Régions

CHAUFFAGE Profession et conjoncture Ralentissement de l’activité et économies d’énergie vont bouleverser le secteur

Mots clés : Conjoncture économique - Efficacité énergétique - Energie renouvelable - Equipements techniques et finitions - Marché de lénergie - Produits et matériaux

Un vrai trou d’air ! Yves Moreau, vice-président du Gesec (Groupement économique sanitaire électricité chauffage) et P-DG de l’entreprise Moreau-Vallet (Loire-Atlantique), n’avait jamais vu, de toute sa carrière, un ralentissement aussi brutal de l’activité et surtout une telle dégradation des prix. « Sur les marchés du tertiaire, le marché s’est retourné depuis le mois d’avril et nous devons concéder des baisses de tarif de 10 % », détaille le dirigeant. Même les appels d’offres publics sont concernés. Seul Paris serait pour l’instant épargné, grâce au marché de la rénovation. Yves Moreau redoute des difficultés dans les PME qui n’auront pas constitué un trésor de guerre pour passer la crise. Car, la plupart des entreprises vivent sur leur carnet de commandes et peinent à engranger de nouveaux projets. « Les marchés sont signés, mais ils mettent plusieurs mois avant d’être lancés », poursuit Yves Moreau. Une conjoncture qui risque d’accentuer le phénomène de concentration déjà observé, depuis plusieurs années, dans le secteur du génie climatique avec notamment le rachat du vendéen Robin par Eiffage et celui du nantais F2E par ISS, puis Idex et cie.

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réalisation Moreau-Vallet teste la centrale double flux à Tours

Depuis son bureau de Vallet au sud de Nantes, Yves Moreau consulte sur son ordinateur relié à Internet la température de chaque pièce du bâtiment du Gesec à Tours. Inauguré cet été, le siège social du Groupement économique sanitaire électricité chauffage (Gesec), est équipé d’une centrale à double flux installée par Moreau-Vallet. Le fonctionnement de cette technologie de climatisation repose sur la récupération d’énergie entre l’air extrait saturé et l’air neuf injecté dans le bâtiment au travers d’un échangeur rotatif qui permet en fonction de la température extérieure et des conditions intérieures de réchauffer ou rafraîchir l’air neuf. « Le dispositif est commandé à distance et la récupération d’énergie est optimisée par l’automate de la centrale », détaille le dirigeant. L’équipement est complété par une pompe à chaleur qui sert d’appoint en cas de températures extrêmes. Pour garantir une bonne ambiance climatique dans l’ensemble du bâtiment, chaque pièce dispose d’un « potentiomètre de réglage de température agissant sur un registre motorisé ».

« Tours permet d’expérimenter cette technologie sur un bâtiment rénové », précise Yves Moreau, qui a déjà installé plusieurs de ces centrales double flux au nouveau siège du CIL et de la Nantaise d’habitation à Nantes. De fait, les locaux du Gesec ont été totalement refaits à neuf et coiffés d’une boîte étanche pour atteindre les exigences des performances énergétiques de classe A. « Dans ce genre de bâtiments totalement isolés, les consommations d’énergie proviennent essentiellement des équipements auxiliaires (circulateurs, ventilateurs …) sur lesquelles il convient d’être très vigilant », prévient Yves Moreau.

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« La rénovation des équipements de chauffage crée un effet d’aubaine »

Jean-Pierre Merle, directeur général adjoint du groupe Cesbron

« Le marché de la rénovation des équipements de chauffage des particuliers est très dynamique. » Le nombre de systèmes aérothermiques installés (capteurs à l’extérieur de l’habitation, un circuit chauffant à l’intérieur – plancher chauffant, radiateurs, ventilo-convecteurs ou aérothermes – et une pompe à chaleur reliant les deux réseaux) va être multiplié par huit d’ici à 2015. Beaucoup d’intervenants s’y précipitent, des électriciens, des plombiers. Des réseaux se créent. On voit fleurir les « offres globales » avec crédit d’impôt. Toutes sortent de matériels, de plus en plus performants, apparaissent sur le marché. L’enjeu est de faire les bons choix techniques, donc un bon diagnostic. »

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Formation L’IUT de Poitiers forme (aussi) des thermiciens du bâtiment

«L’enseignement dispensé dans le département génie thermique et énergie est assez généraliste. Mais, un certain nombre de matières concernent directement le bâtiment, comme le calcul des déperditions pour le chauffage, le calcul des apports et des déperditions pour laclimatisation, la détermination des réseaux hydrauliques pour le chauffage et la climatisation. Il est vrai qu’à Poitiers on privilégie la thermique du bâtiment, puisque nous avons de nombreux bureaux d’études spécialisés qui peuvent accueillir nos stagiaires », explique Eva Dorignac, chef du département génie thermique et énergie de l’IUT de Poitiers.

