Actualité Economie circulaire

Déchets du BTP : un business émerge

Mots clés : Entreprise du BTP - Gouvernement

Le gouvernement a fixé l’objectif de valoriser à 70 % les déchets du BTP d’ici à 2020. Pour l’atteindre, il faudra développer et créer de nombreuses structures de collecte, de tri et de valorisation. Des opportunités sont à saisir.

En ces temps difficiles pour le secteur de la construction, les entreprises sont à la recherche de leviers de croissance. La diversification dans l’activité de collecte, de tri et de valorisation des déchets du BTP pourrait être une voie d’avenir. Un ensemble de faits conjoncturels semble ainsi converger positivement. Outre le coût des matières premières, qui doit inéluctablement augmenter du fait de la raréfaction des ressources naturelles, le cadre réglementaire évolue dans le sens d’une plus grande valorisation des déchets. Le projet de loi sur la transition énergétique (LTE), déjà validé par les députés et qui sera examiné par les sénateurs en février prochain, reprend ainsi l’objectif européen de valoriser 70 % des déchets du BTP d’ici à 2020.

La France manque de structures

Ce taux atteint aujourd’hui 40 à 50 % pour les déchets inertes et 10 % pour les déchets non inertes non dangereux. L’effort à fournir pour les prochaines années est donc considérable. Il concerne l’ensemble de la chaîne de traitement des flux de déchets (voir schéma ci-contre) et nécessite la consolidation et la création de structures de collecte, de tri et de valorisation. « Du fait de l’absence de données précises, il est difficile d’évaluer le besoin exact, mais il est certain que la France manque de structures », confirme Laurent Chateau, ingénieur au service Prévention et gestion des déchets de l’Ademe. Néanmoins, certaines projections peuvent être faites. Selon Jean-Yves Burgy, directeur de Recovering (voir Avis de l’expert, page 14), il manquerait ainsi de 60 à 80 installations dotées de tri mécanisé de forte capacité pour les déchets non dangereux. Le Plan de réduction et de valorisation des déchets présenté le 7 novembre dernier par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, contient plusieurs mesures d’accompagnement de la LTE, « largement à même de favoriser la valorisation », selon le Syndicat des recycleurs du BTP. Le plan veut densifier le maillage des installations de tri et de valorisation, en créant des « incitations pertinentes » qui pourront notamment passer par l’obligation de réserver des zones dédiées à ces activités dans les documents d’urbanisme (dont les PLU et les Scot). Le plan veut aussi resserrer le maillage des déchetteries professionnelles, dans lesquelles les entreprises et les artisans peuvent venir déposer leurs déchets. Les négoces sont également mis à contribution puisqu’ils devront s’organiser pour reprendre sur leurs sites ou à proximité les mêmes types de matériaux que ceux qu’ils vendent. Si certains pratiquent déjà cette collecte (exemple de Raboni et Paprec, p. 18), les fédérations du négoce ne souhaitent pas que cette mesure soit rendue obligatoire.
D’autres éléments pourraient permettre d’accélérer le développement des installations de gestion des déchets, à savoir les plans départementaux de prévention et de gestion des déchets du BTP. Bien que les deux tiers des départements aient jusqu’ici impulsé une démarche, aucun de ces plans destinés à faire converger localement les actions en faveur de la valorisation n’a aujourd’hui été finalisé. Celui de la région Ile-de-France – le Predec – qui fait exception puisqu’il est réalisé à l’échelle régionale, est particulièrement exemplaire. Le document, qui devrait être approuvé au printemps prochain, quantifie ainsi de manière très précise les besoins à venir en termes d’installations et de déchetteries. Une démarche qui, si elle était étendue à l’ensemble des territoires, donnerait de précieuses informations aux entreprises désireuses de se lancer dans la gestion des déchets.

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15 plates-formes

sont dotées de chaînes de tri mécanisé pour les déchets non inertes non dangereux. Pour atteindre les objectifs européens de valorisation, il en faudrait 60 à 80 de plus.

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10 000 emplois

pourraient potentiellement être créés si 70 % des déchets du second œuvre (10,2 millions de tonnes par an) étaient recyclés. Source : projet Démoclès

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40 %

des 260 millions de tonnes de déchets du BTP sont valorisés. Un chiffre qui masque une forte différence entre les déchets inertes (valorisés à 50 %) – l’écrasante majorité – et les déchets non inertes non dangereux (valorisés à seulement 10 %). Source : CGEDD

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Yprema crée le premier réseau de franchises pour les plates-formes de valorisation d’inertes

L’entreprise de recyclage de matériaux de déconstruction Yprema s’est lancée dans la création d’un réseau de franchises. Une originalité dans le secteur du BTP. « L’idée est de pouvoir poursuivre notre développement en nous appuyant sur des entreprises déjà implantées dans le tissu économique local et désireuses de trouver des relais de croissance », explique Claude Prigent, président d’Yprema. La démarche s’est concrétisée une première fois en février 2013, avec l’entreprise familiale CBM, basée au Teil, en Ardèche. « Pour pallier la mauvaise conjoncture, nous cherchions à diversifier notre activité, jusqu’ici consacrée aux chantiers de BTP et au nettoyage industriel », explique Alexis Manent, gérant de CBM. Confronté à la difficulté d’évacuer ses propres gravats du fait de l’absence d’exutoire à proximité, Alexis Manent s’est vite convaincu de l’intérêt de monter une plate-forme de valorisation des déchets inertes au Teil. « Ne connaissant pas le métier, il fallait que je trouve un partenaire pour créer l’activité. » Et c’est justement là l’intérêt de la franchise. « Yprema nous a apporté son savoir-faire et des aides utiles, notamment dans la gestion des procédures administratives », précise Alexis Manent. Aujourd’hui, même si l’activité ne tourne pas à plein régime du fait de la conjoncture difficile, le gérant de CBM s’estime très satisfait. Claude Prigent a quant à lui bon espoir de signer avec trois nouveaux franchisés en 2015, trois entreprises de BTP.

