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Biodiversite urbaine

Mots clés : Aménagement paysager - Droit de l'urbanisme - Espace vert

La biodiversité urbaine, qui a fait ces derniers mois l’objet de plusieurs évènements internationaux – conférence d’Erfurt en mai, colloque de Bobigny en septembre – et de prises en compte législatives – Grenelle de l’environnement –, n’est désormais plus uniquement un sujet de recherche, mais devient un enjeu de l’aménagement des villes. Comme le souligne Robert Barbault, directeur du département écologie et gestion de la biodiversité au Museum national d’histoire naturelle, la biodiversité urbaine présente un caractère détonnant. En effet, si accoler ces deux mots étonne, tant la ville apparaît comme le contraire de la nature, la ville à venir pourrait bien être celle de la réconciliation de l’homme avec la nature.

Apparue au début des années 1970, l’écologie urbaine a longtemps dérangé autant les écologues que les urbanistes et les architectes auxquels échappait largement ce nouvel outil de planification urbaine. Trente années de recherches permettent aujourd’hui de mieux prendre en compte la biodiversité urbaine et d’en révéler toute la complexité. Le milieu urbain se caractérise en effet par sa grande diversité en terme de biotopes : parcs, friches, toitures, jardins, etc. Cette mosaïque d’espaces fournit des habitats à des espèces très variées et peut être plus riches que les espaces non urbanisés – pour ne pas dire « naturels » – périphériques. La ville de Halle, en Allemagne, accueille ainsi 20 % d’espèces végétales de plus que les zones agricoles environnantes, tandis qu’à Oxford on observe 2,7 fois plus d’espèces d’oiseaux que dans les forêts voisines. Dans un contexte général d’effondrement des populations d’abeilles, on peut également souligner que celles-ci se portent mieux en ville, où elles sont bien moins exposées aux pesticides, qu’à la campagne. Enfin, les martinets, oiseaux de falaises, trouvent un habitat de substitution sur les bâtiments élevés de nos villes. Ainsi, dans le même temps où l’urbanisation consomme les espaces naturels, la nature s’introduit dans les villes.

Une nature spécifiquement urbaine

L’étude de la biodiversité urbaine est particulièrement difficile, en raison du morcellement des biotopes, dont beaucoup sont inaccessibles, par exemple les jardins privés en cœur d’îlot, et de sa dimension nécessairement pluridisciplinaire, la ville étant un objet d’étude commun aux sociologues, géographes, économistes, urbanistes, écologues, etc. Se dessine pourtant l’image d’une nature spécifiquement urbaine : température plus élevée, éclairage nocturne – qui permet par exemple aux faucons de Varsovie de chasser la nuit. Comme le soulignent les chercheurs Anne-Caroline Prévot-Julliard et Joanne Clavel, « les écosystèmes urbains sont des systèmes nouveaux, encore en déséquilibre, dans lesquels des espèces nouvelles arrivent et s’installent régulièrement. Cette occupation suit un processus très similaire au processus naturel de colonisation. En milieu urbain, nous passons donc actuellement d’un état où l’homme crée une matrice hostile à la biodiversité classique des milieux naturels à un milieu nouveau, colonisé par des espèces assemblées par un jeu de colonisation réussie quelle que soit leur origine, avec des réseaux trophiques reposant sur des interactions avec l’homme » (in Le Biodiversitaire, n° 3).

Les services rendus par les écosystèmes commencent à être connus et valorisés. La biodiversité urbaine peut ainsi contribuer très positivement au métabolisme des villes, en participant à la régulation des cycles de l’eau, au contrôle d’un microclimat, ou à la fourniture de ressources alimentaires ou énergétiques – on peut par exemple penser à la contribution de l’agriculture urbaine à la sécurisation de l’approvisionnement alimentaire des villes sub-sahariennes. Le rôle de la nature en ville est également à considérer comme participant au bien-être des citadins. Si souligner les liens entre espaces verts et qualité de vie relève du truisme, des programmes de recherche, comme en Suisse le programme BiodiverCity,...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 183 du 01/11/2008
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