Le département enregistre, depuis deux ou trois ans, une montée des effectifs. Cette rentrée, 116 étudiants ont intégré la première année. « Ce regain d’intérêt semble lié à la conjoncture et à l’environnement médiatique. Les jeunes sont beaucoup plus sensibilisés aux questions énergétiques qu’ils pouvaient l’être il y a quelques années », souligne le chef de département.

Si l’enseignement repose sur l’acquisition des fondamentaux et des techniques classiques, il n’échappe pas aux technologies qui vont se développer dans les années à venir comme le solaire, l’éolien… et le nucléaire.

A côté des iutiens qui sortent avec leur DUT en poche après deux ans d’études, le département accueille des étudiants en licence professionnelle « verte » (valorisation des énergies renouvelables et des techniques énergétiques). Cette troisième année est axée sur la thermique du bâtiment « un domaine dans lequel il reste beaucoup de choses à faire », précise Jacky Tartarin, enseignant en génie thermique.

Si le solaire a droit de cité depuis longtemps avec un connecteur qui sert aussi à chauffer le foyer, le photovoltaïque devrait faire une entrée en force. « Nous souhaitons mettre en place des panneaux photovoltaïques de tous les formats qui existent », espère le chef de département. Ce réseau devrait être relié à une pompe à chaleur. Pour compléter la palette de ces énergies propres, les étudiants pourraient se confronter directement à la géothermie. Autant de projets en grande partie liés aux financements du ministère. « Nous venons de renouveler le parc de chaudières pour les travaux pratiques par des matériels récents et connus. Mais, nous aimerions que ces renouvellements se fassent plus vite », soupire Jacky Tartarin. Point positif, les étudiants peuvent étudier les déperditions à travers les parois grâce à deux caméras infrarouges. Les deuxièmes années ont 10 semaines en France ou 12 semaines à l’étranger pour mettre en application ce qu’ils ont appris et se colleter avec la réalité de l’entreprise.

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« Tout le monde s’intéresse à la pompe à chaleur »

David Aubry, Professeur Froid et Climatisation AU Lycée de La Fontaine des Eaux (Dinan)

« La pompe à chaleur est en train de bouleverser le marché du chauffage résidentiel dans l’ouest. Tout le monde s’y intéresse, y compris les entreprises du froid qui travaillaient jusque-là pour les industriels et qui commencent à y voir un nouveau débouché. Plombiers-chauffagistes et électriciens trouvent logiquement leur place sur ce marché. On voit aussi s’installer des gens dont ce n’est clairement pas le métier et qui y voient avant tout le marché miracle. Installer une PAC implique des compétences d’électricien, de plombier, de thermicien et de frigoriste. La formation des installateurs fait encore parfois défaut. »

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Nouvelles technologies Une PAC très haute température 65°C dans la Vienne

Les nouveaux modèles de pompes à chaleur air/eau à très haute température (65°C) peuvent alimenter des réseaux de chauffage traditionnel à radiateurs. C’est ce que montre ce chantier mené à Saint-Macoux (Vienne) par l’installateur Constructions Nouvelles Royer (CNR), basé à Saint-Saviol. Dans une maison individuelle de 150 m2 datant du début des années 1980, CNR a posé en relève d’une chaudière fuel, une PAC air/eau Aqualis Caleo 60 HT du fabricant CIAT (cop de 3,18 aux conditions Eurovent). « On devrait plutôt dire que c’est la chaudière fuel qui est en relève de la PAC car en temps normal, seule cette dernière fonctionne », souligne judicieusement Benoît Gacougnolle, gérant de CNR. La PAC alimente en eau chaude le circuit de chauffage et ses radiateurs, fournit également l’eau chaude sanitaire et, pour finir, sert à chauffer l’eau de la piscine. Hors chauffage piscine, l’installation aura coûté 18 000 euros TTC à son propriétaire. « L’optimisation du rendement d’une PAC se fait, entre autres, en ajustant les volumes d’eau à chauffer, explique Benoît Gacougnolle. On évite ainsi que la PAC fonctionne en cycle trop court car c’est au démarrage qu’elle est la plus gourmande. » L’installation dispose donc d’un ballon de 300 litres d’eau chaude sanitaire et d’un ballon tampon de 100 litres qui complètent le volume d’eau déjà présent dans le circuit de chauffage (environ 400 litres). La température de sortie d’eau est au maximum de 65° et la PAC est conçue pour fonctionner avec un rendement supérieur à 2 jusqu’à une température extérieure de -12°C.

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