Enjeux

Buildinvest au secours des trésors des villes moyennes

Mots clés : Conservation du patrimoine

Le promoteur s’est spécialisé dans la rénovation des immeubles classés, inscrits aux monuments historiques ou situés en site remarquable.

Cinq milliards d’euros sur cinq ans. C’est la somme allouée par le gouvernement à son nouveau dispositif « Action cœur de ville », à destination des communes moyennes. L’objectif ? Offrir un second souffle aux centres-villes désertés. Si le débat se focalise sur la disparition des commerces, la désertification des territoires détendus touche aussi de beaux centres historiques, qui se détériorent. Une situation qui n’a pas échappé au groupe Buildinvest, spécialisé dans la défiscalisation et l’investissement immobilier. Il s’intéresse à la rénovation des bâtiments classés ou inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, ainsi qu’aux immeubles situés sur des sites patrimoniaux remarquables (SPR) en centre-ville. Son but : faire de ces morceaux d’histoire de l’architecture des logements, tout en les préservant.

Le moteur ? La défiscalisation. Le procédé est toujours le même. D’abord, Buildinvest acquiert le foncier et propose à des investisseurs de financer la rénovation en même temps qu’ils lui achètent un lot. Il s’agit principalement de particuliers qui entendent profiter de la défiscalisation prévue par les lois Malraux ou Monuments historiques. « Avec le “Malraux”, ils profitent d’une réduction d’impôt de 30 % sur le montant TTC des travaux engagés pour restaurer des immeubles situés sur des SPR. La loi Monuments Historiques ne tient compte, elle, que des immeubles classés ou inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Le client peut déduire de ses impôts l’ensemble des travaux de réparation et d’entretien, comme le remaillage ou le remplacement de quelques tuiles, l’enlèvement des mousses, le remplacement partiel de matériaux de couverture et vêtures, les réparations des allées et corps de chaussées ou encore les reprises partielles des dallages et pavés », indique Renaud Deneux, directeur du développement de Buildinvest.

Le groupe crée ensuite une association foncière urbaine libre (Aful) qui est dissoute une fois les travaux terminés : « Une association de copropriété ne gère que les travaux dans les parties communes, quand l’Aful permet de s’occuper également d’espaces privatifs », précise-t-il. L’Aful délègue alors la maîtrise d’ouvrage au promoteur Immobilière Marignan.

Buildinvest rachète le foncier et propose à des investisseurs de financer la rénovation.

Une fois le permis de construire obtenu, les travaux, chapeautés par les architectes des bâtiments de France, peuvent commencer. « Nous réalisons entre 10 et 20 opérations de rénovation par an. Une intervention peut comprendre plusieurs immeubles », expose Renaud Deneux. Dernier exemple en date, l’îlot des Cordeliers, à Châtellerault (Vienne), composé de huit bâtiments en bord de rivière. Il accueillera dès 2018 une vingtaine de logements destinés à la location. « Nous avons été sollicités par la mairie, qui nous a vendu le terrain. Les loyers seront plafonnés en fonction des ressources des habitants. Il y aura de l’intermédiaire et des logements sociaux. Une de nos filiales, Gescap 3, assurera le rôle de syndic et Soliha, l’agence immobilière sociale, s’occupera de la gestion locative », détaille-t-il.

Un secteur à la peine. Ces opérations de rénovation profitent aux artisans locaux. « Nous travaillons des matériaux rares et recréons parfois des éléments d’époque. A Châtellerault, il fallait tailler du tuffeau. Nous avons donc fait appel aux compagnons de la région, qui maîtrisent mieux cette matière que nous. Même pour les équipements modernes, il faut respecter un certain cachet. Lorsqu’on pose des fenêtres inclinées, c’est vers la gamme la plus chère que nous nous tournons, pour obtenir des fermetures en laiton et non en aluminium », continue Renaud Deneux.

Créée il y a cinquante ans, Buildinvest a généré en 2016 un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros pour un résultat net de 6 millions d’euros, en baisse de 19 % par rapport à 2015 (7,4 millions). « Le marché se réduit tous les ans. Nous perdons des aides de l’Etat, ce qui rend notre travail difficile car ces immeubles sont chers à acheter et à rénover », regrette le directeur. En moyenne, seulement 2 500 ventes en Malraux sont dénombrées chaque année, tant les bâtiments sont rares.

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