rétrospective LA COLLECTION D'ARCHITECTURE DU CENTRE POMPIDOU A 25 ANS

DES FRAGMENTS D’HISTOIRES MULTIPLES

Mots clés : Architecture - Dessin

Le centre Pompidou fêtera en 2017 ses quarante ans ; sa collection d’architecture, elle, vient de passer le quart de siècle et totalise environ 13 000 œuvres (dessins, photographies, maquettes, prototypes, etc.). La nouvelle édition du catalogue, publiée au printemps dernier, propose un large panorama de la création aux XXe et XXIe siècles et pose les bases de récits multiples. Ce n’est pas une histoire mais des histoires, en effet, qui sont à construire à partir de cette considérable documentation.

Décidée en 1991 par Dominique Bozo, alors président du centre Pompidou, confirmée par décret sous le ministère de Jack Lang en 1992, la constitution d’une collection d’architecture au sein du musée national d’Art moderne (MNAM) est engagée par l’architecte Alain Guiheux, épaulé par les conservateurs Olivier Cinqualbre et Chantal Béret. La collection est présentée dans le cadre de la vaste opération « Manifeste » en 1992, à travers douze personnalités ou agences : Jean Prouvé, Archigram, Renzo Piano, Rem Koohaas, Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Alvaro Siza, Norman Foster, Toyo Ito, Kazuo Shinohara, Frank O. Gehry, Aldo Rossi(1) . Elle donne lieu à un premier catalogue en 1998, avec un texte introductif qui a valeur de programme : « Cette collection d’architecture traite de la question du projet, prévient Alain Guiheux, et n’est donc en rien une collection de dessins […]. Si histoire il y a, ce sera celle de la manière de faire le projet. Le rapprochement des démarches par-delà les époques, et donc l’affirmation d’une continuité de pensée entre les architectes, représente l’un des axes essentiels de notre travail – travail qui participe de l’idée d’une architecture réfléchissant sur ses propres propositions, relevant les unes et en inventant de nouvelles. »(2)

Il n’est pas indifférent que la collection soit abritée ou du moins exposée dans un édifice aussi marquant de l’histoire de l’architecture. À la veille de sa fermeture pour une importante période de travaux (1998-2000), le centre Pompidou apparaît bien, en effet, comme la première pièce de la collection – expression devenue presque rituelle. Alain Guiheux évoque ainsi l’impact du bâtiment lui-même sur l’esprit qui a présidé à la constitution de celle-ci : « Le centre Georges-Pompidou, repère naturel de la collection, hérite à la fois des architectures d’ingénieurs des XIXe et XXe siècles, de l’architecture transparente des grandes expositions universelles, de la Maison de verre de Pierre Chareau et de la Maison de la publicité d’Oscar Nitzchké, encore de Fuller et de Prouvé, d’Archigram et de Cedric Price. » Il constitue, à bien des égards, le premier grand bâtiment postmoderne de Paris, mais également un édifice muséal qui devance de deux décennies l’« effet Bilbao » : l’institution, l’édifice tout comme l’espace public qui lui est consubstantiel – la fameuse piazza Beaubourg – n’ont-ils pas puissamment contribué à réveiller la rive droite de Paris ? Ce catalyseur, qui agrège invention technologique, neutralité formelle, plan libre d’un côté et, de l’autre, une utopie réalisée, libertaire et iconique, en partie issue de la culture pop anglaise, ne pouvait donc pas donner à voir et à lire un récit unique de l’aventure de l’architecture contemporaine.

À la tête des collections « architecture, design et prospective industrielle » depuis 2002, Frédéric Migayrou le confirme en ouverture du nouveau catalogue : cet ensemble a été fondé « sur une lecture extensive du projet d’architecture et sur une logique d’historicisation spéculative, qui permettent d’envisager son objet comme un champ culturel et critique à part entière. Le cadre chronologique [1915-2015] vise à rassembler une diversité de mouvements, de courants et d’individualités, autant qu’à faire valoir les ruptures, les accidents, les discontinuités à l’origine des mutations successives de la discipline »(3) . Le conservateur revient sur la spécificité institutionnelle de la collection.

Extension du domaine de la collecte

Historiquement rattachés à des centres d’archives ou des pôles universitaires, les fonds d’architectes ont donné lieu, dans les années 1970, à la création de musées créés de toutes pièces, parmi lesquels le Deutsches Architekturmuseum de Francfort et le Centre canadien d’architecture à Montréal. Fondés l’un comme l’autre en 1979 – leurs bâtiments actuels datent en revanche de 1984 et 1989 -, ils voient le jour dans le contexte particulier d’une remise en cause du modernisme et des grands récits. Il en sera de même en France avec la création du centre d’archives d’architecture du XXe siècle, alors conjointement rattaché à l’Institut français d’architecture (IFA) et à la Direction des archives de France : les campagnes de prospection menées par Maurice Culot, directeur du département « archives et histoire » à l’IFA de 1980 à 1998, puis le dépôt, en 1992, des fonds rassemblés au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) par les professeurs d’histoire de la construction, constituent deux moments clés de la formation de ce centre d’archives. Des moments qui ont contribué à lui donner des orientations fortes . Les premiers fonds...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 256 du 13/01/2017
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