Architecture Lieu d'activité

Cabines de pêcheurs avec terrasse

A Bonifacio, un même équipement offre des espaces de stockage aux marins et un belvédère pour les promeneurs.

Le 2 juin en Corse-du-Sud, les pêcheurs de Bonifacio fêtent Erasme, leur saint patron. Lors des festivités 2016, ils en ont profité pour mettre à flot leur navire amiral. « L’Ortu duzzi », baptisé du nom d’un lieu-dit, est un bâtiment de 87 m sur 10 m, ancré au quai nord de la cité portuaire. Sa coque en béton ne prendra jamais la mer, mais elle accueille quotidiennement ses fruits – poissons et crustacés – récoltés et vendus par les marins. Chacun d’entre eux – 20 au total – dispose d’une cabine individuelle de 10 m² où il peut faire sécher, réparer et entreposer ses filets, nasses et palangres. Cet espace pratique se situe à deux pas des pontons d’accostage. Il est doublement fermé par une porte-fenêtre en acier thermolaqué et des persiennes coulissantes en niangon, un bois exotique utilisé en construction navale.

« Avant, nous avions cinquante ans de retard, sans même un bac à glace, souligne le pêcheur Philippe Botti. A présent, nous avons cinquante ans d’avance, avec ce magnifique bâtiment. » L’édifice a été nommé au prix d’architecture de la Première œuvre 2016 et ses concepteurs ont été lauréats, cette même année, des Albums des jeunes architectes et paysagistes (Ajap). La bonifacienne Isabelle Buzzo et le bastiais Jean-Philippe Spinelli, aujourd’hui âgés de 30 ans, gardent un œil bienveillant sur leur première réalisation depuis leur agence logée à quelques centaines de mètres de là. « La “casa di i piscaiù” est vraiment devenue la maison des pêcheurs, à la fois espace de travail et lieu d’échanges avec la population », se réjouissent-ils.

Rendre l’espace privé au public. Pendant l’hiver y sont organisées des « oursinades », journées de convivialité où les îliens se réunissent pour déguster ensemble des oursins. Tout le monde se retrouve alors sur le pont-promenade du navire amiral, aménagé au-dessus des cabines réservées aux pêcheurs. En allant au-delà de l’horizon dessiné par le programme, les concepteurs ont rendu au public l’espace privatisé par les marins à terre. Une opération « gagnant-gagnant », tant du côté économique que du côté touristique, résume le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci. « Que la municipalité dépense plus d’un million d’euros pour seulement 20 personnes peut sembler une somme exorbitante, mais cet investissement était indispensable et il profite maintenant à tous », défend l’élu. Le marin Philippe Botti formule même que « 20 pêcheurs = 20 entreprises = 20 familles ».

Le bureau de la prud’homie des pêcheurs, situé à l’étage, jouxte celui des bénévoles de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM). Une salle polyvalente, indépendante, permet d’organiser réunions ou réceptions. L’ensemble du bâtiment longe la falaise au pied de laquelle il est implanté, sans la toucher afin de la préserver. « Nous voulions que la construction, empreinte de cette minéralité environnante, offre un aspect rugueux, c’est pourquoi le béton a été coffré avec des planchettes de 20 cm de largeur », expliquent les maîtres d’œuvre. Les couches de béton font ainsi écho aux strates de calcaire.

Ranimer un endroit déserté. La présence de ce lieu d’activité revitalise le quai nord du port de plaisance, déserté au profit du quai sud plus animé. « Nous avions l’espoir que les gens viennent s’y promener et ça a marché », s’enthousiasme Isabelle Buzzo. La nuit, sa lumière attire comme un phare. L’éclairage au sol du toit-terrasse permet de profiter pleinement de la vue imprenable sur la citadelle qui dresse ses remparts de l’autre côté du goulet. Le jour, le belvédère devient jardin de contemplation avec ses plates-bandes où foisonnent les essences locales, soigneusement sélectionnées par le botaniste Stéphane Rogliano. Ces plantes rappellent symboliquement qu’avant d’être une maison des pêcheurs, « L’Ortu duzzi » était autrefois un jardin où coulait l’eau douce.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Bonifacio. Maîtrise d’œuvre : Buzzo Spinelli Architecture. BET : ISB (structure) ; B52 (fluides et thermique) ; Eco Sud Ingénierie (économiste). Entreprises : Corebat (gros œuvre), Capanaccia (plomberie), Santini (électricité), Climatec (génie climatique), Schindler (ascensoriste), Boniclim (chambre froide, machines à glace, étals de vente), Paco & Fils (brise-soleil), Usidel Concept (menuiseries extérieures, garde-corps), Les Aromatiques de l’île de Beauté (espaces verts). Surface : 1 200 m².

Coût des travaux : 1,08 million d’euros HT.

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