Actualité Ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux

Comment Vinci prépare le plus grand chantier d’EuropeLa LGV Sud-Europe Atlantique

C’est fait ! Le contrat de concession entre Réseau ferré de France et Vinci est signé. Il permet de lancer officiellement – il l’est déjà dans les faits – le plus gros chantier d’Europe : 302 km de lignes à grande vitesse entre Tours et Bordeaux. Au total, 7,5 milliards de travaux à réaliser en cinq ans.

Ce sera le plus important chantier ferroviaire d’Europe pour lequel RFF et l’Etat auront dû inventer une nouvelle forme de financement. Quinze mois de négociations auront été nécessaires pour caler la répartition de l’investissement de cette infrastructure de 340 km, dont 302 km entre Tours et Bordeaux et une quarantaine de km de raccordement sur la voie existante pour l’accès aux gares de Tours, Châtellerault, Poitiers, Angoulême et Libourne.

25 % de travaux sous-traités

La concession d’une durée de cinquante ans est attribuée au groupement mené par Vinci qui a constitué une société ad hoc, Lisea, comme maître d’ouvrage. Lisea a passé un contrat de conception-construction avec le groupement Cosea, maître d’œuvre et responsable de la construction.
Bien qu’assuré de la signature du contrat de concession, Cosea travaille depuis plusieurs mois sans être payé. Une « avance » estimée à plus de 200 millions d’euros. Tous les arbitrages de chantier ne sont pas encore finalisés : il y aura des politiques différenciées par secteur, notamment s’agissant de la sous-traitance. Au total, 25 % des travaux devraient être confiés à des entreprises hors du groupement constructeur. RFF a toujours dit son attachement au respect de cette clause. « La sous-traitance locale sera forte mais portera sur les petits ouvrages, l’assainissement, les prestations connexes, qui correspondent à leurs moyens », prévient-on chez Vinci. Mais attention au miroir aux alouettes, comme l’exprime Christian Surget, président de la FRTP d’Aquitaine : « Pour la ligne Sud-Europe Atlantique (SEA), nous recensons nos moyens et nos besoins, pour participer au chantier. Toutefois il ne faut pas que les entreprises épuisent toutes leurs ressources pour travailler sur la SEA. Pas question pour les PME de s’arrêter de travailler dans les chantiers locaux, qui seuls garantissent leur activité au quotidien. La SEA sera un coup de collier temporaire, et l’on espère qu’elle n’épuisera pas non plus les ressources des collectivités locales et qu’elles n’arrêteront pas d’investir dans le quotidien. »

200 espèces protégées, 14 sites Natura 2000 impactés

Le calendrier de travaux prévoit 42 mois de génie civil (lancement au printemps 2012), 24 mois de travaux d’équipements ferroviaires dont le démarrage est prévu aux deux tiers de l’avancement du génie civil, puis 12 mois de finitions et d’essai, avant une mise en service prévue à la mi-2017.
En mars dernier, le maître d’ouvrage Lisea a déposé les dossiers relatifs à la loi sur l’eau : « Les enquêtes de loi sur l’eau des quatre bassins versants déposés représentent plus de 40 000 pages, 200 espèces protégées, 14 sites Natura 2000 impactés, le tout à instruire par les Dreal », explique Philippe Chadeyron, responsable de la communication de Lisea. Entre la signature définitive du contrat de concession et le début des travaux, il faudra encore compter quelques mois : « Les délais réglementaires liés à l’instruction des enquêtes parcellaires sur l’emprise de la voie et sur les bassins versants nous amènent à des décrets loi sur l’eau pris au mieux en décembre. Le chantier devrait démarrer d’ici à février ou mars 2012 », précise Bernard Godinot, directeur des opérations chez Cosea. Le groupement Cosea dispose d’une base à Poitiers, un bâtiment de 10 000 m 2 où travaillent déjà 400 personnes, 500 à terme.

