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Bernard Guirkinger Président de la FP2E « 5,6 milliards d’euros investis en 2006 dans l’eau et l’assainissement »

Mots clés : Collectivités locales - Eau - Travail

La Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E) publie pour la troisième fois un rapport du Bipe sur les services collectifs d’eau et d’assainissement en France. Cette étude, rendue publique le 30 janvier, est publiée en cahier détaché avec ce numéro. Un document instructif pour les collectivités locales et les travaux publics.

C’est la troisième édition de l’étude du BIPE. Quelles en sont les principales innovations ?

A travers cette démarche, nous souhaitons partager des données chiffrées objectives et communes à tous les acteurs : pouvoirs publics, élus, usagers et associations.

En ce qui concerne l’économie du secteur, on retrouve tout d’abord les grands flux financiers. Ainsi, on constate que les Français payent chaque année 11,8 milliards d’euros pour l’eau, ce qui représente 0,8 % du budget des ménages. En face, les investissements consentis pour maintenir et développer les ouvrages sont considérables. 5,6 milliards d’euros ont été investis en 2006 dans les réseaux d’eau et d’assainissement.

L’étude retrace également l’évolution du prix de l’eau et intègre une comparaison à l’échelle européenne. On s’aperçoit que la France est en dessous de la moyenne avec 2,92 euros/m3, contre 3,25 en moyenne européenne sur les cinq plus grandes villes de chaque pays étudié. Le rapport aborde enfin les aspects relatifs au marché, c’est-à-dire aux parts de marché des opérateurs et aux données concernant les procédures de mise en concurrence.

S’agissant de l’eau potable, le rapport observe que sur 13,8 millions de branchements gérés par les opérateurs privés, environ 11 % sont des branchements plomb. Seront-ils remplacés avant 2013 comme prévu ?

Les opérateurs privés s’engagent tous à avoir achevé les travaux avant 2013.

Mais il faudra aussi envisager la résorption des branchements plomb à l’intérieur des immeubles. Et là, l’investissement est considérable, puisqu’on l’estime à environ 12 milliards d’euros. Sur ce point, il faut absolument inciter les propriétaires à procéder à ces travaux, y compris à l’aide d’avantages fiscaux. Je vais même plus loin : il faudrait concevoir des programmes combinés, dans le cadre du Grenelle, en associant ce programme de suppression des canalisations en plomb aux travaux de mise aux normes énergétiques des bâtiments.

La part de l’assainissement dans le prix de l’eau ne cesse de croître. Comment cela s’explique-t-il ?

L’essentiel des investissements porte aujourd’hui sur la construction des stations d’épuration et sur la mise aux normes des systèmes d’assainissement. En conséquence, la part relative de l’assainissement augmente, ce qui est tout à fait normal. Il faut savoir aussi que, dans une ville qui aurait mis aux normes l’ensemble de ses installations, le prix de l’assainissement est plus élevé que celui de l’eau potable. Par ailleurs, la directive européenne nous impose de mieux traiter les eaux sales, c’est-à-dire de privilégier l’assainissement. Et la Commission européenne veille à ce que les Etats membres respectent le calendrier prévu. Ajoutons qu’il y a une volonté politique très forte, notamment avec les déclarations récentes de Jean-Louis Borloo, pour que la mise aux normes des stations soit réalisée au plus vite. Cela dit, il ne faut pas oublier les réseaux. Il y a des efforts à consentir pour réaliser des réseaux mieux adaptés.

Et puis il y a les eaux pluviales. Dans ce domaine, nous sommes insuffisamment mobilisés. Il nous faut mieux gérer les flux hydrauliques pour éviter les inondations. Cela nécessite la mise en œuvre de systèmes d’évacuation mieux adaptés. Nous devons aussi prendre en compte la pollution consécutive au déversement d’eaux pluviales dans le milieu naturel, notamment lors des orages.

Qui a la solution ?

