Concours

Contre la montagne Cinq propositions d’amenagement du site des grandes combes a Courchevel 1550

Mots clés : Aménagement de la montagne - Aménagement paysager - Architecte - Architecture - Collectivités locales - Concours d'architecture - Espace naturel - Rénovation urbaine - Sport - Tourisme

La pression internationale, territoriale et climatique que connaissent aujourd’hui les grosses stations de ski françaises pose la problématique de leur évolutivité et de la survie de leur modèle urbain. La question de l’architecture et du paysage devrait être convoquée de fait. Et pourtant. Assez peu d’espoirs si l’on se fie au rapport commandé il y a deux ans par Villepin à un député de Savoie portant sur l’attractivité des stations de sports d’hiver. D’architecture il ne sera pas question. De paysage non plus. Comme pour illustrer ce rapport destiné à apporter solutions à la reconquête des clientèles et à la compétitivité internationale, un concours vient d’être jugé pour l’aménagement du site des Grandes Combes à Courchevel 1550. Une opération estimée à 70 millions d’euros étendue sur un site très abîmé d’une douzaine d’hectares sur lequel doivent se déployer 4 grands pôles, un centre aquatique, un espace dédié aux sports de raquettes avec une salle polyvalente, un centre de séminaire et son hôtel, une salle indoor de rugby et des parkings couverts. Cet énorme complexe financé par la commune devient l’argument politique de l’avenir de la station qui mise sur son ouverture en toute saison et se destine à entretenir l’engouement des riches fortunes mondiales. Un équipement essentiellement basé sur des activités d’intérieur. Ce concours fait apparaître des interrogations portant sur la maîtrise de sa démesure et son implantation. Comment en effet assurer l’exploitation d’un tel équipement dont la réversibilité n’est pas prévue, et avec quelle vision de l’intercommunalité ? Comment engager une telle construction sur un site naturel aussi détérioré – devenu une décharge de déblais, creusé de béances, exposé aux glissements de terrain – sans engager une réhabilitation lourde qui engendrerait un surcoût dont on peut douter de la prise en compte ? Architecte et maître enseignant à l’école d’architecture de Grenoble, Jean-françois Lyon-Caen rappelle les vagues successives d’urbanisation qu’a connues cette station modèle il y a 60 ans et surtout, apporte un autre souffle : la montagne pourrait devenir un espace de « réconciliation » qui porte en lui les germes de sa propre évolution.

Parlez-nous de la formation de Courchevel – station nouvelle conçue de « toute pièce » dès 1945 en site vierge – et de ses périodes d’urbanisation successives ?

La station de Courchevel se développe aujourd’hui sur plusieurs étages. Mais la station d’origine correspondait à l’étage « Courchevel 1850 », aménagée à l’altitude de l’alpage des Tovets. C’est là que s’est déployé le projet de la « station nouvelle » conçu dès 1945 par l’architecte urbaniste Laurent Chappis, rejoint par son confrère Denys Pradelle. Le choix d’implanter la station a été déterminé par la convergence des pistes de ski. La mise en œuvre du projet a été conduite par le Conseil général de la Savoie qui avait la maîtrise foncière de tout le territoire de la station (domaine skiable et urbanisation), obtenue par concession de la commune de Saint-Bon-Tarentaise des terrains d’alpage réputés communaux. Le plan d’urbanisme de la station a été établi par Laurent Chappis en fonction du ski : la partie centrale – la Grenouillère – destinée au départ des pistes, véritable espace public de la station ouvert sur la montagne autour duquel sont disposées les zones de commerces et sur les deux versants les quartiers résidentiels. L’aménagement s’est réalisé suivant le modèle du lotissement, dans lequel il a été prévu que tous les lots soient reliés – dans leurs parties amont – directement aux pistes afin que l’on puisse glisser de son chalet vers le départ des pistes et le rejoindre à ski par gravité. Et à l’aval, les lots sont raccordés à la voirie automobile qui dessert le quartier. Par ailleurs, l’implantation et la volumétrie des constructions ont été prévues par Laurent Chappis afin qu’elles soient toutes indépendantes et ne se portent pas ombrage l’une sur l’autre, définissant pour chacun un « gabarit » particulier. Car la station de Courchevel 1850 étant implantée sur un site en versant nord (où la neige est de meilleure qualité et plus tenace), l’enjeu du plan d’urbanisme a consisté à offrir, malgré tout, le plus d’ensoleillement possible ainsi que des vues vers les montagnes pour chaque résidence. C’est ce qui a conduit Laurent Chappis et Denys Pradelle à développer, pour chaque lot, des principes d’architecture adaptés aux contraintes d’un habitat de loisirs construit en versant nord. Lorsque Courchevel 1 850 connaît un certain succès à la fin des années 50, les sites déjà habités placés en contrebas – les hameaux d’alpage de...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 179 du 01/05/2008
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