Un montage opérationnel complexe

Concrètement, le GIE Cosea s’organise autour de la direction de projet (Vinci Construction Terrassement, Vinci Construction Grands projets, Vinci Construction France, Dodin-Campenon-Bernard, Eurovia Infra, Eurovia Travaux ferroviaires, Vinci Energies P & T, Cegelec Centre Est et, hors groupe, Ineo Rail et Inexia) et s’appuie sur cinq sous-groupements « métiers ». Le premier sous-groupement, baptisé « SGC », est chargé de la conception des infrastructures (voies), hors ouvrages en terre, et des superstructures (rails et caténaires). Inexia (SNCF) en est mandataire, associé à Egis Rail, Arcadis, Vinci et Dodin. Le deuxième sous-groupement, « SGI », s’occupe des infrastructures. C’est l’un des deux groupements les plus importants en effectifs : les entreprises y mettent en commun leurs moyens sur 15 lots de voie classique plus quelques chantiers d’ouvrages non courants, ponctuels, tels que des grands viaducs ou des grosses tranchées couvertes. SGI rassemble six entités de Vinci auxquelles s’ajoutent NGE et Bec (groupe Fayat).
Le troisième sous-groupement, le plus important en effectifs, est « SGS », chargé des voies et caténaires. TSO en est mandataire, avec TSO Cat, Eurovia Travaux Ferroviaires, Européenne TF, Cegelec Centre Est et, hors groupe Vinci, Ineo SCLE (GDF Suez) et Inexia. L’organisation est complétée par deux sous-groupements chargés à la fois de la conception, des études d’exécution et des travaux. Le premier, « SGST », s’occupera de la signalisation et des télécoms (Ineo Rail, mandataire et Inexia). Le second, « SGE », se chargera de l’alimentation en énergie (Cegelec Centre Est, mandataire, avec Vinci Energie P & T, Ineo et Inexia).
Enfin, à l’issue des travaux, l’exploitation et la maintenance seront confiées à Mesea, composée de Vinci Concessions et Inexia.

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Chiffres clés

7,5 milliards

d’euros de travaux

3 300 ha

d’emprises

46 millions

de m 3 de déblais

34 millions

de m 3 de remblais

400

ouvrages d’art dont 19 viaducs et 7 tranchées couvertes

400 km

de routes rétablies

240

ouvrages hydrauliques

684 km

de voies ferrées simples

53 km

de protections acoustiques

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Fiche technique

Concédant : RFF. Concessionnaire : Lisea (Vinci, Vinci Concessions, Sojas, CDC Infrastructure, Axa Infrastructure Investissements et Axa Infrastructure Partners FCPR). Conception-construction : Cosea, qui comprend essentiellement la direction de projet (Vinci Construction Terrassement/représentant légal, Vinci Construction Grands projets, Dodin Campenon Bernard, Vinci Construction France, Eurovia Infra, Eurovia Travaux ferroviaires, Vinci Energies Production et Transport d’Energie, Cegelec Centre Est, Ineo Rail, Inexia) et cinq sous-groupements métier : conception (Inexia/mandataire, Egis Rail, Arcadis, Vinci Construction Terrassement, Vinci Construction Grands projets, Dodin Campenon Bernard) ; infrastructure (Vinci Construction Terrassement/mandataire, Vinci Construction Grands projets, Dodin Campenon Bernard, Vinci Construction France, Eurovia GPI, Eurovia Poitou-Charentes Limousin, NGE, BEC) ; voies-caténaires (TSO-mandataire, TSO CAT, Eurovia Travaux ferroviaires, Européenne TF, Ineo SCLE, Cegelec Centre Est, Inexia) ; Energie (Cegelec Centre Est/mandataire, Vinci Energies Production et Transport d’énergie, Ineo P & C, Inexia) ; Signalisation-télécoms (Ineo Rail/mandataire, Inexia). Exploitation-maintenance : Mesea (Vinci Concessions, Inexia).

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L’exPeRt - « Il y aura 5 000 personnes sur le chantier d’ici à 2014 »

Comment va se dérouler le chantier ?

