Il fait même, cette année, partie des bons élèves en termes de progression avec, au titre de 2016, un indice de fréquence (nombre d’accidents pour 1 000 salariés) à 60, en recul de 3,8 % par rapport à 2015. Cet indice s’élevait encore à 84 en 2007. Le nombre des maladies professionnelles (MP) a en outre diminué de 3 % par rapport à 2015. Il avait connu pour la première fois une baisse très nette entre 2012 et 2013, suivie d’une remontée sensible en 2014. Les accidents de trajet sont, quant à eux, en baisse constante depuis cinq ans.

Le recul des accidents du travail résulte-t-il de la baisse de 0,8 % des effectifs du BTP entre 2015 et 2016 ?

Les effectifs ont commencé à décroître en 2012 : on dénombre donc forcément moins d’AT. Mais le secteur avait de toute façon déjà réalisé des progrès. Aussi, même à effectifs constants, la baisse aurait tout de même été significative. La reprise de l’activité doit d’ailleurs amener les employeurs à être vigilants. Il s’agit de soigner l’accueil des nouveaux salariés : visite de l’entreprise et du chantier, formation et information sur la sécurité… Attention à ne pas faire courir tout le monde : les impératifs de la production ne doivent pas prendre le pas sur la prévention !

On note aussi des axes d’amélioration des conditions de travail : sanitaires, vestiaires, réfectoires…

Quelles sont les principales causes des sinistres ?

Les accidents sont liés, à 52 %, aux manutentions manuelles (équipements de travail, d’engins… ), devant les chutes de hauteur (17 %) : autrement dit des risques inhérents à l’activité.

Il reste de surcroît beaucoup à faire contre les troubles musculo-squelettiques (TMS), qui représentent 90 % des MP. Ils constituent, avec l’exposition aux risques chimiques, un point de surveillance très fort.

ENCADRE

« Nous accompagnons nos sous-traitants dans l'amélioration de leur démarche sécurité »

« Nos compagnons sont contraints, alors que la réglementation ne l’impose pas, de porter des lunettes de protection…

mais il y a encore peu, ce n’était pas le cas pour leurs collègues employés par nos sous-traitants. Ce qui pouvait provoquer l’incompréhension. Déployant de longue date des efforts sur la sécurité, nous avons voulu étendre notre démarche à nos sous-traitants, et les aider à développer une culture prévention. Nous mettons à leur disposition des moyens pour faciliter les opérations de levage et les travaux en hauteur.

Leurs salariés bénéficient d’un accueil renforcé pour leur expliquer nos attentes et les mesures de prévention spécifiques au chantier à venir. Ils participent aux arrêts d’activité de trois minutes en milieu de matinée qui permettent, lorsque l’attention se relâche, de faire un point sur la zone de travail afin de reprendre sans risque. Dans le cadre d’une démarche globale de progrès, des enquêtes de satisfaction permettent aux sous-traitants de nous noter, et réciproquement, notamment sous l’angle de la sécurité. Nous reviennent parfois certaines remarques récurrentes, que nous prenons en compte. De quoi élever le niveau d’exigence de chacun. »

ENCADRE

« Nos partenaires sociétés d'intérim s'adaptent à nos exigences »

« Le plan Cap 2020 de Vinci Construction fixe l’objectif d’un taux de fréquence d’accidents du travail [nombre d’AT par million d’heures de travail NDLR] à 2, alors que le nôtre s’élevait, en 2016, à 6. Or nos partenaires sociétés d’intérim affichaient des taux cinq fois plus élevés que le nôtre, leur main-d’œuvre ayant sa part dans 10 à 20 % de nos heures travaillées. Il nous fallait harmoniser nos pratiques en matière de prévention avec des partenaires qui adhèrent sans réserve à nos exigences. Nous avons ainsi sélectionné deux entreprises de travail temporaire (ETT), Adecco et Proman, avec qui nous avons signé une convention de partenariat en prévention le 11 juillet. Elle prévoit la préparation par l’ETT d’une formation sécurité intégrant nos exigences, conjuguées avec les siennes, et dispensée à ses salariés en amont du chantier. Ils s’y rendent avant le début des travaux, afin d’identifier leur poste et de s’entraîner. Les principaux risques ? Les chutes de plain-pied lors des déplacements du personnel intérimaire et les manutentions manuelles. Des comités de pilotage trimestriels communs permettent en outre de faire le point sur l’évolution de la démarche. Même si nous avons encore peu de recul, nos visions se complètent : nous parlons le même langage. »

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X