Il appartient aux collectivités locales de définir les règles d’urbanisme et d’aménagement sur leur territoire. Elles doivent en conséquence imposer aux aménageurs les règles à respecter pour l’évacuation des eaux pluviales.

Qui doit payer pour le traitement de ces eaux ?

Ce n’est pas au consommateur de payer pour la collecte et le traitement des eaux pluviales. La loi sur l’eau a introduit un financement spécifique pour le traitement de ces eaux, à travers une taxe qui repose pour partie sur l’importance des surfaces imperméabilisées. Il s’agit essentiellement des parcs de stationnement et de la voirie.

S’agissant des eaux usées, les agences de l’eau procèdent à un fort arbitrage en faveur du traitement et au détriment de l’assainissement. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que les stations d’épuration sont a priori plus efficaces pour la protection de l’environnement. Mais, encore une fois, il ne faut pas négliger les réseaux. Un réseau n’est pas seulement un investissement, il doit être exploité et entretenu en permanence. Ensuite, un réseau se gère en fonction des rejets, en séparant bien les eaux pluviales et usées lorsque le système est séparatif ; en établissant des conventions avec les industries utilisatrices ; et aussi en étant plus attentifs en ce qui concerne les rejets hospitaliers et pharmaceutiques. Il nous faut renforcer nos expertises dans tous ces domaines.

Pour les élus, l’argent investi n’est pas visible…

Je suis persuadé que cette vision est dépassée. Les Français aujourd’hui sont beaucoup plus sensibles qu’on ne le croit à la protection de l’environnement. Ils sont prêts à consentir des efforts à cet effet.

Justement, quelle est la politique des entreprises de l’eau en matière de développement durable ?

Cette année, le rapport du Bipe aborde pour la première fois la question du développement durable. La dimension sociale est naturellement traitée. On observe ainsi que les entreprises de l’eau font appel à des collaborateurs de très bon niveau, que le turn-over est faible et que les emplois sont stables ; il y a peu de contrats à durée déterminée. Enfin, ces emplois sont répartis équitablement sur le territoire en fonction des besoins locaux.

Quant à la dimension environnementale, elle fait l’objet d’un traitement important dans le rapport. On y trouve des données telles que les stocks d’eau en France, la répartition de la consommation selon les usages, domestiques, professionnels ou énergétiques, etc.

Nous communiquons à travers ce rapport sur l’émission des gaz à effet de serre et sur la certification de nos processus. A travers ces données, nous voulons créer une dynamique entre les opérateurs, de manière à les mobiliser sur une démarche de progrès.

Nous mettons enfin à disposition de tous les intéressés une batterie d’indicateurs de performance qui, nous l’espérons, seront utiles au débat. Nous ne croyons pas que le prix de l’eau soit le seul indicateur pertinent ; il nous paraît plus efficient d’évaluer le rapport prix/performance.

Les commissions consultatives des services publics locaux trouveront certainement intérêt à évaluer leurs propres services sur la base de ces indicateurs, qui sont désormais uniformisés à travers le décret du 2 mai 2007.

L’étape ultime de cette démarche vertueuse consistera sans aucun doute à obtenir une certification des indicateurs.

L’année 2008 est celle de l’assainissement. Pensez-vous y contribuer ?

De grands organismes internationaux tels que l’ONU ont pris conscience de l’importance de l’assainissement. Plus d’un milliard d’individus n’ont pas accès à une eau potable sur la terre. Or l’eau courante au robinet a été le facteur le plus spectaculaire pour l’amélioration de la santé publique dans le monde. Cela dit, l’assainissement est au moins aussi important dans le cycle de l’eau. D’où l’idée de cette année internationale.

Les Français aujourd’hui sont beaucoup plus sensibles qu’on ne le croit à la protection de l’environnement.

Plus D’information

Etude du Bipe/FP2E du 30 janvier 2008 publiée en cahier détaché avec ce numéro

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