Il va se décomposer en deux grandes phases : la réalisation des infrastructures, avec les voies, les ouvrages d’art, de 2012 à 2015, puis la phase d’équipement ferroviaire de 2014 à 2016. A Poitiers, nous sommes autour de 400 personnes. Le sous-groupement conception dispose aussi de 300 personnes réparties sur différents plateaux à Paris, à Nantes et à Lyon. Le chantier de la voie principale démarrera simultanément sur 15 secteurs, qui correspondent aux 15 lots d’une vingtaine de kilomètres de voies découpés par RFF.

Quel sera l’impact sur l’emploi ? Selon quel calendrier ?

Au plan local, nous prévoyons à Cosea 1 300 embauches dont 400 personnes en insertion. Les sous-groupements vont mettre en commun leurs équipes au niveau des 15 lots territoriaux. Les travaux commenceront par le terrassement pour profiter de l’été 2012 et par les ouvrages d’art prioritaires, sur lesquels passera la voie. Et surtout, nous allons démarrer les ouvrages de raccordement aux gares. C’est un des points complexes du chantier, puisque les dix jonctions prévues répondent aux impératifs de travaux sur réseau national occupé. Ces raccordements représentent plus de 38 km de voies nouvelles.

Quelle place y aura-t-il pour les entreprises locales ?

Nous avons réalisé une liste des travaux qui a été diffusée par les chambres consulaires. Nous aurons notamment des besoins externes sur les réseaux gérés par les concessionnaires (EDF, France Telecom), de la sous-traitance de ferraillage, des besoins de transports, de fourniture de béton, d’entretien de la mécanique, ou de démolition des maisons. Ces travaux vont démarrer très vite et représentent un montant estimé au moins à 100 millions d’euros. Le sous-groupement infrastructure va sous-traiter avec des entreprises locales groupées dont les CCI nous ont fourni les listes. Au total : 5 000 personnes, dont 500 à Poitiers et 300 personnes par site sur 15 lots. Les deux lots importants en termes d’effectifs sont l’infrastructure qui mobilisera 4 500 personnes et la superstructure qui disposera de 2 000 personnes à partir de 2014. C’est aussi un chantier d’insertion avec 400 personnes à former. Au total, la masse salariale (charges comprises) sur le chantier s’élèvera à 3 milliards d’euros.
Propos recueillis par Bertrand Escolin

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55 collectivités territoriales participent au financement

La LGV Tours-Bordeaux pèse 7,5 milliards d’euros de travaux. 6,5 milliards relèvent de la partie concédée et 1 milliard est sous maîtrise d’ouvrage directe de RFF. « Cette ligne devra s’intégrer au réseau existant puisqu’aucune nouvelle gare n’est prévue. Il faut donc la raccorder aux lignes classiques », a expliqué Hubert du Mesnil, P-DG de RFF. En parallèle, l’essentiel des conventions de financement avec les 55 collectivités territoriales est signé. Par exemple, en Midi-Pyrénées, où la ligne ne passera pas, la convention financière prévoit entre autres, que la région et les collectivités locales retiendront entre 30 et 40 % des 280 millions d’euros qui leur sont demandés jusqu’au lancement des travaux prolongeant la ligne vers Toulouse. L’Aquitaine fournit le plus gros effort, les collectivités étant sollicitées à hauteur de 841 millions d’euros dont 296 millions pour la seule région. Alain Rousset, lors de la signature, motivait les élus encore hésitants : « La LGV servira également aux TER, pourquoi pas à grande vitesse comme dans le Nord-Pas-de-Calais. » En Poitou-Charentes, la région avait proposé en février de transformer la contribution demandée (103 millions) en avance remboursable à RFF. Fin de non-recevoir de l’Etat qui a décidé « de prendre entièrement à sa charge la participation attendue et en tirera toutes les conséquences en procédant à un examen scrupuleux […] de son soutien financier dans cette région ».

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