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Un guide pour se lancer dans le recyclage

Le Syndicat des recycleurs du BTP (SRBTP) a publié, avec le soutien de la FFB et de l’Ademe, le « Guide de conception et de fonctionnement des installations de traitement des déchets du BTP ». L’ouvrage, téléchargeable gratuitement sur le site du SRBTP, a pour objectif de promouvoir le métier auprès des porteurs de projet ou de professionnels souhaitant se lancer dans cette activité au potentiel de développement important. Il vise aussi à mieux faire comprendre aux différentes parties prenantes les spécificités de cette activité, en donnant notamment les informations de base sur le fonctionnement des filières de recyclage (collecte/tri/recyclage/stockage).

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« La gestion des déchets du BTP est un relais de croissance pour les entreprises »

« La dynamique réglementaire amorcée par le gouvernement en faveur de la valorisation des déchets du BTP arrive au moment où la crise économique est particulièrement forte dans le secteur de la construction. Dans ce contexte pourtant défavorable, de plus en plus d’acteurs économiques, dont des entreprises de BTP, se tournent vers les activités de collecte, de tri et de valorisation pour y trouver de nouveaux relais de croissance. Les besoins sont énormes. Il faut savoir par exemple que sur les 10 à 15 millions de tonnes de déchets non inertes non dangereux (DND) produits chaque année par le secteur du bâtiment, moins de 1 million de tonnes sont traitées par des plates-formes dotées de chaînes de tri mécanisé. Pour répondre aux objectifs de la directive européenne de valoriser les déchets du BTP à 70 %, il faudrait créer entre 60 et 80 unités nouvelles de forte capacité. La marge de progression est donc importante, mais de nombreux freins restent à lever. Le développement des filières de valorisation ne démarrera ainsi réellement que lorsque les investissements seront rentables. Pour orienter les investissements vers des outils de valorisation et rendre les matériaux issus de matières premières secondaires compétitifs, il faudrait d’abord réduire la marge des centres d’enfouissement en les taxant davantage. Ils sont en effet beaucoup moins taxés que ceux de nos voisins européens, et la France est le seul pays à ne pas mettre de taxe sur les installations de stockage de déchets inertes. Ce sujet ne fait pas l’unanimité chez les professionnels du BTP, mais il me semble que l’équation économique qui pourrait favoriser la valorisation des déchets ne fonctionnera qu’à partir du moment où on actionnera ce levier fiscal. Il reste aussi un travail à mener pour rassurer les clients finaux, souvent frileux à l’idée d’incorporer des déchets dans leurs ouvrages. En cela, la sortie du statut de déchet pour les granulats recyclés, en cours de finalisation, est un levier fort : en achetant des produits et non plus des déchets, les acheteurs publics y verront un gage de qualité et de garantie de la part de leurs fournisseurs. »

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Dix chantiers pilotes pour favoriser le recyclage

Vingt-huit acteurs de la démolition intérieure des bâtiments, de la valorisation des matériaux et des maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, entreprises et administrations viennent de lancer le projet Démoclès. Objectif de ce travail collaboratif de grande ampleur : faire progresser le recyclage des éléments de second œuvre issus des chantiers de démolition/réhabilitation en améliorant leur taux de valorisation. Démoclès veut montrer qu’il est possible de porter ce taux, estimé aujourd’hui à 30 %, à 70 % d’ici à 2020, conformément aux objectifs de la LTE. Dix chantiers tests réalisés et financés par l’Ademe, les sociétés Ares services, GTM (Vinci) et Nantet, permettront d’identifier le gisement de déchets, d’inventorier les freins et leviers et de mesurer les économies que permettrait la valorisation des éléments de second œuvre préalablement déposés sélectivement au lieu d’être détruits en mélange. Ces données seront analysées par quatre groupes de travail qui permettront de préciser les modalités techniques de dépose sélective des éléments de second œuvre que pourrait adopter la profession, ainsi que des recommandations pour la maîtrise d’œuvre/d’ouvrage. Conclusions attendues fin 2015.

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La FFB lance l’appli « Déchets BTP »

Où est la déchetterie professionnelle la plus proche de mon chantier ? A quelle heure ferme-t-elle et comment m’y rendre ?
C’est à ce type de questions et à bien d’autres que se propose de répondre l’application pour smartphones « Déchets BTP » que la Fédération française du bâtiment lance début décembre. Destinée aux artisans et aux entreprises du bâtiment, elle leur permet de trouver les prestataires chargés de la collecte et du traitement des déchets (recyclage, valorisation, élimination) les plus proches de leurs chantiers en se géolocalisant. Pour chaque centre, une fiche détaille les contacts, les déchets acceptés… L’application est téléchargeable sur Apple Store, Play Store et Windows Store.

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