Architecture

DE LA CONCEPTION À LA FABRICATION, LES ÉTUDIANTS À L’ÉPREUVE DU RÉEL

Dans la pédagogie de la conception spatiale ou de l’art de construire, l’expérimentation à l’échelle 1 interpelle par son positionnement au sein du cursus de l’étudiant. Deux approches se singularisent, notamment par des temporalités opposées. L’une s’applique avec vivacité, voire immédiateté, dès les premiers cours d’architecture. Ce contact avec la matière est souvent nouveau pour les jeunes bacheliers, qui n’ont même pas l’expérience du bricolage à domicile ou de la réparation d’un objet du quotidien. Le décalage entre la pensée et la fabrication apparaît d’autant plus net que les nombreuses heures passées sur les réseaux sociaux ou Internet leur donnent l’impression d’un monde virtuel, dépourvu de contrainte, voire de pesanteur, qui ne facilite pas la familiarisation avec les éléments participant à la construction du réel. Par des exercices courts, les enseignants doivent provoquer chez les étudiants de première année une prise de conscience. « Il s’agit de les « ramener au sol », de les obliger à mesurer l’épaisseur d’une limite ou de faire naître l’appréhension d’une paroi », relève Pascal Rollet, enseignant à l’école nationale supérieure d’architecture (Ensa) Grenoble. Des propos qui renvoient à l’apprentissage par l’expérience physique théorisé par Kolb en 1984.

Une confrontation méthodique

L’autre moment consacré à la construction réelle intervient en fin de cursus. Il marque l’aboutissement du parcours universitaire et le « pavillon à construire » semble l’occasion de faire la transition entre les années d’apprentissage théorique et l’entrée des futurs diplômés dans le monde professionnel.

LE TRAVAIL HORS LES MURS CRÉE UNE ÉMULATION QUI PERMET À L’ÉTUDIANT DE MESURER L’IMPORTANCE DE L’ANCRAGE SOCIAL DE LA CONSTRUCTION.

En petits groupes, les étudiants modélisent un projet et se confrontent à sa fabrication. L’atelier devient le lieu d’une mise en forme méthodique qui n’évite aucune étape du processus d’érection d’une construction. Ils assimilent les limites dimensionnelles des produits issus du commerce, se plient aux contraintes du débit des matériaux, aux paramètres de leur assemblage et démontage, aux facteurs de risque pour les charges d’usage et les contraintes réglementaires. Dans le temps long (de six à vingt-quatre mois) qui est alors nécessaire, ces pavillons pédagogiques sont l’occasion d’un mélange de savoir-faire. Les écoles se rapprochent grâce aux recherches transdisciplinaires des enseignants.

A l’Ensap Lille, Adrien de Bellaigue invite ainsi à franchir « le fossé structurel qui sépare les étudiants ingénieurs des étudiants architectes dans leur manière de raisonner et de travailler, issu d’une pensée déductive et analytique pour les uns, systémique et inductive pour les autres. » Pour le projet Matrice mené de 2016 à 2017 par une cinquantaine de personnes, huit établissements d’enseignement(1) ont partagé leurs savoir-faire pour la mise au point d’un pavillon réalisé par fabrication additive (impression 3D) à partir d’un cordon déroulé en continu par un robot.

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Vous lisez un article de la revue AMC n° 267 du 15/03/2018
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